‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 65 sur 162 · Albertl's m. Topicor. lib. I, tract. I, cap. II · texte numérisé non relu

Albertl's m. Topicor. lib. I, tract. I, cap. II

il2 ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE LA. PROBABILITÉ

sombres situés à une faible hauteur, fout dans l'estimation commune un signe de pluie prochaine.

Viennent ensuite les probables qui sont saisis et reconnus comme tels par le plus grand nombre : quse videntur pluribus. 11 ne s'agit plus ici des probables qui s'imposent d'eux-mêmes au jugement de tous, à la manière des premiers principes de la raison ; mais de ceux qui exigent pour être perçus une certaine réflexion. Ils dépassent déjà quelque peu la portée immédiate de la pensée vulgaire. Cependant l'attention qu'ils demandent n'a rien de spécifiquement scientifique. Les signes et les causes qui dans ces conditions font la vraisemblance ou la probabilité ne sont plus tout à fait extérieurs ou apparents : sunt non in superficie, sed aliqiialiter profiindala. Seul un esprit quelque peu actif les saisit sans le secours d'un raisonnement formel, parce qu'il perçoit le moyen terme en même temps que le conséquent. On peut faire rentrer dans le groupe un grand nombre de signes ou de symptômes auxquels bien souvent sont liés des faits de nature psychique ou pathologique : liaison que l'expérience a plus d'une fois confirmée sans cependant en faire une loi véritable.

Nous passons ensuite à ce qui paraît aux sages et aux savants ; quœ videntur sapientibus. C'est un degré supérieur dans le probable immédiat. Nous n'avons plus ici des signes ou des motifs de probabilité plus ou moins manifestes. Ils sont plutôt cachés à la pensée et à la réflexion vulgaire. C'est le travail scientifique, la connaissance des vraies causes qui les fait apparaître : mais une fois mis au jour, ils sont immédiatement saisis sous le rapport de probabilité qu'ils impliquent. En un mot, ils supposent soit pour leur découverte, soit pour leur inter-

prétalion, une culture scientifique. Ainsi seul un géologue ou un naturaliste expérimenté pourra conjecturer la forme ou l'organisation d'un animal d'après les traces qu'il en perçoit dans une roche. Mais Aristote ne se contente pas de cette distinction. Il en établit d'autres parmi les savants eux-mêmes. Elles peuvent avoir leur utilité. Nous ferons cependant remarquer quelles n'ajoutent rien de bien pratique à ce que nous venons de dire. Ces différences dans la puissance de pénétration des esprits supérieurs sont bien difficiles à déterminer.

Ce qu'il faut principalement retenir de tout ceci, c'est l'affirmation d'une certaine relativité dans l'immédiat ; car les différents degrés qui en résultent sont autant de lieux communs des premiers principes du syllogisme dialectique. C'est là toute la portée de la définition aristotélicienne.

Qu'il y soit question des probabilités immédiates, on ne saurait en douter '. De quoi s'agit-il ? des premiers éléments du raisonnement dialectique. On ne peut donc dans un cercle vicieux les placer dans le probable inféré. Sans doute, les conclusions d'un syllogisme probable, peuvent devenir principes ou prémisses à leur tour : mais il ne s'agit plus, dans ce cas, des premiers principes ou éléments générateurs de ce même syllogisme. C'est donc nécessairement dans des probabilités connues par ellesmêmes et non par un raisonnement qu'ils résident. Peu importe que ces probabilités ne soient pas immédiates pour tous : il suffit qu'elles le soient pour une certaine

1. — Albert le Grand, avant de commenter la définition aristotélicienne dont il s'agit, fait remarquer qu'il est question des probables exquibus Gt syllogismus dialecticus (Topicor., lib. I, tract. I, cap. H).

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classe d'esprits, pour constituer un lieu de propositions^ primitives pour le syllogisme dialectique. Le probable dont parle Aristote dans le premier chapitre des « Topiques » et dans la célèbre définition dont il s'agit, est donc celui qui, par son seul aspect, paraît à tous, au plus grand nombre ou aux savants : verisimile est qaod per sui ipsiiis veniatis figaram videlur onmibus aut pluribus aiit sapieniibiis \ Il est déterminé comme tel non pas précisément par l'autorité des opinants, mais bien par l'état objectif qu'il présente à des esprits de capacité diverse : hoc igitur est probabile ex qiio fit syllogismus dialecticus quod tali et taliter diversificato deprehenditur signo*. On le voit, tout le motif de l'assentiment est pris, dans ces conditions, de l'objet lui-même. Seulement aux différences d'aptitude de ce dernier à la perception immédiate, correspondent naturellement différentes classes de connaissants ; la corrélation entre les deux termes est manifeste. Mais la chose probable n'est que donnée à l'intuition : la qualité du sujet pensant n'entre pour rien, dans notre cas, dans la constitutien intrinsèque de la probabilité. C'est dire qu'il ne saurait être question, dans tout ceci, d'une détermination du probable par voie d'autorité. Nous reviendrons, du reste, sur ce point.

Après avoir fixé de la sorte, dès le début des « Topiques » les éléments primitifs et communs du syllogisme probable, Aristote y revient au chapitre VI1I« du même livre, où il traite de la proposition dialectique qu'il définit ainsi : Est dialectique toute proposition interrogative

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