CHAPITRE IV
Dans la première partie de ce travail, nous avons traité de la probabilité et de l'opinion considérées dans leurs éléments constitutifs et générateurs. 11 nous reste à les envisager et étudier non plus en elles-mêmes, mais comparativement. Ce que nous avons dit et prouvé jusqu'ici nous facilitera grandement cette étude. Cependant cette question de probabilité comparée n'en reste pas moins, dans son fond, très subtile : ce qui ne veut pas dire fulile et sans consistance.
Plus que jamais, dans nos aperçus et raisonnements, nous resterons en communication étroite avec les plus grands maîtres de la philosophie scolastique.
PAR nature', l'0PI?(I0N EST EXCLUSIVE DE SON GONTR.AIRE.
La question de la coexistence de deux opinions contraires se pose, tout d'abord, pour le cas de deux esprits différents et, ensuite, pour le même esprit '. Pour le pre-
1 . — Toutes les divergences de vue entre les auteurs ne constituent pas toujours des opinions contraires, quant au fond. Ainsi, du moment qu'il n'existe pas de propositions vraiment universelles en matière d'actes humains individuels, ces divergences, en pareille matière, doivent souvent s'ajouter, pour avoir la vérité complète : ex utriusque elicitur compléta Veritas (Sylv. Priehas, Summa Verb. Opinio).
niier cas, cette coexistence se présente à l'état de fait. Mais il s'agit de savoir si ce fait est valable en droit et au regard de son contraire, une fois admis ; si, en d'autres termes, une opinion acquise, selon les règles de la logique du probable, n'est point par définition même, exclusive et destructive de toute opinion contraire sur le même point. Nous verrons que, d'après la doctrine philosophique des plus grands parmi les anciens auteurs, il en est bien ainsi. Quant à cette coexistence dans le même esprit, elle est encore moins réalisable et pour les mêmes raisons. C'est pourquoi nous ne traiterons pas ces deux questions séparément, les considérations que nous ferons valoir, ayant une portée universelle.
L'opinion, nous l'avons vu, est l'aboutissement, la conclusion finale d'un travail informatif de notre esprit sur les deux parties de la contradiction. Sous ce rapport, elle nous apparaît comme une détermination lucide et positive de notre raison, dans un sens donné ; comme le repos de notre esprit dans l'unité, après une recherche laborieuse et en partie double. C'est pourquoi, par opposition à l'état de soupçon — uTTo/.Tj'yiç — il est dit d'elle, qu'elle se repose dans une partie de la contradiction : in illam incUnatar et illi acqmescit\ Or à supposer que le résultat du travail dont il s'agit se traduise par. deux jugements contraires, il ne subsiste plus rien de l'opinion telle qu'elle résulte de son procédé normal et connaturel de formation et telle que les anciens la conçoivent et la définissent. En effet, dans ces conditions, elle ne mène à rien : elle reste absolument sur le même pied que le soup-