‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 78 sur 162 · Albertls m. Elench., lih, I, tract. HT, cap. XV · texte numérisé non relu

Albertls m. Elench., lih, I, tract. HT, cap. XV

connaissance. Cependant, des degrés se rencontrent dans la nécessité elle-même. Une conclusion peut être nécessaire sans être forcément l'effet de la cause formelle : d'autres genres de causes peuvent fonder également un rapport nécessaire de conséquence.

Nous avons ensuite la conséquence seulement probable : probabilis et non necessaria '. Nous ne retrouvons plus ici dans leur plénitude les éléments qui entrent enjeu dans la démonstration : ils n'y figurent que fort diminués de valeur et d'efficacité. L'imperfection de l'être entraîne celle de la connaissance. C'est ce qui a lieu pour le contingent. Etant de lui-même une puissance ambiguë des deux contraires, et conservant, même eu acte, la possibilité d'être autrement, il ne saurait fonder une liaison nécessaire et universelle. Un prédicat et un sujet, en telle matière, peuvent bien se trouver réunis de fait ; mais il n'existe aucune cause et partant aucune explication nécessaire de leur jonction. Il ne peut être question dans ce cas, que d'une nécessité conditionnelle et de conséquence pure qui se formule ainsi : tant qu'une chose est, elle ne peut pas ne pasêtre. C'estdanscesens quesaintThomasdit que rien n'est contingent au point de ne pouvoir donner prise à quelque nécessité. Une détermination contingente donnée en fait, nous fournit donc une base solide pour une conséquence rigoureuse.

Il n'en est plus de même quand il s'agit d'établir cette même détermination contingente par le raisonnement. Alors nous ne pouvons faire appel à aucune considération véritablement nécessaire. La matière elle-même du rai-

i. — Id. ibid.

■sonnement s'y refuse : ou elle est contingente par nature ou elle l'est pour être acceptée comme telle. Dans les deux cas, la nécessitéet l'universalité en sont absente par définition. Il est bien manifeste qu'il faut en dire autant des propositions qui en sont formées. Ce n'est pas à dire, pourtant, que le domaine du contingent soit réfractaire à toute espèce de généralisation. Non, les actes humains eux-mêmes ne le sont pas : les sentences, les proverbes, les affirmations relatives aux différents âges ou sexes en sont la preuve. Mais ce serait se tromper gravement que d'attribuer aux généralisations de cette sorte, une rigoureuse universalité. Elles correspondent à une matière essentiellement contingente. Dans ces conditions, elles disent vrai « communément » ut in pluribiis, selon l'expression classique. Mais on ne saurait en inférer un cas particulier avec une entière certitude. Les tendances dominantes qu'elles expriment peuvent être compripri niées ou vaincues par la variété prodigieuse des circonstances et des motifs humains. Les généralités de cette sorte ne sauraient donc par elles-mêmes, fonder une inférence certaineconcernant une applicationindividuelle. On ne sera autorisé à faire cette application, -qu'après avoir recherché si le cas particulier dont il s'agit ne constitue pas une exception, si des forces opposantes ne sont pas intervenues pour neutraliser les tendances ordinaires dont la proposition générale est l'expression. Et encore, dans cette recherche, vu l'extrême contingence des éléments qui en sont l'objet, n'aboutirons-nous qu'à la probabilité et à l'opinion.

En résumé, les généralisations contingentes peuvent être le fondement d'une inférence certaine, mais du même ordre qu'elles, c' est-a-dire d'une application gêné-

raie : c'est ce que saint Thomas enseigne sous cette forme : talium qiise sunt sicut fréquenter, oportet accipere médium sicut fréquenter*. Prise dans ces limites, la conséquence est même nécessaire. C'est ainsi que beaucoup de maximes morales, concernant la conduite et le caractère, produisent la certitude, appliquées à la masse ou à une collectivité comme telle. On devra cependant en excepter un certain nombre d'entre elles où la forme générale n'a qu'une valeur épigrammatique : en réalité, elles ne sont même pas communément vraies. Pour ce qui est de leur application à un cas individuel, les généralités dont il s'agit ici, ne donnent par elles-même, et a priori, qu'une présomption : la question demande à être serrée de plus près, pour arriver à une conclusion : en d'autres termes il reste à canaliser et h réduire la contingence dans la mesure requise pour un jugement d'opinion.

Des principes que nous venons de rappeler, il résulte que la nécessité de conséquent est toujours étrangère à la matière contingente. Et cela est vrai même lorsque les prémisses du raisonnement ne sont pas prises toutes deux dans le domaine de la probabilité. Il suffît que l'une d'elles le soit, pour conduire à une conclusion du même ordre qu'elle. N'est-ce pas une règle de logique à laquelle tout raisonnement est soumis que la conclusion suit toujours la partie la plus faible ? La question ne souffre donc aucune difficulté pour la nécessité de conséquent ; mais elle n'est pas aussi claire pour la nécessité de pure conséquence même, dans un syllogisme formé de deux propositions probables et supposé parfaitement régulier dans

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