Albertus m. Topic. Lib. I, cap. I. Prostmium
3i ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE LA PROBABILITÉ
Un autre caractère de la raison probable consiste dans une certaine généralilé. Elle est bien souvent tirée de lieux communs. On cherche, dans ce cas, à résoudre un problème particulier par ses parties communes. On s'en tient donc forcément à des considérations générales, à des délimitations schématiques qui ne nous font pas pénétrer à l'intérieur de l'objet en question. Nous ne faisons, à vrai dire, dans ces conditions, que cerner notre ignorance de la cause propre, par l'application de quelques données communes. Il n'est pas possible, en procédant de la sorte, d'arriver à la connaissance propre et spécifique d'un sujet déterminé. Cela est vrai même lorsque dans une science particulière on ne sort pas de la région des principes communs, tout nécessaires qu'ils soient. Pour que leur pouvoir d'explication soit vraiment ad rem, ils demandent à être combinés avec des principes propres, c'est-à-dire de l'objet spécial de notre étude : autrement ils passent à côté de la question : hiijiismodi rationes, dit saint Thomas, démons Lrant secundam aliquid commune'.
Mais de même qu'il y a des principes communs en matière de science pure, il en est aussi en matière contingente : ce sont des généralités qui n'impliquent aucun rapport nécessaire et vraiment universel. Elles constituent les éléments propres ou les prémisses du raisonnement probable. C'est pourquoi la dialectique aristotélicienne et, en particulier, le livre des « Tropiques » n'a pas d'autre but que d'établir des arsenaux ou lieux communs d'où l'on puisse tirer des sentences, des arguments, des procédés pour la discussion de tous les cas d'une manière pro-
St Thomas. Poster. Analytic. Lib I, lect. 17.
bable : syllogizare de omni problemate sicut circa qiiodest consideratio de probabilibiis*.
La dialectique, il est vrai, en tant que science particulière, logique et doctrinale, a ses principes et ses conclusions propres : de ce chef, elle contient des données et des maximes nécessaires qui sont l'expression des rapports qui existent, par exemple, entre le genre et l'espèce, le tout et la partie, le prédicat et le sujet comme tels. Mais le dialecticien ne se contente pas d'établir ces données, d'en faire un corps de doctrine, une science particulière : il s'en sert comme principes et moyens de démonstration dans des questions relevant de l'ordre objectif et réel. C'est ainsi qu'il résoudra une question concernant l'amour et la haine par quelque généralité touchant les contraires. Mais il est bien évidentque le moyen invoqué dans ces conditions est tiré de loin, qu'il tourne, en quelque sorte, autour de l'objet et le détermine du dehors. En tout cas, l'analyse qui en est faite se résout en notions communes. Du point de vue de la démonstration et de la science, c'est une œuvre bien incomplète; mais elle n'est pas sans valeur sur le terrain de l'opinion. « La dialectique, dit le B. Albert, s'excerce sur toute question ; mais il n'en est pas moins vrai, que même en matière spéciale, elle s'en tient à des généralités ; car elle procède ex communibus singulorum*. C'est pourquoi elle ne saurait donner une connaissance certaine et complète <Jes cas individuels. Pour cela il est nécessaire de faire -entrer en ligne de compte les éléments propres et carac-