PREFACE
lequel on les a laissées. Nous les avons abordées franchement, ex professa.
Nous ne prétendons pas qu'on pourra s'assimiler tous nos raisonnements, sans effort, à la simple lecture. Non : la matière en est subtile par définition, attendu qu'elle est constituée par tout ce qu'il y a d'incomplet et d'inévident dans nos opérations intellectuelles. Vouloir écarter toute subtilité d'un pareil sujet, c'est le détruire. C'est se condamner à raisonner de la probabilité et de l'opinion, d'après une vue toute superficielle ; c'est renoncer, en principe, à connaître le fond des choses dont on parle. Au reste, nous avons cherché à atténuer le caractère ardu de quelques aperçus, par la clarté et la brièveté dans l'exposition. Nous avons souvent fait appel aux mêmes principes, selon le procédé thomiste ; mais ils ne reparaissent que bien rarement, sans applications ou explications nouvelles.
Par les questions nombreuses et nouvelles sous plus d'un rapport, qui s'y trouvent traitées, notre travail présente un réel intérêt philosophique, même abstraction faite de son objet spécial. C'est aux sources les plus hautes et les plus sûres que nous avons puisé nos informations : Aristote, Albert le Grand, saint Thomas. Il est vrai qu'ils n'ont ni formulé, ni discuté la théorie du probable, telle qu'elle se présente actuellement en théologie morale ; mais cela même est un enseignement. Une telle question ne se posait pas pour eux, étant donnée l'idée qu'ils se faisaient de l'opinion, et de la probabilité qui en est la raison spécifique et déterminante. Par ailleurs, les états d'esprit inférieurs à l'opinion, ne aiettant pas fin à la délibération, ne leur apportaient aucune valeur stable, définitive. Et ils jugeaient, avec raison, que ce
PREFACE i
n'était pas là un fondement indiqué pour une construction doctrinale et systématique. Ces données pourront paraître nouvelles à quelques uns : elles sont pourtant, croyons-nous, bien anciennes. Nous les soumettons à l'examen bienveillant des philosophes et des théologiens. Notre travail, n'eût-il pour effet que de ramener la discussion de ces diffîciles matières sur le terrain philosophique, qu'il n'aurait pas été inutile.