‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 53 sur 162 · SîLVESTER Prieras. In Summa, Ver-b. opinio · texte numérisé non relu

SîLVESTER Prieras. In Summa, Ver-b. opinio

2. — Pour peu qu'on y réfléchisse, on comprend que c'est dans ces conditions seulement, que le probable mérite d'être dit siniile vero.

3. — Albertls m. Poster. Analytic. lib. III, tract. V, cap. II.

NOTIO:* PHILOSOPHIQUE DE l'OPINIO^ 8^

contraires sur le même point, comme nous le verrons plus lard.

Tout ce que nous venons de dire du vrai dans l'opinion, repose sur le grand principe que l'être et le vrai se correspondent. Les degrés de perfection de l'un se retrouvent nécessairement dans l'autre. C'est dans ce sens que saint Thomas dit : quœ sunt magis entia sunl magi& vera '. Evidemment la vérité consiste dans l'indivisible quand à la conformité qu'elle implique avec l'être ou le non être de la chose. Mais il n'en est pas de même, quant au fondement de cette conformité : il est susceptible de plus et de moins. Ce n'est pas précisément la vérité de la chose qu'il fait : c'en est plutôt la solidité, la permanence. On conçoit que, sous ce rapport, sa causalité ne soit pas identique. Ainsi, autre chose est de dire : Pierre est assis ; autre chose de dire : Pierre est homme. C'est pourquoi il existe des degrés dans la certitude elle-même, quant à son élément positif. Il est donc tout naturel qu'un objet imparfait dans son être, et surtout dans la cause par laquelle nous le connaissons, ne produise qu'une détermination incomplète de notre esprit. Une manifestation même restreinte de l'objet n'est pas sans effet : dans le cas de la probabilité et de l'opinion, il nous est présenté sous l'aspect du vrai : il en a toutes les apparences au point de mériter un assentiment volontaire et, en même temps, conforme aux données de la raison. Tout ceci se trouve contenu dans le passage suivant de saint Thomas : secundam quod contingit aliquid esse magis verum, sic etiam contingit esse motivim firmioris as-

1. — St Thouas. 2g. Disput., de Virtutibus. quiest. II, de CharitaU^ art. IX.

seiuiis '. Quant aux autres remarques qui pourraient être faites concernant la définition de Tcrillus, elles n'offrent aucun intérêt particulier, après tout ce 'que nous avons dit par ailleurs.

Au reste les auteurs qui qualifient dabsola le jugement d'opinion, ne sont-ils le plus souvent fautifs que dans l'expression. Ce qu'ils veulent, sans doute, c'est bien mettre en relief le caractère positif de ce jugement qui n'est ni modal ni conditionnel, en tant qu'il se prononce sur la chose elle-même. Considéré à ce point de vue, c'est un jugement assertorique, comme disent les modernes : un prédicat y est simplement affirmé ou nié d'un sujet °. Et la faiblesse intrinsèque de cette éuouciation ne l'empêche pas de poser une chose en fait et en acte ; nous voulons dire l'inclusion logique du prédicat : ce qui constitue un point de première importance, pour l'intelligence des questions que soulève la probabilité morale.

Voici maintenant la définition de Pattuzi lui-même : opinio est assensus intellectus seujudicium determinatun de altéra parte contradictionis cum formidine partis oppositœ °. Notons, tout d'abord, que le caractère tout intellectuel de l'opinion est ici fortement accusé. Elle est un jugement, une adhésion de l'esprit. On sait, du

1. — St Thomas. 2q. Dispiit., de Virtutibus, quœsl. II, de Charitale, art. IX.

2. — Opinans modo certo enuntiat de quo opinalur, quod non facil consilians. On voit par là tout ce que le jugement d'opinion comportait, pour les anciens, d'arrêté el de déterminé. Al. M. Ethicor. lib. VI, tract. III. cap. I.

3. — Vincent Pattuzi. De proxima humanoram aclucein régula in opinium délecta. Pars. lia, cap. II.

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reste, que si le consentement est un acte de la volonté, il n'en est pas de même, à proprement parler, de l'assentiment. Cependant, ce dernier peut être commandé par la volonté. C'est ce qui a lieu dans les cas d'inévidence. Mais autre est la raison de l'intervention de la volonté dans l'acte de foi : autre celle de son intervention dans l'acte d'opinion. Comme nous l'avons dit précédemment : dans la foi strictement prise, l'autorité de celui qui parle, est le motif formel, se suffisant à lui-même, de l'assentiment. Ce n'est pas pour suppléer à son insuffisance qu'on a recours à d'autres raisons, mais pour gagner la volonté, en montrant non seulement mais encore et surtout la bonté et la convenance de la chose. Forte de cet état affectif, la volonté détermine l'assentiment de l'esprit. Le procédé dans l'opinion est différent. Le motif spécifique n'est plus dans l'autorité du témoignage, mais dans les raisons probables : raisons qui tendent toutes à la manifestation de la vérité objective, et nullement à créer un état affectif. Lorsque les raisons, d'ordre purement intellectuel, ont atteint à ]& probabilité dans toute la force du mot, l'assentiment apparaît comme réalisable endroit et en raison. C'est alors que la volonté intervient ; mais on le voit : cette intervention a toute sa raison d'être et sa mesure dans des considérations rationnelles tirées de l'objet.

Sans doute, un grand nombre d'opinions se présentent en fait, avec un caractère d'intellectualité moins pure : les passions grandes -ou petites, l'intérêt, le bon plaisir personnel y entrent pour une bonne part. S'il est exagéré d'affîrm&r avec La Rochefoucauld que « l'esprit est toujours la dupe du cœur », il est néanmoins juste de dire qu'il l'est fréquemment. Mais alors l'opinion, dans son

concept spécifique disparaît, pour faire place à un jugement passionnel qui est le produit d'une influence abusive de la Volonté : ou tout au moins, on abandonne le terrain de l'opinion pour celui d'une certaine foi humaine. On objectera, sans doute, que l'argument d'autorité n'est pas exclu de l'opinion. C'est \rai. Mais il n'en est pas le motif propre et spécifique. De plus, c'est surtout en tant qu'il implique et suppose un motif de raison qu'il y joue un rôle, comme nous le verrons en parlant de la proposition dialectique.

En un mot, dans l'acte de foi la volonté intervient quant à l'exercice et à la spécification de l'acte. Les raisons qui présentent l'objet sous l'aspect du bien, tendent à lui conférer un pouvoir déterminant, qu'il ne peut avoir par suite de son obscurité intrinsèque. C'est ce qui n'a pas lieu pour l'opinion. Les raisons sur lesquelles elle s'appuie ont uniquement pour but de mettre en lumière la vérité de l'objet, et nullement d'en faire ressortir la bonté ou la convenance. Dans ces conditions, l'assentiment donné est exclusivement conditionné par des motifs d'ordre rationnel. Ce n'est pas faire acte d'opinion que d'adopter un jugement ou une conclusion sur le seul motif dautorité. Dans ce cas, on fait un acte de foi humaine qui peut avoir sa valeur et son utilité, mais qui n'est pas spécifiquement un acte d'opinion.

Pattuzi nous dit encore, dans la définition dont il s'agit, que l'opinion est un jugement bien déterminé :judicium determinalum. C'est ce qui caractérise l'opinion parmi tous les états d'esprit inférieurs à la science. Ceux-ci ne concluent pas : la démarche de l'esprit qu'ils supposent reste inachevée ; elle n'aboutit pas à son terme normal, le connaturel : motas interminatus , dit le B. Albert. Dans

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l'opinion, au contraire, notre esprit prend position : il se prononce pour un des deux partis en présence et s'y attache. Bien plus, il s'éloigne totalement de l'autre partie de la contradiction. Etant donnée la détermination intellectuelle qu'il implique, le jugement d'opinion ne peut se produire rationnellement que dans un esprit désentravé, c'est-à-dire libre de tout obstacle, de toute force opposante, de toute raison contraire valable. C'est par la défaite ou la neutralisation de ces forces ou raisons opposantes, que l'opinion peut s'engendrer en nous. C'est la loi même de sa formation. Si elle nest pas observée, ou l'assentiment donné est dû à une intervention abusive de la volonté, ou l'on reste forcément dans le doute ou le soupçon.

Dans ce dernier cas, notre esprit penche plus d'un côté que de l'autre : magis inclinatnr in hanc qiiarn in illam. Il est en droit de soupçonner, mais non de conclure , car il ne se détache pas de l'autre partie de la contradiction : non totaliter declinatur. Le parti opposé conserve une force appréciable et constitue un ■obstacle extérieur à toute détermination positive et légitime de notre part. Ou peut voir par là que maints auteurs de théologie morale ne dépassent pas le stade de la suspicio de saint Thomas et de ïdt.oIt^'Iiç d'Aristote dans l'idée qu'ils se font de l'opinion. N'est-ce pas le cas des inventeurs et des partisans des opinions contraires et comparées sur le même point ? C'est ce qui résulte clairement de la définition même que saint Thomas nous donne du soupçon et bien plus encore de celle de l'opinion, que nous avons étudiée avec lui. De tout ceci nous ferons dans la suite de ce travail une démonstration plus complète encore et plus abondante.

94 ÉLÉMEiNTS CONSTITUllFS DE LA. PROBABILITE

En résumé, la matière propre de l'opinion est le contingent. Envisagé en lui-même, comme cause matérielle, ce dernier ne contient qu'une possibilité à double eutente : ce qui peut être, peut aussi ne pas être. C'est pourquoi, en présence du pur contingent, nous pouvons prendre l'une ou l'autre partie de la contradiction comme point de départ du raisonnement dialectique : ou plutôt le choix que nous faisons de l'une n'entiaine point par le fait même, l'exclusion de l'autre. C'est dans ce sens que saint Thomas dit : Dialeclicus non assumit iinam partein conlradictionis tanlum. En d'autres termes toute position contingente laisse subsister la possibilité du contraire. Cependant, le contingent, bien qu'il soit, de lui-même, une puissance ambiguë qui enveloppe les deux parties de la contradiction, peut en réaliser une. Alors nous n'avons plus le contingent déterminable mais déterminé, passé à l'acte : contingens quod inest.

Cette détermination se fait, dans l'ordre de la connaissance et dans le cas de l'opinion, par des puissances actives qui ne sont rien autre que les motifs et le.s raisons probables. Celles-là seules méritent ce nom qui nous donnent le droit de porter un jugement et de conclure. Tant qu'on n'est pas rendu à ce point, dans la période de recherche et d'examen comparatif, qui précède cette conclusion, on ne saurait parler de probabilité véritable mais tout au plus de probabilité douteuse. Les raisons qui se présentent alors, n'étant pas concluantes, c'est-à dire facteur d'opinion, ne peuvent être l'objet d'un jugement définitif de probabilité. Elles se rattachent plutôt à cette partie de la dialectique dénommée -TTe'.paGT'.y.r; par Aristote et tenlativa par les Scoiastiques. Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'à la fin de la recherche que

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les valeurs vraiment probables se révèlent. Avant ce terme, rien n'est définitivement arrêté : il ne peut y avoir que jugement anticipé, conclusion préjugée.

Gomme nous l'avons vu, la détermination contingente établie par le raisonnement dans l'opinion, supprime moins que toute autre la possibilité du contraire. Et c'est là précisément que gît, comme dirait un vieil auteur, le phantasme liidijicatoire qu'on trouve à l'origine de toutes les erreurs ou confusions commises dans l'étude des questions relatives au probabilisme moral. Nous aurons de nombreuses occasions de revenir et de nous expliquer encore sur ce point. Qu'il nous suffise présentement d'avoir rappelé les éléments constitutifs de l'opinion, d'après les plus grands des anciens auteurs et la nature même des choses.

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