‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 90 sur 162 · St Thomas, ibid · texte numérisé non relu

St Thomas, ibid

LES OPINIONS co:ïtraires son; -elles compossibles 151

inhérente aux jugements considérés en eux-mêmes abstraction faite de leur mode d'acquisition. Deux prédicats contraires y sont attribués au même sujet, sous le même rapport. Et c'est là une opération intellectuelle qui ne présente aucun sens. Seuls ceux qui font du probable un pur contingent, seuls ceux qui le dépouillent de toate puissance active et déterminante, peuvent admettre deux opinions probables contraires. Car dans ce cas, on ne quitte pas la région de l'indéterminé et du possible : région où l'affirmative et la négative, en matière contingente, sont également vraies : ce qui peut être, peut également ne pas être. La possibilité enveloppe les deux contraires.

Il en est tout autrement dans le cas de l'inhérence logique actuelle d'un prédicat, telle qu'elle se présente dans la conclusion d'un raisonnement probable bien conduit. Alors nous ne sommes plus dans le monde des possibilités, mais en présence du contingent déterminé, passé à l'acte : il l'est en vertu même ,de l'attribution faite au sujet : contingens quod inest. Or un tel contingent peut fonder une nécessité de conséquence. Du moment qu'il est, il rend fausseet inconcevable touteassertion contraire.

La science et l'opinion peuvent donc périr par l'opposition directe de leur contraire : per contrarium suum. Ce contraire se présente sous forme de négation ; car dans l'esprit, la contrariété se produit par manière d'affirmation et de négation : in intellectu est contrarietas a/Jîrmationis et negationis quœ sunt contraria *• C'est ce qui se réalise même pour les jugements d'opinion. Mais ils ne

1. — St Thom\s. Summ. theolog., I-IIas, quœst. LXIV, art. IIJ.

s'opposent pas seulement entre eux, pris en eux-mêmes, mais encore dans leur cause génératrice, c'est-à-dire en tant qu'ils sont le produit d'un raisonnement ; ex parte causse. C'est ainsi qu'une conclusion dialectique peut être détruite par un sophisme ou des apparences trompeuses de probabilité. C'est dans ce sens que saint Thomas dit : syllogismus sophisticas opponilur syllogismo dialeclico vet demonstralivo'. Et il voit dans cette opposition une cause de ruine aussi bien pour l'opinion que pour la science. Tout cela suppose et prouve une incompatibilité absolue entre deux opinions contraires. Que l'opposition provienne des deux jugements considérés en eux-mêmes ou dans leur cause productrice le résultat est le même : ils sont destructifs l'un de l'autre.

Sil en était autrement toute argumentation dialectique serait vaine et illusoire. La contrariété n'ayant aucune puissance dexclusion par elle-même, un contre-syllogisme ne résoudrait jamais rien : il ne serait pas possible par une conclusion contraire de diminuer seulement la portée d'un argument ou d'une opinion. En effet, du moment qu'on admet que deux jugements en opposition directe peuvent coexister impunément, nous n'avons aucune solution à espérer par les contraires. Il ne serait plus vrai alors de dire avec Aristote : « On peut résoudre soit en faisant un contre-syllogisme, soit en apportant une contre-proposition V Et c'est précisément à l'occasion du raisonnement en matière probable que cette règle nous est donnée. Le résultat du contre-syllogisme en question.

1. — Sx Thomas. Summ. theolog., 1' 2se, qusssl. l. III, art. 1.

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