CARACTERES PARTICULIERS DE LA RAISON PROBABLE
D'après tout ce qui précède, le probable a pour première marque distinctive d'être l'effet propre d'une cause imparfaite ou amoindrie dans l'ordre de la connaissance.
Une telle cause constitue la raison formelle de la probabilité et de l'opinion, comme le moyen démonstratif constitue celle de la science : formalis ratio scientiœ est médium demonsiraiionis '. Rechercher et définir exactement les caractères de cette cause qui fait le probable, c'est éclaircir et préciser, par le fait, la notion elle-même du probable. C'est ce que nous allons entreprendre.
Nous savons déjà que l'imperfection de la cause dont il s'agit est due ordinairement à la matière contingente du raisonnement et que, parfois, elle a une origine subjective. Ce dernier cas est celui où le probable résulte ' uniquement de la manière d'envisager et de traiter un sujet d'étude : probabile secundiin modum accepiionis. Mais ce qu'il importe de bien déterminer ici, ce sont les aspects et les degrés divers d'imperfection que la cause peut présenter. Plusieurs moyens peuvent être invoqués pour établirune conclusion probable. Or ils n'ont pas tous la même valeur. Mais ce qui se vérifie pour tous et chacun d' evix, c'est y absence de nécessité. La première condition, eu effet, pour le probable considéré comme motif d'assentiment, c'est de ne pas rentrer dans la catégorie du nécessaire, même sous la forme atténuée propre à la démonstration quia. C'est par ce caractère fondamental que le domaine de la probabilité et de l'opinion se dislingue de celui de la science. En un mot, le moyen probable se reconnaît à ceci qu'il manque d'efficacité intrinsèque et nécessaire pour unir le prédicat et le sujet dans la conclusion : néanmoins il est assez opérant pour déterminer un assentiment volontaire, en droit et en raison.