St. Thomas. I. Log. sum., tract. VII
cesser sous l'action d'une cause efficiente : des deux prédicats qui peuvent convenir à un sujet, l'un d'eux peut lui convenir en réalité. Nous avons alors le contingent déterminé de fait : conlingens quod inest. Sous ce rapport, il se rapproche du nécessaire : car du moment qu'il est, il ne peut pas ne pas être. Ainsi son contraire se trouve exclu de fait, tout en restant possible. C'est la condition essentielle de toute affirmation vraie en matière contingente : conlingens si ponatur esse actii nihil erit sive nihil seqiietar impossibile. Ces notions méritent une attention toute particulière ; car nous le verrons plus loin, elles sont de première importance pour bien fixer et préciser la nature et la portée de l'opinion.
Lorsque le contingent neutre en soi, a subi une détermination positive qui est l'objet de notre perception immédiate, il n'y a lieu à aucune recherche ni difficulté. Mais lorsqu'il s'agit de connaître cette détermination par le raisonnement, il en est tout autrement : la question, pour être résolue, demande alors beaucoup de circonspection. Il est entendu qu'on ne peut s'appuyer pour elle sur la seule cause matérielle, on aura donc forcément recours à des puissances actives, c'est-à-dire à des raisons plus ou moins déterminantes et tirées des autres éléments de la question, comme, par exemple, les circonstances de temps, de milieu, de personne et les autres moyens indiqués par la dialectique. A vrai dire, en semblable matière, on se basera sur des s/^/ies plutôt que des causes nécessaires. Dans cette voie, on aboutira à l'opinion et non à la science proprement. Telles sont les conditions générales, quant au raisonnement, du contingent dont la neutralité est complète. Elles diffèrent sensiblement de celles du contingent qui comporte une déternjination
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positive, quoique non nécessaire. Ce dernier fournit un point d'appui au raisonnement : il nous en fait tenir un principe. La tendance innée qu'il présente, peut être active au point de devenir le plus souvent opérante et s'exprimer de la sorte par une loi. Et même, pour les cas où elle est peu accentuée et sujette à être contrecarrée par des forces opposantes, elle est d'un grand secours pour établir une conclusion. En faisant appel à d'autres éléments d'information on peut finalement formuler un jugement, se former une opinion. Dans le domaine du contingent neutre, il est bien plus difficile d'arriver à une conclusion ferme, comme par exemple, en matière d'actes humains individuels.
Quelques auteurs mentionnent encore une autre espèce de contingent qu'ils appellent contingens rarum. Par son peu de fréquence, il présente les caractères d'un phénomène fortuit : il est plutôt l'effet d'une coïncidence imprévisible que d'une suite ordonnée de causes, ou même d'une simple cause. ÎNi Aristote ni saint Thomas n'en ont parlé. Certains auteurs se sont demandé la raison de ce silence. L'un deux répond que le contingent dont il s'agit rentre, à vrai dire, dans la catégorie du contingent neutre. 11 a de commun avec celui-ci d'être indéterminé dans sa cause. Or Aristote a plus tenu compte de cette indétermination commune que de la rareté ou de l'absence totale de l'effet. Un tel contingent étant le résultat d'une rencontre de causes étrangères les unes aux autres, ses conditions d'existence ne peuvent revêtir à aucun degré un caractère général. Elles ne se reproduisent pas de la même manière et échappent, par là même, à toute loi, toute systématisation. Bien plus la contingence, ainsi comprise, ne peut même pas être cernée et réduite dans
la mesure où elle l'est en matière de probabilité et d'opinion, c'est-à-dire par des causes non nécessaires. Tout ceci se résume dans ce principe de saint Thomas : le raisonnement n'est possible que dans les choses qui se produisent toujours ou dans la majorité des cas.
Nous ne pousserons pas plus Igin cet exposé de principes. Tout succinct qu'il soit, il nous permet de saisir les causes premières de la certitude et de la probabilité, de la science et de l'opinion dans nos connaissances. On y voit que plus on s'éloigne de la cause propre et immédiate, plus le raisonnement perd de sa force et de son efficacité. Seul ce qui, par nature, ne peut être autrement qu'il n'est, nous fournit de soi la cause nécessaire de la conséquence et du conséquent. Cependant la cause formelle n'est pas la seule qui puisse être invoquée pour établir une nécessité de simple conséquence : on peut avoir recours, pour cela, à d'autres genres de causes. Ensuite la contingence admet divers degrés : il existe des phénomènes particuliers plus ou moins stables. Il en est même qui fournissent un élément de généralisation impliquant une nécessité conditionnelle de conséquence, et qui se réalisent, de fait, dans la majorité des cas : ut in pluribiis, c'est principalement en matière d'actes humains individuels que la contingence est difficile à canaliser et se prête mal aux conclusions fermes.