St. Thomjis. Samm. Log., tract. VIII, cap. III
mais entre paraître ainsi et paraître autrement, ce qui peut se réaliser pour deux contraires : apparere hoc esse verum et apparere oppositum esse verum non sunt contradictoria ' ; car comme on le voit par cet énoncé même, nous n'avons point là une affirmation et une négation formelles, mais quelque chose de positif de deux côtés.
Avant de répondre directement à cette objection, nous ferons deux remarques préliminaires. Elle ne manquent ni d'importance ni d'efficacité. La première rend suspects à priori tous les arguments plus ou moins subtils qu'on met en avant pour repousser le reproche de contradiction dans le cas de deux opinions contraires. La voici. On ne peut nier que, dans sa période de formation, l'opinion ne suppose une alternative ou la notion de deux déterminations éventuelles. Or tous les anciens auteurs disent que l'alternative en question a pour objet propre les deux parties de la contradiction. Ces derniers mots reviennent constamment sous leur plume quand il s'agit de la discussion dialectique et de la genèse de l'opinion. Bien plus, nous avons vu que saint Thomas mentionne les deux parties de la contradiction dans la définition même de l'opinion, pour bien marquer que l'œuvre propre de cette dernière est de nous détourner de l'une pour nous attacher à l'autre. Il est inutile d'apporter de nouveaux textes : aucun doute n'est possible sur ce point. 11 s'ensuit que l'opinion, dans le travail d'élaboration qu'elle suppose, fait porter son examen sur les deux parties de la contradiction. Or, dans l'hypothèse de deux opinions de
1. — JoANNEs A St. Thomas. Commentar. Samm. theolog. qnxsl. XVIII asque ad XXI, disput. XII.
166 CRiriQWE DE LA PROBABILITÉ COMPARÉE
contraires que voyons-nous ? Nous voyons ces deux parties mises en conclusions formelles. Dira-t-ou qu'elles perdent, de ce fait, tout caractère contradictoire? Osera-t-on prêtera saint Thomas et à tant d'au très un tel paralogisme? Il serait malséant d'insister.
x\ccordons maintenant que deux contraires peuvent paraître sâûs contradiction. Il en résulte un inconvénient mortel pour la cause qu'on veut défendre. Dans ce cas en effet admis comme légitime, nous n'avons plus d'opinion du tout. Ces apparences opposées constituent, par définition, des étatsd'esprit inférieurs à l'opinion comme le doute elle soupçon. Comment se vérifie, dans ces conditions, l'éloignement total de l'autre partie de la contradiction ? On sen éloigne si peu, qu'elle paraît au mêmetitre que l'autre. Par ailleurs les anciens ont admis, en principe, que les divergences de vues entre les sages sur un point donné changent leur avis ou jugement en problème dialectique: de quo neutro modo opinamar\ Qu'estce à dire sinon que du fait de cette divergence en se tenant sur le terrain du pur témoignage, nous sommes rejetés dans le doute ou le soupçon : et que nous le sommes toujours dès que des apparences fondées, ou admises par nous comme telles, se manifestent en sens contraire. Toute supposition d'une force opposante valable détruit radicalement l'état d'opinion. Elle a pour effet infaillible de nous remettre en face d'une question dialectique: ce qui exclut nécessairement létat d'opinion selon la remarque souvent citée d'Aristote : opiiiio non qusestio, sedjam quœdam enunciatio est : rj ôô^a où çrjTYjai;, cillx.