‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 46 sur 162 · St Thomas. Opusc. de Fallaciis, cap. II · texte numérisé non relu

St Thomas. Opusc. de Fallaciis, cap. II

i. — Albertus m. Ethicor., lib. I, tract. I, cap. XV.

efficacité. Par tout jugement proféré, on entend exprimer une vérité. Le jugement d'opinion ne fait pas exception, on doit l'admettre, sous peine d'en faire un non sens, une chose contradictoire. Il reste seulement à déterminer la valeur et la portée d'un tel jugement, en tant qu'il exprime le vrai. Pour l'opinion qui résulte de la perception immédiate des réalités contingentes individuelles, la question ne présente aucune difficulté. L'afQrmation et la négation, dans ce domaine, sont sans universalité véritable ; elles suivent les conditions de leur objet et sont, comme lui, précaires et soumises au changement. Cependant, sous le rapport de la vérité présente, elles ne laissent rien à désirer.

Mais ce n'est pas dans les opinions de ce genre que git la difficulté; elle est bien plutôt dans celles qui sont le résultat ou la conclusion d'une cause non nécessaire, dans Tordre de la connaissance. Une telle cause peut-elle autoriser une affirmation ou une négation positive et formelle ? N'estelle point, par définition, incapable d'unir efficacement le prédicat avec le sujet dans la conclusion? Les principes de l'être et de la connaissance coïncident : or les principes ou les causes de l'opinion n'entrent pas dans la constitution de la chose même. Comment peuventils dans ces conditions nous la faire connaître ? C'est-àdire nous permettre d'affirmer ce qu'elle est ou de nier ce qu'elle n'est pas ? L'être et le vrai se réciproquent. Un élément étranger à l'être de la chose n'est-il point, par le fait même, inapte à nous en procurer une notion conforme ?

Telles sont les difficultés qui se présentent naturellement à l'esprit, quand on parle de la vérité du jugement d'opinion. Elles reposent sur des confusions ou équi-

NOTION PHILOSOPHIQUE DE L OPINION t i

\oques qu'il importe de dissiper. Tout d'abord, on ne conçoit guère qu'il n'y ait aucun milieu entre l'assentiment produit par l'action inéluctable de l'objet et l'absence ou la suspension de tout assentiment. Un tel état' de choses bouleverserait de fond en comble les conditions de notre existence humaine : aussi est-il en contradiction avec une pratique universelle. A considérer les choses en général, on peut dire que la manifestation de l'objet n'est pas la propriété exclusive de la cause nécessaire : elle peut être le résultat d'autres moyens : il y a seulement différence d'efficacité dans les deux cas.

Dans le premier cette manifestation est telle qu'elle entraîne l'adhésion de notre esprit à la manière d'une force naturelle. Dans le second, elle n'a rien de nécessaire, mais elle est cependant jugée sufiBsante pour que notre assentiment puisse être correctement déterminé par la volonté. C'est là tout le caractère spécifique de la motion du probable. C'est ainsi que l'opinion n'est pas l'effet de l'évidence ni même de raisons nécessaires à un titre quelconque, mais de raisons suffisamment fortes pour que nous puissions nous déterminer nous mêmes à les suivre : c'est dans ce sens qu'un ancien auteur dit : opinio neque evidentiam neque certiliiJinem habel. sed crednUtalem fwidatam in humana ratione '. Tant que nous ne sommes pas, dans une question donnée, rendus au point d'ajouter foi aux raisons et aux moyens mis en œuvre il n'y a ni probabilité ni opinion véritables. Cette appréciation de valeur n'a rien d'arbitraire : elle est l'œuvre de la seule raison. Elle se fonde, sans doute, sur les raisons positive-

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