‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 67 sur 162 · Aristote. Topicor., lib. I, cap. VIII · texte numérisé non relu

Aristote. Topicor., lib. I, cap. VIII

116 ÉI.ÉMKNTS CONSTITUTIFS DE L.4. PROBABILITÉ

On objectera, peut-être, qu'une proposition vraiment probable n'a pas besoin d'attendre l'assentiment d'autnii ; qu'elle a sutïjsamment de consistance pour s'imposer d'elle-même. Attendre la réponse de l'adversaire, cela ne se conçoit que des propositions d'une probabilité douteuse. C'est une erreur. Le probable quel qu'il soit est « ce qui paraît » id quad videlur : or ce qui est tel, n'est existant, pour nous, qu'autant qu'il nous paraît : quod apparet aliciii apparet. La forme interrogative des premiers principes de la discussion dialectique a donc sa raison d'être dans la nature même du probable. De plus ce dernier ne suffit pas à fonder par lui-même une conséquence nécessaire : il ne tient celte vertu que de la concession ou de l'assentiment de l'adversaire. C'est pour toutes ces raisons que les anciens disaient couramment : dialatica ex consensiiprocedit respondentis. C'est ce qui n'a pas lieu d'être dans l;i démonstration ; car la nécessité est dans ces choses : elle ne dépend à aucun degré de notre fait.

Telle est donc la condition de la proposition dialectique en tant que principe générateur du syllogisme probable. Elle est tout particulièrement ordonnée à l'acceptation du « codisputant. » C'est pourquoi la probabilité purement dialectique est souvent toute relative : il lui arrive de ne réaliser que très imparfaitement les conditions requises pour la probabilité objective et impersonnelle. Elle ne représente même parfois que l'acceptabilité de la proposition par le répondant. Aussi distingue-t-on fréquemment en dialectique entre le probable pur et simple et le probable pour le répondant : simpliciter probabile et repondenti probabile. On aurait donc tort de prendre en toute rigueur le mot probable toutes les fois

qu'il y est attribué à une proposition. Il peut bien n'être alors quun synonyme de recevable en discussion dialectique, à un titre quelconque. C'est ainsi que Boèce range parmi les principes de celle-ci : quod videtur ei cum quo sermo conserUur\ A vrai dire, pour la probabilité de la cbose, le jugement de vraisemblance doit être certain. Mais il n'en est pas toujours de même des propositions utilisées dans la discussion dialectique. Il leur suffira parfois d'une certaine apparence de probabilité. Et cela se comprend. Car il appartiendra à la discussion de révéler leur valeur définitive. Tout ce qui est exigé, c'est qu'elles puissent être raisonnablement proposées à l'assentiment de l'adversaire. Une assertion manifestement improbable manquerait de cette condition.

La proposition dialectique est donc caractérisée par la forme interrogative et aussi par une certaine relativité dans le probable. En tant que prémisse probable, elle est soumise au jugement et à l'approbation du répondant ; car ainsi que nous l'avons vu ailleurs, si le nécessaire ou ce qui est ne dépend de nous à aucun degré, il n'en est pas de même du probable ou ceqmpai^aît. Dans ce dernier cas, avant d'entamer la discussion, il est indispensable d'obtenir l'approbation de l'adversaire concernant la proposition-principe qui ne s'impose pas d'elle-même : in visu consista ulrum ita videatur vel non videalur '. Ce qui ne signifie pas que le répondant soit toujours en droit d'exiger la preuve et de changer ainsi le principe en problème dialectique.

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