‹ le problem de l;eglise et de l'etatChapitre 15 sur 69 · PORTEE DOCTRINALE DU CONFLIT · texte numérisé non relu

PORTEE DOCTRINALE DU CONFLIT

a ses mauvais desseins+. La France tout entiére se dressait contre le pape a l’appel de son roi.

Il n’y a pas lieu de s’arréter longtemps sur des manifestations trop peu spontanées pour étre prises au sérieux. La mise en accusation de Boniface VIII par l’Eglise de France n’a qu’un intérét historique, comme premier essai d’application d’une procédure que les théoriciens du droit canon au moyen 4ge avaient envisagée dans leur cabinet sans supposer vraisemblablement qu’elle en dit jamais sortir, ni surtout qu’elle pdt servir d’appui aux adversaires systématiques de la papauté. II fallut toute la perfidie de Nogaret pour trouver dans cette panoplie une arme contre le pape, toute la complaisance de l’épiscopat pour lui donner une apparence de valeur.

Comment se dissimuler, en effet, que ces prétendus griefs venaient bien tard contre un pape qui régnait depuis plus de huit ans? « Hier et avant-hier, observait-il trés justement, tant que nous comblions le roi de bienfaits, il nous tenait pour bons catholiques : aujourd’hui il n’a plus assez de blasphémes contre nous.» Et comment ne pas apercevoir le paradoxe juridique de l’entreprise ? Boniface VIII le reléve en termes lapidaires : « C’est 4 nous qu’on en appelle contre nous-mémes, contra nos petatur a nobis, puisque le concile général ne peut pas se réunir sans nous.» Il en dénonce également le danger. « N’est-ce pas la révolution dans l’Eglise et l’avilissement de l’autorité pontificale, si les rois et les princes ont désormais licence d’entrer dans cette voie? Aussitét que le Pontife Romain... voudra mettre la main a la correction d’un prince ou d’un puissant quelconque, on l’accusera d’étre hérétique ou notoirement

1 Voir les principaux textes dans Dupuy, p. 109-161 et 168-180. Publication intégrale des piéces encore existantes dans G. Picot, Documents pour servir a Vhistoire des assemblées réunies sous Philippe le Bel, Paris, 1901 (dans Collection de documents inédits sur V histoire de France), p. 289-480.

scandaleux. Ce serait le moyen d’esquiver toute correction et d’annihiler entiérement la puissance supréme }, »

En effet, l’autorité du roi se faisait de plus en plus envahissante, et non pas seulement par l’impulsion pratique qu’il donnait 4 ce mouvement de pétitions, mais par le réle qu'il revendiquait a ce propos. D’ordinaire, les missives officielles s’en tiennent aux termes du 14 juin et les pétitionnaires sollicités d’y souscrire les reproduisent avec une parfaite unanimité. C’était déja beaucoup. Une lettre d’envoi, en date du 1 juillet, trouve cependant moyen de renchérir ?. Le roi y affirme une fois encore la mission générale que Dieu donne aux princes dans la défense de l’Eglise et de la foi.

« ...E0 astricti tenemur obnoxius [nos et alii Reges] quo ad exaltationem et augmentum eiusdem fidei et defensionem Ecclesiae et

ecclesiasticae libertatis commissam suscepisse recognoscimus et fatemur traditam divinitus potestatem. »

Mais, par dessus tous, le roi de France est le « protecteur spécial » de la chrétienté et il lui plait de rappeler qu’en ces sortes d’affaires la cause de la vérité trouva toujours dans les siens un guide stir: cum in talibus et similibus casibus semper directrix veritatis extiterit Regia domus nostra. A Vinfaillibilité du Saint-Siege a succédé Vinfaillibilité de la maison de France °.

On voit a quelle abdication se condamnaient les évéques en contresignant de pareilles flatteries. I] y a méme lieu de croire

1 Bulle Nuper ad audientiam, du 15 aot 1303, dans Registres, n. 5383, c. 892- 893, et Dupuy, p. 166-167.

2 Dupuy, p. 124-125.

3 La méme conviction devait s’affirmer plus tard dans l’affaire des Templiers « Semper progenitores nostri ad hereses et errores alios ab Ecclesia Dei pellendos, et specialiter e regno Franciae, pre ceteris principibus suorum temporum fuerunt solliciti. » Lettre de Philippe le Bel au Tiers-Etat, en date du 25 mars 1307, dans Notices et extraits..., t. XX, U, p. 164. — II est curieux de retrouver un semblable éloge — restreint, bien entendu, 4 la France d’autrefois — chez un ardent défenseur de Boniface VIII contre Philippe le Bel, l’italien Agostino Trionfo : «In domo Francie, zelus christiane fidei et reverentia sancte matris Ecclesie... temporibus retroactis potissime viguit et refulsit,in tantum ut domus illa quasi antonomastice et per quandam superexcellentiam caput christianorum et zelatrix et defensatrix fidei orthodoxe ubique diceretur et predicaretur » (Tract. contra articulos inventos..., 1, 5; édit. FINKE, p. LXXVI).

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