OTIO?J PHILOSOPHIQUE DE L'OPIMON
même, secundum se : il l'est plutôt dans une autre chose qui soutient avec lui un rapport de ressemblance ou de toute aulre nature : vel quociimque modo contingit aliquid in alio videri\ Or cette chose qui en contient une autre est pour nous un moyen de perception. Et il est bien évident qu'elle ne l'est qu'en tant que représentation et connue comme telle. Elle ne serait pas un moyen, si elle n'était pas perçue comme représentative. Car, dans ce cas, elle serait elle-même objet et rien autre. Or la percevoir comme représentative, c'est percevoir en elle l'objet représenté. D'où il suit que dans l'apparence produite par les raisons probables, c'est l'objet qui est la matière de notre jugement : la vraisemblance n'en est que le motif. Entre la représentation et la chose représentée, il existe bien un rapport de contenant et de contenu, mais comme dans notre hypothèse, il n'a rien de nécessaire, il ne saurait fonder un jugement absolu.
En résumé, de même que ce n'est pas la forme ou l'idée subjective que nous connaissons, mais l'objet de cette idée ; de même ce n'est pas à l'apparence comme telle que s'arrête le jugement d'opinion, mais à ce qui paraît. 11 ne saurait en être autrement dans la connaissance directe, étant donnée la différence qui existe entre la raison et la matière de notre assentiment. Tout ceci n'a qu'un but : bien marquer la distinction qui existe entre le jugement de probabilité et le jugement d'être et de vérité. Ce dernier est la substance même de l'opinion : causatur opinio de eo quod est res ^ C'est une chose qui est en
1. — St Thomas. Sum. theoL, 1 p.,qaœst. XIV, art. V. 2. — Albertus m. Ethicor. Ub. III, tract. I, cap. XV.
question, et c'est, tout naturellement, sur elle que porte notre étude et notre conclusion.
Un jugement porté de la sorte, même en matière d'opinion, ne peut être déterminé que par la vérité: on y affirme un prédicat d'un sujet ; or une telle affirmation suppose la perception d'un rapport de convenance entre les deux termes ; on peut même dire qu'elle n'est rien autre que cette perception. Un jugement, pardéfinition, exprime donc le vrai ou le faux. Il est inconcevable autrement. C'est pourquoi nous entendons bien énoncer une vérité sans l'opinion. En adhérant à l'une des deux parties de la contradiction nous la tenons par là même pour vraie et pour seule vraie. Mais comme les choses sont vraies dans la mesure de leur être, on ne saurait parler ici de vérité absolue ; car nous sommes en pleine contingence.
La cause qui unit, eu pareil cas, le prédicat avec le sujet dans une conclusion n'a rien de nécessaire : le jugement qu'elle motive et conditionne est naturellement du même ordre qu'elle. Aussi n'affirme-t-il pas l'inhérence nécessaire et universelle du prédicat, mais seulement accidentelle. C'est un principe, du reste, que le prédicat attribué en matière contingente Testa titre d'accident. Il en résulte que lejugement d'opinion n'a ni portée ni vérité absolue, il est, pour nous servir d'une locution scoiastique, de inesse ut nunc. C'est la condition inévitable de tout jugement qui admet la possibilité d'être autrement.
Et encore convient-il de faire une distinction à ce sujet, dans la catégorie de l'opinion elle-même. Quand celle-ci porte sur des objets sensibles et individuels immédiatement perçus, elle est purement vraie pour le présent, mais peut être fausse en autre temps. C'est un premier degré de vérité et de contingence dans l'opinion. Il en est un autre
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qui intéresse plus immédiatement les questions qui nous occupent. C'est celui où la possibilité d'être autrement ne \ise pas un futur contingent, mais le moment même où l'opinion est énoncée : possibile est ut opinabile, in tempore opinionis, sit in deversum ejiis quo opinatar ipsum \ Il s'agit d'une possibilité d'erreur concomitante à l'acte même d'opinion; mais non d'une probabilité, comme tant d'auteurs modernes se l'imaginent contradictoiremeut. Mais, dira-t-on, comment une possibilité de ce genre peut-elle se concilier avec unjugementpositivementporté, et partant d'une vérité exprimée ? Car. pour les anciens eux-mêmes, l'opinion n'est pas au nombre des disciplines ou vertus intellectuelles, qui, comme la science et la prudence, expriment le vrai par définition : important rectitudinem rationis. Une opinion même acquise selon toutes les règles de la logique du probable n'est pas, nécessairement et par les éléments qui la composent, exclusive d'erreur ; taudis que la science et la prudence le sont forcément dès lors qu'on les suppose réalisées selon leur propre concept. C'est pourquoi, dit Aristode, existimatione et opinione ut mentiatur animus evenire potest *. Que devient le droit d'affirmer ou de nier dans ces conditions ? Pour ce qui est de l'opinion portant sur un objet contingent immédiatement perçu, aucune difficulté : la possibilité d être autrement se réfère alors à un autre temps, et, partant, rien ne s'oppose à une affirmation catégorique pour le présent. Quant à cette même possibilité en tant que conjointe à l'acte d'opinion d'une simultanéité de
1. — AvERROEs CoRDUBEKsis. Postei'ior, Resolutor. Lib. IL, cap. XXIII (Venetiis, 150.3).