‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 32 sur 162 · Aristote. Ethica Nicomachea lib. VI, cap. IX · texte numérisé non relu

Aristote. Ethica Nicomachea lib. VI, cap. IX

52 ÉLÉMIiNTS CONSTITUTIFS DE LA PROBABILITÉ

iinam partem magis quant in aliam *. C'est le choix dont il est ici question, qui s'impose tout particulièrement à notre attention. Car on pourrait facilement se tromper sur son rôle et sa véritable portée. Disons tout de suite que ce choix n'a absolument rien d'arbitraire. L'adhésion de notre esprit dans les cas d'évidence immédiate ou inférée, est le résultat inévitable de la vérité objective. De même que toutes les conditions de visibilité étant données, nous ne pouvons pas ne pas voir; de même il n'est pas au pouvoir de notre volonté d'empêcher ou de suspendre l'assentiment de notre esprit devant la pleine manifestation de la vérité. Tout se passe alors dans le domaine des forces naturelles, et on sait que le jeu de ces forces n'est pas directement soumis à l'empire de la volonté humaine. Qu'on le veuille ou non, il s'exerce fatalement quand toutes les conditions en sont données. Il ne saurait donc être question de libre assentiment ou de choix proprement dit en présence des premiers principes de la raison ou d'une conclusion rigoureusement et clairement démontrée : lune omnes causse sunt ageiiLla naturalia inimpedibilia a voluntate^.

Ce n'est pas ce qui a lieu en matière de probabilité. On ne peut plus parler, en pareil cas, de motion efficace venue de l'objet. Car ce dernier ne nous y apparaît pas en pleine lumière, mais plutôt dans une sorte clairobscur. Nous ne l'atteignons pas dans ses éléments propres et constitutifs, mais dans certains signes qui ne soutiennent pas avec lui un rapport absolu. L'assentiment, dans ces conditions, suppose une intervention de

IH. — St Thomas. Sum. Theol, II-II, quœst. I, art. IV. 2. — JoASKES .Il St Tuoma. Logic. II p., qusest, XXIV, art. III.

NOTION PHILOSGl'HIQUE DE l'opIMON 53

la volonté. C'est pourquoi saint Thomas nous dit que, dans l'opinion, notre esprit se porte d'un côté plutôt que de l'autre par l'effet d'un certain choix : per quandam eleclionem voluntariam. Mais qu'on ne s'y trompe pas. il n'y a rien d'arbitraire ni même de facultatif dans ce choix : tout y est au contraire pénétré de raison. En d'autres termes, la volonté qui déclanche l'assentiment ne fait que suivre la direction indiquée et tracée par la raison : in suumobjectantenditsecundumordinemraiionis*. D'où il suit que Tordre conçu parla raison informe l'acte déterminant de la volonté. Il en résulte que le choix, en question, appartient par ses éléments formels à la raison elle-même.

Par ailleurs, autre est la nécessité qui affecte l'exercice de l'acte, autre celle qui en affecte la détermination spécifique. La première ne se vérifie nullement en matière de probabilité, l'évidence médiate elle-même du jugement faisant défaut. Quant au caractère spécifique de l'acte, il n'est pas en notre pouvoir, pas plus que l'ordre conçu par la raison et représenté à la volonté. Celle-ci agissant en conformité avec cette représentation, il s'ensuit nécessairement un acte de telle nature. Cependant si même en matière de probabilité manifeste, notre assentiment à la vérité de la chose, n'est pas l'effet nécessaire d'une motion objective, on aurait tort d'en conclure qu'il ne s'impose pas à nous dans une certaine mesure. Il suffit pour cela qu'il se présente comme un acte jugé conforme à la raison. Ce qui se montre digne d'approbation — dignum quod probetar — se désigne par le fait

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