Stlvestbr Prier. In Summa, Verb. Opinio
ment déterminantes, mais aussi pour une part essentielle, sur l'absence de motifs opposants d'une réelle valeur.
Que la manifestation de l'objet puisse être suffisante, quoique non nécessaire ; suffisante, pour que nous puissions y ajouter foi, en droit et en raison ; c'est ce que, vu la difficulté du sujet, il ne sera pas inutile de traiter plus longuement. Le probable se présente sous l'aspect du vrai: il en a toutes les apparences. Aussi est-il souvent appelé par Aristote : oaoïov -w a),r,0£'.. Comme tel, il relève de la même faculté appréciative que le vrai. Aussi en lui donnant notre adhésion nous comportons-nous, à son égard, pratiquement comme à l'égard du vrai authentique : quasi pro vero habere. Sans doute l'objet n'est pleinement connu que par ses causes intrinsèques et essentielles ou, bien que à un degré moindre, par des éléments extérieurs qui soutiennent avec lui un rapport nécessaire. Les causes de cet ordre nous permettent d'atteindre cet objet directement en lui-même : secundum se.
Mais ce procédé n'est pas réalisable en toute matière. Nombreux sont les cas où les raisons invoquées ne mettent pas directement en lumière l'objet lui-même, mais n'en produisent qu'une certaine apparence : on peut dire alors, du point de vue de la démonstration, qu'elles ne le font pas êlre, mais paraître. C'est précisément ce qui se passe dans l'opinion. Elle ne procède pas par information directe de l'objet, elle nous le fait voir et atteindre seulemen t dans son semblable : in suo simili. C'est là assurément un mode de connaissance imparfait, mais qui n'est pas cependant dépourvu de toute valeur. Il est une apparence qui s'oppose à la réalité : elle en est, en fait, la négation. Ce n'est qu'une apparence dit-on communément, pour faire entendre que toute réalité est absente du sujet en
NOTION PHILOSOPHIQUE DE l/OPINION 79
question. C'est ainsi que pour rester dans le cadre de notre étude, il y a des raisonnements fondés sur une simple apparence de probabilité : probabilltas est in els qiisedam phantasia sive apparentia *. Ce sont des raisonnements sophistiques. C'est pourquoi tout le traité des sophismes a pour but de rechercher et d'exposer les causes de ces fausses apparences de probabilité.
Par ailleurs, il est une apparence qui loin de s'opposer à la réalité nous y conduit au contraire ; elle en est la révélation plus ou moins complète et efficace, mais nullement négligeable. C'est le cas de l'apparence qui est la raison déterminante de l'opinion et constitue l'essence même de la probabilité concrète. Elle n'est ni un phénomène subjectif, ni le résultat de causes sophistiques ; elle est produite par les motifs les plus puissants qu'une information poursuivie sur les deux parties de la contradiction a fait découvrir. Nous avons ainsi l'objet dans ce qui le représente ; mais cette représentation étant imparfaite, il n'existe pas de rapport nécessaire entre elle et la chose représentée. Il ne saurait donc être question d'un assentiment de science, c'est-à-dire produit par une motion efficace venant de l'objet. 11 n'y a place que pour une détermination influencée par la volonté, mais n'en restant pas moins conforme aux indications d'une raison avertie. Une détermination prise dans ces conditions, bien que réelle et positive, reste forcément empreinte de quelque faiblesse : ce qui est dû essentiellement à limperfection de ses causes génératrices et non à des probabilités contraires.