Aristotelbs. Elhic. Nicoru. lib. Vil, cap. I
86 ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE LA PnOBA.BILITÉ
11 ne sera pas superflu, vu l'importance d'une notion exacte de l'opinion, d'examiner encore quelques autres définitions émanées d'anciens auteurs. Adressons-nous tout d'abord à Vincent Pattuzi, qui a soutenu avec une extraordinaire vigueur le système probabilioriste. Il commence par reproduire une définition de Terilliis que voici : opinlo est judiciiim absolatum de re proposila nixum molivo fallibili '. Définition que Pattuzi ne condamne pas, bien qu'il en propose une autre, comme nous le verrons tout à l'heure. Que faut-il en penser au juste ? Ce qui surprend, à première vue, ici, c'est le mota6so/a. Gomment peut-il figurer dans un exposé analytique de l'opinion ? Après tout ce que nous en avons dit jusque là, il semble qu'il n'y soit pas à sa place. Le jugement d'opinion est conditionné par son motif déterminant : autrement dit, il ne saurait avoir une portée plus grande que sa cause. Si l'instrument qui unit le prédicat avec le sujet n'établit pas entre eux une liaison nécessaire, la conclusion ne peut être qualifiée d'absolue.
C'est bien le cas de l'opinion. Sans doute un jugement y est formulé. Mais il est quelque chose de débile et d'incomplet en tant que détermination intellectuelle : il n'en représente qu'un degré inférieur. Il n'apporte pas à l'esprit tout apaisement dans l'ordre delà connaissance, bien qu'une conclusion mette fin à la recherche. A vrai dire, c'est cela même qui donne, en pareille matière, l'illusion d'un résultat absolu.
Mais il y a une distinction à faire entre l'arrêt de l'investigation et l'arrêt qui suit la possession totale et scien-
1 . — Vi>cENT Pattuzi. De proxima humanorum actuum régula in opinionum deleclu. Pars II', cap. 2.
NOTION? PHILOSOPHIQCE DE l'opIXION 87
tifîque de la question. Le premier seul se vérifie dans l'opinion, qui fixe l'esprit, clôt la délibération, mais dans les limites de l'action persuasive du probable : per modum terminantis et non certijicantis, pour parler comme le B. Albert. On aurait tort de croire que, dans ces conditions, la clôture de la recherche par l'assentiment est chose arbitraire. Non, elle a ses raisons objectives et déterminantes ; raisons qui justifient l'assentiment en question, bien qu'elles soient incapables de lui communiquer la fermeté et la résolution qui découlent des raisons démonstratives.
C'est donc dépasser la mesure que de dire avec un autre auteur : dans l'assentiment d'opinion l'esprit prononce par un jugement absolu, qu'une partie de la contradiction est vraie et que l'autre est fausse. Judicatjudicio absolato unam esse in iliis veram, alleram falsam\ Cette manière de parler prête, pour le moins, à l'équivoque et à la confusion. Ce que certains auteurs semblent ne pouvoir admettre, c'est le milieu dont nous parlions tout à l'heure : il n'est pourtant rien de plus naturel et de plus humain. On ne conçoit pas notre existence avec l'obligation d'arguer en tout et partout de certitude ou de rigueur scientifique. Il est aussi contraire à la spéculation qu'à l'expérience quotidienne de dire : la détermination intellectuelle que comporte le jugement est pleine et entière ou elle n'estpas. Non, nous n'en sommes pas réduits à ces positions extrêmes. Il est un point dans la recherche et la manifestation de la vérité, que nous -sommes autorisés de transformer en foi. C'est là toute
1. — Thtrsus Gonzalès. Fandamentam theologix moralis, Dissertatio /*.
l'économie de l'opinion : credulitas in humana ratione fundata *.
Le produit intellectuel obtenu dans ces conditions est sans doute contingent : il l'est même à un degré tout particulier, puisqu'il n'exclut pas absolument une possibilité présente d'erreur. Mais du moment que toutes les valeurs positives et actuelles qui entrent en jeu dans la question, sont favorables à une conclusion, celle-ci se recommande d'elle-même à notre approbation : en d'autres termes, elle devient probable : probabilis*. Et c'est ainsi, en parfaite connaissance de cause, que nous lui donnons notre assentiment, sous l'influence de la volonté, qui supplée à l'insuflisance de la motion de l'objet. Nous entendons bien, dans ce cas, dire vrai, malgré la contingence des éléments qui interviennent dans notre raisonnement. Quidam habitiis aliquando recipiunl falsitatem, qiiamvis vera per eos dicere intendamus ut opinio '. Le rapport de conformité avec la chose ainsi énoncé, est sufQsamment justifié par la mesure de connaissance et de preuve réalisée de fait dans l'opinion. Le jugement qui suit, de la sorte, est naturellement fonction de cet état de fait : il en exprime la vérité toute contingente ; ce qui est parfaitement compatible avec la possibilité d'être autrement. La seule chose qu'une détermination contingente, posée en acte, exclut, c'est une puissance de simultanéité d'être autrement : potentia sirnullatis. Et c'est la condamnation de la théorie de deux opinions