‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 42 sur 162 · Aristoteles. Magna moralia, lib. I, cap. XXV · texte numérisé non relu

Aristoteles. Magna moralia, lib. I, cap. XXV

in omnibus ferimur ancipitos sintne hrec ita, an seciis : c'està-dire un état où notre esprit enveloppe les deux parties de la contradiction, quoique d'une manière inégale, sans pouvoir cependant se fixer ni conclure. Un tel étal se distingue, tout d'abord, du doute : car l'esprit y sort de la neutralité complète. 11 penche de côté et d'autre. Dans le doute il craint de s'avancer, de suivre une inclination ; timel inclinari. Ici, au contraire, il se porte vers une partie de la contradiction, mais sans se détacher de Tautre, comme l'exprime si bien le mot é-aaooTEpîtoaev.

Par ailleurs, si I'j-oat, '!•.<; n'est pas le doute., elle est encore bien moins l'opinion telle que l'a constamment exposée Aristote lui-même sous le nom de Sô^a. Comme nous l'avons vu plus haut, celle-ci n'est plus, pour lui, une question : ^r^'ri'si:, mais un jugement qui clôt la période de délibération et de recherche. Dans i'u-oArji/'.ç, au contraire, rien n'est définitivement arrêté ; la question reste ouverte ; aucune conclusion n'est tirée ; on se demande toujours : sintne hsec ita, an secus ? Quant à l'éloignement de l'autre partie de la contradiction, il n'est nullement réalisé comme les mots eux-mêmes l'expriment clairement,

Il s'ensuit que le mot qui correspond le mieux au sens philosophique de I'j-oat/}'.;, est celui de conjecture ', de soupçon. Et encore faudrait-il distinguer entre ,1e soupçon qui porte sur la détermination objective des choses, et celui qui a pour objet les intentions et les actes des personnes. Dans ce dernier cas, c'est le mot j-o-Iz-a qui est

1- — C'est-à-dire utie simple inclination à croire d'après certaines apparences.

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plutôt employé : et il se prend ordinairement en mauvaise part, comme désignant un acte accompagné de méfiance. Dans le premier cas, seules les choses par opposition aux personnes, étant en question, un objectivisme rigoureux est l'unique règle. En tout cas, il est absolument certain que ni le nom ni la chose de l'opinion ne sauraient convenir à l'état desprit en question. Il tient manifestement le milieu entre le doute proprement dit et l'opinion, comme on le voit par les définitions qui se suivent dans la première leçon de Saint Thomas sur les « Analytiques ». Mais, dira-t-on, cet état de soupçon étant réalisé en matière de recherche doctrinale, n'est-il pas compatible avec une détermination prise, un jugement porté, enfin, sur l'un des deux partis en présence ? Avec un jugement d'attente, une conclusion provisoirement arrêtée sous bénéfice d'un examen ultérieur, cela peut être : et c'est bien ainsi que les anciens l'entendaient en parlant d'une opinion formulée non confirmato consensu ; de là vient aussi que parmi les acceptions du mot utcoatî'Iiç, il y a celle de jugement précipité, de croyance conjecturale, mais si l'on a en vue un jugement ferme dans son genre et marquant le point final de l'information suivie sur les deux contradictoires, ce n'est pas possible. Car, dans ces conditions, l'assentiment donné relève beaucoup plus de la volonté que de la raison ; il dépasse manifestement ses justifications, c'est-à-dire les motifs qui le déterminent intellectuellement : en un mot, il ne reproduit pas l'état objectif de la question.

Un tel assentiment peut bien être donné, mais il ne saurait être accompagné d'aucune espèce de conviction. 11 «st incapable d'en produire aucune. C'est pourquoi Aristote sépare toujours ï uTzo\-r\^\^\.c de la croyance : o'j8 y|

Tnç-riç \j-6\-i]'!^<.ç \ dit-il. Dans un autre endroit, il regarde comme absurde une manière de s'exprimer qui aurait pour résultat de réunir ces deux choses. Par ailleurs, il ne met jamais en opposition l'opinion S<j^a avec la croyance TCicj-riç, Au contraire, pour lui ces deux choses s'accompagnent toujours. « Il est impossible, ditil, que quelqu'un ne tienne pas pour croyable une chose sur laquelle il a une opinion : quum Jîeri nequeat ut ils quisquam non credat, his quorum opinionem habel V A toute occasion, il renouvelle cette affirmation : fides omnem opinionem sequitur \ mais toujours, dans ce cas, il emploie le mot ô(i;a, jamais uiïoXt(î(]/iç. Au contraire, il déclare que cette dernière ne fait pas /oi et que c'est là un de ses caractères spécifiques. En d'autres termes, il fait, de l'efficacité de persuasion, la marque distinctive de l'opinion, ce par quoi elle s'oppose à un état d'esprit où nous restons attachés, dans une certaine mesure, par des raisons de valeur appréciable, à l'autre partie de la contradiction * : ce qui est la notion même du soupçon, de r uzoAY/}i; d'Aristote. Il est bien manifeste, et c'est la raison de notre insistance, que c'est là aussi très exacte-

I. — Aristoteles. Topic. Ub. IV. cap. V. Ce qui est ainsi traduit : neque fïdes opinio est. On lit également au même endroit : fii ut eliam non habens fidem habeat opiniQnem-\)~o\r^<)^v^ . Tout ce passage où figure le mot opinio dans la traduction, est une altération des pius graves de la doctrine d'Aristote.

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