‹ le problem de l;eglise et de l'etatChapitre 13 sur 69 · DERNIERS ACTES DU PONTIFICAT · texte numérisé non relu

DERNIERS ACTES DU PONTIFICAT

a pouvoir de mener les rois «a la verge de fer », comme « juge des grands aussi bien que des petits », sur l’autorité des Ecritures, des conciles et des Péres, le Souverain Pontife, sans user encore de toutes ses rigueurs, voulait au moins saisir la correctionis ferula, Il déclarait donc que le roi était tombé sous le coup de lexcommunication et, jusqu’au jour de son amendement, relevait tous ses sujets, sub interminatione anathematis, de leur serment de fidélité, sans préjudice pour les sanctions ultérieures qu’il se verrait forcé de prendre en cas d’obstination. La bulle Super Petri solio devait étre lancée le 8 septembre 1; mais, dés le 7 au matin, les bandes conduites par Guillaume de Nogaret pénétraient dans Anagni et procédaient 4 |’arrestation de Boniface VIII, qui en mourait d’émotion et de douleur le 11 octobre suivant.

Jusqu’au bout il était resté fidéle a sa conception de l’autorité pontificale. Cette doctrine nous l’avons vue s’affirmer implicitement dés la premiére heure du conflit, en attendant que la marche des événements et le choc de la contradiction fissent naitre l’occasion de lui donner une forme de plus en plus explicite. Partout le pape se donne comme le maitre des souverains et le juge de leur conduite, au nom de Dieu dont il est le représentant. Juridiction qu'il sait traduire en actes effectifs et au service de laquelle, outre les moyens ordinaires de persuasion et de réprimande, il dispose, au besoin, de censures dont il entend que la supréme portée se puisse épanouir en effets d’ordre temporel. En quoi d’ailleurs il ne prétend pas innover, mais bien maintenir la tradition séculaire de VEglise 2. Parce qu’il est convaincu de cette responsabilité et conscient de cette tradition, Boniface VIII se montre inébranlable. Il ne plaide pas, il ne négocie pas : il affirme, il tranche, il menace, et seul le coup de force d’Anagni l’empécha de frapper.

1 Texte dans Dupuy, p. 182-186.

2 Fait bien reconnu dans BouTaric, p. 94. Il faut s’en souvenir pour mettre au point les jugements scandalisés des vieux gallicans, par exemple Daunou, t. I, p. 223: «Les prétentions de Boniface tenaient réellement du délire. » Cfr t. II, p. 116, ot: ce « délire » remonte jusqu’a Grégoire VII.

C’est bien l’esprit des Grégoire VII et des Innocent III qui l’anime, de méme que leur souvenir hantait volontiers sa mémoire. Et ce large contexte historique, joint aux considérations théologiques dont elles s’enveloppent, explique sans doute, s'il ne la justifie, la signification politique que prirent alors les propositions indéfinies de la bulle Unam Sanctam et que tant de lecteurs passionnés ou prévenus ne savent plus encore cesser d’y voir. Sans violence comme sans abdication, sous la pression de sa haute conscience pontificale, Boniface VIII a jeté dans sa lutte contre Philippe le Bel tout l’idéal du moyen 4ge 1.

Est-ce que cependant a des principes éternels ce systéme n’associait pas des modalités contingentes et l’heure, en tout cas, était-elle encore favorable pour le faire prévaloir? Ni ce scrupule spéculatif ni cet instinct de réalisme politique ne semblent l’avoir efeuré. Canoniste plutét que théologien, plus versé dans la connaissance des textes que dans le maniement des hommes ?, il a revendiqué la suprématie du Siége apostolique suivant la formule établie, qu’il croyait immuable. Etranger aux hésitations, dédaigneux des palliatifs, il l’a posée hardiment devant un siécle déja rebelle, sans aucune velléité d’opportunisme, mais aussi sans le moindre essai d’adaptation °. Le

1 Les nuances qui peuvent exister entre ces divers papes sur la maniére de comprendre le droit pontifical n’entament pas leur accord sur son existence, ni Jeur commune intention d’en user. I] faut se garder de confondre le fait de V’intervention de l’Eglise en matiére politique avec les doctrines d’école qui s’efforcent d’en rendre compte. Tandis que celles-ci n’intéressent que Vhistoire des systémes théologiques, le principe de celle-la appartient 4 la tradition méme de l’Eglise. Chez Boniface VIII, comme chez tous les autres papes du moyen 4ge, les vues du « docteur privé » ont beaucoup moins d’importance que les actes publics du chef.

3 « Hic eloquentissimus fuit et eruditissimus in leges et decreta, cuius gloria fuit hominem verbis confundere, ut fertur. » Ainsi le caractérise un continuateur anonyme de la chronique due a Martin d’Oppau (Contin. pontif. anglica brevis, dans MGH, Seript., t. XXX, 1, p. 715).

3 Dans le discours déja cité du 30 avril 1303, on reléve cette déclaration ot se peint toute la psychologie de Boniface VIII : « Et audacter dicimus quod si omnes principes terreni essent hodie colligati contra nos et contra ecclesiam istam, dum tamen nos haberemus veritatem et staremus pro veritate, non appretiaremus eos unam festucam. Et sine dubio, si veritatem et iustitiam non haberemus, bene timeremus; sed alias omnes confunderemus et veritas

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