Aristote. De Anima, Ub. III. Cap. III
4. — Dans ces conditions, c'est bien à tort qu'on entendrait par ces mots defides, ttictiç, une classe particulière d'opinion- Cela n'a pu paraître vrai que par suite de la traduction par opinion, du mot 'juo/Ti'I/k; : la distinction, dans l'opinion elle-même, à laquelle cette traduction a donné lieu, peut être abandonné sans inconvénient.
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ment la notion de l'opinion telle qu'elle est conçue dans les systèmes actuels de probabilité morale. A vrai dire, c'est à la confusion de deux états d'esprit, nettement diCférenciés chez les anciens, qu'il faut rattacher la première origine et le premier fondement de ces systèmes. L'opinion, dans sa nature propre, y est complètement étrangère : on n'en a qu'une ébauche, une approximation qui nous permet tout au plus d'entrevoir ou de soupçonner la conclusion à venir. Et encore cela ne se produit-il que dans les cas où l'éloignement de l'autre partie de la contradiction, sans être total, est sensiblement plus prononcé.
Tout ceci est absolument conforme à l'enseignement non seulement d'Aristote, mais encore de saint Thomas. C'est dans la première leçon de ce dernier, sur les Seconds analytiques qu'il faut chercher la pensée définitive et adéquate sur la véritable nature de l'opinion. Là, nous voyons qu'il ne sépare point la /ot de l'opinion : au contraire, il les comprend dans une seule et même définition. Mais il les distingue nettement du soupçon suspicio, quiest, pour lui, un état d'esprit, où nous restons attachés dans une mesure plus ou moins large à l'une et à l'autre partie de la contradiction. Et c'est en cela qu'il se différencie spécifiquement de l'opinion. C'est l'interprétation exacte de la doctrine d'Aristote : on ne la retrouve nulle part ailleurs exposée avec tant de précision et de clarté.
DE LA VÉRITÉ DANS l'OPINION
Nous pourrions nous en tenir là, pour ce qui est de la notion vraie de l'opinion. Cependant il ne sera pas inutile
7U ÉLÉME?iTS CU^NSTITUTIFS DE LA PROBABILITÉ
de relater ici quelques-unes des définitions que d'autres auteurs nous en donnent. Elles s'accordent le plus souvent eu substance avec celle de saint Thomas. Mais les différences de formes qui s'y rencontrent nous fourniront l'occasion de précisions nouvelles.
Saint Bernard, dans son .livre De Consideralione, s'exprime ainsi concernant le sujet qui nous occupe : « La science s'appuie sur la raison, la foi sur l'autorité, l'opinion sur la seule vraisemblance. 11 y a opinion quand vous tenez en quelque sorte pour vrai ce que vous ne savez pas être faux : opinio est quasi pro vero habere quod falsum esse nescias*. Nous ne reviendrons pas sur les conditions essentielles de la connaissance scientifique. Quant à la foi dont il est ici question, elle n'a rien de commun avec celle par laquelle Aristote et ses plus anciens commentateurs scolastiques distinguent l'opinion de ce qui n'en est que le prélude. Celle-ci est le résultat d'arguments ou de preuves de raison en matière de probabilité. Au contraire la foi, strictement prise, est une persuasion essentiellement déterminée par l'autorité de celui qui parle. C'est là son motif spécifique et se suffisant à luimême. Il peut s'y mêler d'autres considérations, mais elles ne sont que préalables ou subsidiaires à l'autorité du témoignage. De plus, le rôle de la volonté n'est pas le même dans les deux cas. L'étude de ces différences nous entraînerait trop loin. Il nous sufiBra de dire avec Jean de saint Thomas : inanifeslum est opinionem distingul a fide ratione medli qiio movetur, tum ex modo qtio nwvelur^ (Logic. II p. quœst. XXVI. art IV). Nous avous là deux.
J. — St Beusardus. De Consideralione, lib. V, cap. II.
HOTION PHILOSOPHIQUE DE LOPIMON 71
modes de connaissance qui diffèrent par leurs raisons OU éléments /orme/s, C est au détriment de la clartéetde la vérité dans toutes ces questions, qu'on a voulu les fusionner. L'opinion, approximation et ébauche de la science, participe nécessairement aux procédés et à la nature de cette dernière : elle soutient avec la foi le même rapport d'opposition que la science, quant à la nature de son moyen, qui est, par conséquent, d'ordre ratioimel. C'est donc méconnaître totalement l'opinion et dans sa raison d'être et dans son rôle d'introduction à la science, que de s'imaginer qu'elle puisse résulter du motif formel d'autorité quel qu'en soit la valeur. En un mot, l'opinion est en liaison de dépendance intrinsèque avec la science quant à sa marche et son procédé. L'autorité ne l'est pas : caret medio probativo et discursu. (Joannes à S. Th. ibid). Voir aussi saint Thomas. U-II^, qusest. II, art I). Par ailleurs, nous savons pourquoi il est si souvent question de fides à propos de l'opinion, dans certains passages d'Aristote. Revenons au texte de saint Bernard dont les derniers mots méritent une attention toute spéciale.
L'opinion, y est-il dit, se soutient par la seule vraisemblance : sola verisimilitudine se luelur. C'est ce qui la distingue essentiellement de la science. C'est une question sur laquelle nous nous sommes suffisamment expliqués déjà. Nous n'y reviendrons que pour commenter le passage suivant de saint Thomas : ex parle subjecti différant secundum perfectum et imperfectam opinio, fides et scientia ' : c'est-à-dire que les différences qui existent entre ces états d'esprit ou de connaissance, ont leur pre-