Albkhtls. m. Topic, Ub. I. tract. I, cap. IV
NOTION PHILOSOPHIQUE DE l'OPINION 57
dans toutes les définitions que les auteurs nous en donnent ? On ne saurait, semble-t-il, raisonnablement craindre une éventualité dont on a constaté le manque de fondement sérieux. Sans doute : mais le tout est de savoir quelle est la cause propre de la crainte dont il s'agit. Elle n'est pas comme plusieurs se l'imaginent, dans une opinion acceptable à la rigueur, en sens contraire. Non, dans ce cas, admis par lui, l'opinant est rejeté dans l'indétermination. La vraie cause de la crainte en question se trouve dans la débilité intrinsèque des moyens mis en œuvre : de sorte que cette crainte n'est rien autre que la détermination imparfaite de l'esprit iformido illa, dit Gajetan, nihil aluid est qiiam non plena déterminatio intellectus '. Cette faiblesse de constitution fait partie de la nature même de l'opinion. Aussi Aristote compare-t-il l'opinant o So^âçwv, à un malade sous le rapport de la science. On voit, du reste, par l'exemple de l'opinion qualifiée en théologie d' uniquement probable, que la crainte actuelle n'est pas un élément nécessaire de l'opinion en tant que provenant d'un obstacle extérieur, c'est-à-dire d'une raison contraire. C'est ainsi qu'un vieil auteur fait observer avec raison : non semper ex assensu opinativo formido actualis résultat *. La chose est encore bien plus manifeste dans les cas de perception sensible immédiate : seule alors la précarité de la connaissance constitue la crainte dont il s'agit. Un changement peut se produire dans la chose
•1. — Cajeta>us. In Poster, cap. XXV. fol. TU. Cajetan ajoute : undequaquse veniat formido iUa : ce qui s'entend de l'objet, du moyen et du sujet dont il vient d'examiner le rôle.
2. — Thïrsus Gomzalès. Fandamentun theologiœ moralis id est tratatus de recto usa opinionum probabiliam. Dissertatio I'.
elle-même et rendre le jugement faux. C'est pourquoi Aristote, parlant des causes qui font périr l'opinion, fait cette remarque : opinio turn demum evadil falsa qaoties res clam miitataj'uerit '.
On voit avec quelle largeur il faut entendre l'appréhension qui accompagne le jugement d'opinion : elle varie d'intensité avec la valeur intrinsèque des motifs qui déterminent l'assentiment. Elle peut se confondre avec la contingence de l'objet mais ne l'oublions pas : jamais Aristote ni les plus anciens scolastiques ne l'ont placée dans des raisons contraires d'une valeur dynamique reconnue. Pour eux, cette crainte est inhérente à la débilité même des moyens mis en oeuvre dans l'opinion. Jamais ils n'en voient la cause dans des raisons opposées, valables et coexistantes. Dans ce cas, l'éloignement de l'autre partie de la contradiction n'est pas complet : et l'assentiment donné dépasse de beaucoup l'état objectif de la question : il est bien plus le produit de la volonté que de la raison et, partant, n'est pas légitime. Tout ce qu'on est autorisé à faire, dans ces conditions, ce n'est pas de conclure, mais seulement de soupçonner ce que peut être la conclusion. C'est la seule chose possible et rationnelle, quand l'esprit penche plus d'un côté que de l'autre. Définir l'opinion, comme tant d'auteurs de théologie morale le font de nos jours, en disant qu'elle est un assentiment donné ciim priidenti formidine allerlus, c'est poser dans la définition même de l'opinion un obstacle infranchissable à sa formation. Il faut en dire autant de ceux qui parlent d'opinion concurremment avec une autre, de raison ou