‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 71 sur 162 · Albertls m. Topicor., lib. I, tract. III, cap. I · texte numérisé non relu

Albertls m. Topicor., lib. I, tract. III, cap. I

2. — Geiius propositionum quae experimento probatae sunt. Comment. Topic, lib. I, cap, 8.

3. — II leur sufTit, pour être convenablement proposées, d'une probabilité apparente : sumptio apparenlis quoad respondentem.

1" Le probable par lui-même : probabile in se ; dans le deuxième : le probable par analogie ou ressemblance : probabile in similitadine ; dans le troisième : le probable fourni par les données ou les préceptes des différents arts et métiers : probabile secundum artes inventas '. Telles sont les origines des principes premiers du syllogisme dialectique. Prises en général, elles ne présentent pas de difficultés bien spéciales : cependant quelques remarques importantes s'imposent à leur sujet. Tout d'abord, ce serait se tromper gravement que de voir en elles une définition proprement dite du probable, en répétant en toute occasion avec nombre d'auteurs : le probable est ce qui paraît à tous ou au plus grand nombre etc. Autre chose est de définir le probable dans sa nature particulière et abstraite, autre chose de désigner un lieu commun de prémisses dialectiques. L'objet propre du livre des « Topiques » est le syllogisme en matière contingente : ce n'est pas, à proprement parler, le probable considéré en lui-même, dans ses éléments constitutifs et intrinsèques. Sous ce rapport, il n'est pas l'objet direct de la dialectique : non est subjectum de qiio probantur passiones '. C'est pourquoi la « Topique » ne s'en occupe qu'en fonction du syllogisme dialectique. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne nous aide pas à bien comprendre la nature de la probabilité. L'important c'est d'éviter la confusion que nous venons de signaler : ce n'est pas en détachant une définition de son contexte et de l'ensemble d'un traité qu'on y parviendra.

Lue autre difficulté d'interprétation se présente relati-

.Albertus m. Topicor., lib. I, tract. III, cap. I. ÂLBERTcs M. Topicor., cap. I, Proœmium.

vement à la première source de propositions dialectiques, telle qu'elle est exposée par Aristote ; elle porte spécialement sur ces mots : sont probables les choses ou les propositions qui paraissent à tous, ou au plus grand nombre etc. Certains auteurs ont voulu voir là une détermination du probable par voie d'autorité : de telle sorte que la garantie de l'autorité constituait une partie intégrante de sa définition. Il n'est pas possible d'admettre une telle interprétation.

De quoi s'agit-il ? des premiers principes générateurs du syllogisme dialectique. Or l'autorité ne peut pas être le terme ultime et suprême d'une démonstration logique et rationnelle. Elle en suppose manifestement un autre qui lui est antérieur et motive le jugement du commun et du sage lui-même. En d'autres termes, elle ne peut être, par nature, un principe premier et immédiat. C'est toujours à un motif d'essence rationnelle et objective, s'imposant de lui-même, qu'on devra remonter en dernière analyse *.

Ensuite si l'interprétation dont il s'agit était admise, il en résulterait un autre inconvénient notable : à savoir l'importance donnée à l'autorité en un sujet de philosophie pure, s'il en fût jamais. Ce n'est guère dans les habitudes d'Aristote. Si telle était sa pensée, il n'était nul besoin d'écrire un volumineux traité sur la logique et les sources du probable. La Topique se trouvait, du coup, on ne peut plus simplifiée. Tout s'y réduisait à savoir ce qu'avaient pensé le commun des hommes ou les sages

1. — Opinio adheret rationi propter se : unde déficiente probabilitate rationis déficit probabilitas opinionis. St Bonavesture in 3 sentent distinct. XXIV, quœst. 2.

DE LA LOGIQUE DU PaOBABLE < 23

sur une question donnée. Mais rien de semblable ne saurait être admis ou envisagé. En parlant des choses ou des propositions qui « paraissent » aux différentes classes de connaissants énumérées dans les définitions mentionnées plus haut, ce n'est pas un rapport de cause à effet, de l'opinant au probable, qu'on établit : c'est plutôt le contraire qui a lieu, à savoir un rapport de causalité du <( moyen » ou motif de probabilité à l'opinant : de telle sorte que la raison fondamentale de la différenciation de celui-ci réside tout entière dans la diversité objective du motif : ex tali vel lallter diverslficato signo. Il en serait tout autrement s'il s'agissait simplement d'une détermination du probable par la qualité ou l'autorité de l'opinant.

Du reste la question ne se conçoit même pas pour les probabilités primitives ou immédiates. Dans ce cas, tout se trouve forcément conditionné par les vraisemblances tirées de la chose elle-même. En un mot, la probabilité n'est pas fonction de l'opinant : ce n'est pas de lui qu'elle tient ses éléments constitutifs et sa valeur propre, mais des raisons fournies par l'objet lui-même. C'est dans ce sens que le B. Albert dit : opinio non est secundum ralionem opUiabllls ad opinanteni, sed secandam relatlonem ad rem secundum signa inventa in re ipsa '. C'est doue dans l'objet lui-même qu'il faut placer le motif primordial de l'assentiment donné aux propositions qui jouent le rôle de premiers principes du syllogisme dialectique °'.

Mais, dira-t-on, pourquoi parler de ce qui est probable

Page 1