‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 44 sur 162 · St Thomas. Sum. theol. I-II, qaxst. LXVII. art. III · texte numérisé non relu

St Thomas. Sum. theol. I-II, qaxst. LXVII. art. III

niier fondement, leur explication dernière dans une disposition plus ou moins parfaite du sujet. Ce n'est pas à dire que l'objet et le moyen terme ne soient pour rien dans cette différenciation. On prétend seulement que c'est dans le sujet, qu'il faut en placer la cause la plus fondamentale, celle qui se retrouve partout et toujours et sans laquelle l'opinion ne peut se former en nous.

Il suffît pour s'en convaincre de comparer les éléments constitutifs de l'opinion avec ceux de la science. On ne trouve pas la cause universelle de la différence dont nous parlons, dans l'objet. On sait qu'une seule et même proposition peut être connue avec certitude par l'un et avec hésitation par l'autre. L'objet n'est donc pas absolument en cause, sa réalité objective étant la même dans les deux cas. Par le simple fait de cette divergence possible, on ne saurait le regarder comme la cause propre de la distinction de la science d'avec l'opinion. Il faut en dire autant du moyen terme. Tout d'abord il existe une catégorie d'opinions qui portent sur l'immédiat. Ensuite, il est constant que deux esprits d'inégale puissance, avec un même moyen, dans une même question, aboutissent parfois l'un à la science, l'autre à l'opinion. Là encore il est manifeste que la valeur intrinsèque du moyen est inchangée, il ne remplit donc pas les conditions requises pour représenter l'élément différentiel dont nous par- Ions. Nous devons en conclure que cet élément ne peut se trouver que dans le sujet lui-même.

L'opinion, en effet, est par essence, un acte diminué et imparfait. Comme telle, elle détermine son sujet : en d'autres termes, elle le constitue conformément à ses exigences en lui imprimant un caractère dimperfection intrinsèque : imperfection qui accompagne le sujet, qu'on

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le prenne en acte ou en puissance : car elle l'atteint dans son être et son rôle de cause matérielle. De même que la foi est l'acte d'un sujet privé de vision comme tel, de même l'opinion c'est l'acte d'un sujet radicalement privé de l'absolu de la connaissance : à savoir de la vision intellectuelle et de l'adhésion inébranlable. L'acte est conditionné par la puissance et réciproquement. C'est ainsi que l'imperfection privative inhérente à l'opinion affecte la puissance ou le sujet lui-même. Elle l'affecte non d'une manière accidentelle, mais pure et simple, par l'effet d'un rapport résultant de la nature des choses. Il s'ensuit que le sujet possible et connaturel de l'acte d'opinion implique par lui-même une infériorité, une privation qui se retrouve partout et toujours. Si elle n'était qu'accidentelle par rapport au sujet, il nous serait possible par des actes différents, portant sur un même objet, de réaliser une adhésion tantôt ferme et entière, tantôt incomplète. L'opinion et la science pourrait delà sorte coexister dans un même esprit, à l'égard d'une même proposition : ce qui, pour la raison que nous venons de dire, est justement tenu pour impossible. En résumé, tout ce qui se fait suppose non seulement une cause efficiente proportionnée, mais encoreune matière convenable. Or, un sujet doué de science n'est plus une matière où l'opinion puisse s'élaborer. Sans doute une raison ou motif probable peut toujours être connu comme tel ; mais dans celui qui sait, il ne peut passer à l'état d'opinion effectivement vécue et réalisée. L'opinion et la science s'opposent avant tout sous le rapport de la certitude et de l'incertitude du côté du sujet. Or, deux contraires ne sauraient se trouver réunis [sur leur point précis d'opposition : c'est par là qu'ils j'excluent et se détruisent l'un l'autre.

Qu'il faille placer la raison propre et universelle de ce qu'il y a de débile et d'incomplet dans l'opinion, dans une imperfection essentielle au sujet, nous en avons encore une autre preuve. Elle est tirée de l'idée même que tout le monde se fait de l'état d'opinion, du trait caractéristique auquel on le reconnaît. Toutes les fois que notre esprit n'est pas pleinement fixé, que son adhésion n'est pas absolue, nous pensons justement n'être pas sortis du domaine de l'opinion. Or notre assentiment, dans ce cas, en tant que restreint et réservé, affecte manifestement le sujet : cette disposition, avons-nous dit, n'est rien autre que la détermination incomplète de notre esprit luimême. Et c'est à ce signe que nous reconnaissons le fait de l'opinion. Qu'est-ce à dire sinon que nous le reconnaissons à un état particulier du sujet. Et cela partout et toujours. C'est ce qui se vérifie même en matière nécessaire. Ainsi celui qui tient une conclusion de ce genre, sans en connaître le moyeu démonstratif, reste dans l'opinion. Il faut en dire autant de celui qui se sert d'un moyen nécessaire sans en apprécier la valeur réelle. L'imperfection du sujet, tel est donc le facteur essentiel de 1 état d'opinion.

Ces considérations nous aident à mieux pénétrer la nature propre de l'opinion. Mais celles qui nous sont suggérées par la suite du passage de saint Bernard rapporté plus haut nous feront encore entrer plus avant dans la question. « Il y a opinion, quand vous tenez en quelque sorte pour vrai ce que vous ne savez pas être faux : quasi pro vero habere allquid quod falsum esse nescias. D'où il

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