‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 54 sur 162 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De même qu'il existe une logique du nécessaire, il en est une du probable. La première enseigne à partir de principes incontestés pour aboutir à la certitude et à la science. La seconde nous trace les lois et les procédés à suivre pour aboutir à l'opinion. C'est un fait qu'on n'a pas toujours accordé à celte dernière partie de la logique l'importance qu'elle mérite. Barthélémy Saint-IIilaire dans ses remarques sur les « topiques » le constatait en ces termes : « Ce sujet a été presque entièrement abandonné depuis Aristote et, de nos jours, il l'est complètement. La Topique ne fait plus partie de la logique : elle a été comprise dans la rhétorique. C'est à Cicéron le premier qu'il faut en attribuer la confusion. » Malgré la place considérable faite au probable et à l'opinion dans leur œuvre, les auteurs de théologie morale n'ont pas réagi contre cet abandon, nous voyons bon nombre d'entre eux entrer de plain-pied dans la discussion des systèmes probabilistes, sans trop se douter du nombre et de la difTiculté des questions de philosophie qui s'y trouvent impliquées.

La logique du probable fait l'objet du livre des « Topiques » d'Aristote. La lecture de cet ouvrage est chose ar-

due. C'est sans doute la raison pour laquelle, au dire c!c Th. Gompers, les historiens de la philosophie ont coutume de passer sur ce livre avec uu silence embarrassé '. Il n'a guère tenté non plus les commentateurs scolastiques. Albert le Grand en a entrepris l'analyse et l'explication. Il l'a fait avec son abondance et sa maîtrise habituelles ; mais comme il ne suit pas la lettre du texte, son commentaire présente parfois quelque obscurité. Nous n'avons nullement l'intention d'aborder ici l'examen ni même de donnerunrésumédece traitédes « Topiques )). 11 nous sufRra d'en bien marquer la place dans lOrganiim, c'est-à-dire dans le développement logique et naturel de notre faculté de comprendre et de raisonner.

Dans le livre des Prédicaments ou Catégories, sont étudiés les éléments primitifs du syllogisme qui ne sont autres que les notions ou idées simples, c'est-à-dire non associées. C'est ainsi qu'il y est question des concepts et des termes, classés par rapport à leur signification réelle et leur généralité. Dans le Périhermeneias, on passe à l'étude des notions complexes, autrement dit de la proposition, qui est la matière prochaine de tout raisonnement et comme la forme logique de toute connaissance. Nombreuses sont les questions qui s'y rapportent. Dans les Premiers Analytiques, il est enfin question du syllogisme, mais il n'est envisagé que dans la forme qu'il présente, eu égard à la qualité et à la quantité des propositions, ainsi qu'aux combinaisons diverses de son moyen terme. La matière même du syllogisme ne s'y trouve pas

1. — Th. Gompers. Les Penseurs de la Grèce, Iraduct. de A. Reymond. Tome III, p. 60.

directement mise en cause. Ce dernier point est l'affaire, tout d'abord, des Derniers Analytiques, qui traitent de la forme syllogistique dans ses rapports avec une matière nécessaire, qui porte en elle-même la cause de la conséquence et du conséquent : qiiœ causam conguentiœ et consequentis intra se continet *. Nous avons ainsi la forme la plus complète et la plus efficace du raisonnement déductif, à savoir la démonstration. C'est le point central etculminant de toute la logique.

Vient ensuitelelivredes Topiques: ilétudie, lui, laforme syllogistique dans ses rapports avec une matière qui ne renferme pas, en elle-même, la cause nécessaire de la conséquence ni du conséquent. Les moyens qu'il met en œuvre n'ont rien d'absolu : ils appartiennent plutôt à la catégorie des signes que des causes. Le syllogisme qui se compose de tels éléments ne conduit pas à la science, mais à Vopinion ; il ne conclut pas le nécessaire, mais le probable. C'est le syllogisme dialectique. Enfin le traité des « Sophismes » {Elenchorum), clôt le cycle des études logiques. Il s'occupe du syllogisme non plus en fonction d'une matière nécessaire ou probable, mais d'une matière purement apparente ; proat referlur ad materiam quœ apparet esse '. C'est ainsi qu'il passe en revue les causes diverses de cette apparence trompeuse, comme l'équivoque, V homonymie, la.pétition de principe etc..

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