‹ le problem de l;eglise et de l'etatChapitre 19 sur 69 · AUTOUR DE LA BULLE « CLERICIS LAICOS · texte numérisé non relu

AUTOUR DE LA BULLE « CLERICIS LAICOS

serait cette Disputatio inter clericum et militem, qui parvint dés le moyen Age a une véritable célébrité.

Publié autrefois sous le nom d’Ockam, attribué dans la suite sans raison précise 4 Pierre Dubois, cet opuscule reste décidément anonyme !. II se présente sous la forme d’un dialogue : artifice littéraire pour piquer l’intérét et qui se soutient avec un art réel. Mais cette conversation vivante et animée garde, au fond, toutes les allures d’une thése. Le clerc y fait figure moins de contradicteur sérieux que de partenaire complaisant et ridicule, un peu comme le jésuite des Provinciales : c’est au chevalier qu’est réservé le beau réle dans la discussion et qu’appartient le dernier mot.

Il se donne comme un laique ignorant du droit et de la théologie : ce qui ne l’empéche pas de faire la legon au pauvre clerc sur le terrain des Ecritures. Celui-ci exprime ses doléances pour les exactions ruineuses dont |’Eglise est aujourd’hui la victime : Ecclesia facta est vobis omnibus praeda, exiguntur a nobis multa, dantur nulla; il invoque les franchises traditionnelles, les décrets pontificaux. Le chevalier de répondre que les canons ecclésiastiques en ces matiéres sont sans valeur pour les séculiers : vobis possunt iura esse, nobis vero non sunt, et d’opposer aux prétentions de l’Eglise les exigences du devoir patriotique, le droit souverain du roi. Dans l’intervalle, il critique vivement lusage scandaleux que le clergé fait de ses biens et réfute les raisons au nom desquelles l’Eglise voudrait établir sa suprématie sur le temporel.

Par cette préoccupation des immunités ecclésiastiques il semble que nous soyons rapportés a la situation qui suivit la bulle Clericis laicos et plusieurs traits rappellent la piéce officieuse Antequam essent clerici. Aussi le Dialogue est-il communément rattaché 4 la phase initiale du conflit?. Mais on devra tenir

1 Texte dans Gotpast, Monarchia, t. I, p. 13-18 (sous le nom d’Ockam). Etude dans ScHOLzZ, p. 333-352.

2 Voir LANGLOIS, dans Lavisse, p. 133, qui le rapporte a !’an 1296. R. SCHOLZ hésite entre 1296-1297 (p. 171) et 1300 comme terme extréme (p. 337-344)-

Le noviter statutum nous parait exiger une date plus tardive.

130 LA MELEE THEOLOGIQUE

compte qu’il insiste déja sur l’indépendance temporelle des souverains, qui n’était pas encore explicitement posée a ce moment-la. Il fait, 4 ce propos, une allusion dédaigneuse a certaine constitution récente, noviter statutum esse, ou Boniface VIII se serait mis «au-dessus des principautés et des royaumes ». Or, cette expression n’apparait qu’au temps de la bulle Ausculta fili. D’ot il semble qu’on doive plutdt placer au début de 1302 la composition de ce petit écrit, qui, par sa forme légére, par son argumentation populaire et incisive, était fait pour gagner a la cause royale les sympathies du grand public. Il obtint un gros succés, dont témoignent les nombreux manuscrits et les anciennes éditions qui nous en restent?. De bonne heure, il fut traduit en anglais; chez nous, il servit de premiére source et de modéle au fameux Songe du Vergier compilé sous Charles V ?.

En attendant, il subissait des réfutations du cété romain. Un traité anonyme découvert par R. Scholz semble le viser directement °. Qu’on en juge par cet exorde ex abrupto :

«Non ponant laici nos i caelum dicendo seu blasphemando quod

papales constitutiones edite super temporalibus bonis seu rebus.... ipsos laicos non astringunt. »

Prétention qui lui semble une hérésie: hoc asserere et tenere esset haereticum, L’auteur s’attache a |’établir en démontrant par l’Ecriture et les canons l’autorité du pape dans l’ordre temporel, tout au moins la subordination de celui-ci a l’ordre spirituel. Aussi la bulle Clericis laicos lui parait-elle due a une véritable inspiration divine: licite et divino quodam motu

1 R. SCHOLZ (p. 334-335) en signale huit manuscrits, dont cing en Angleterre et trois 4 la Bibliothéque nationale : ms. lat. n°* 4364, 15004 et 12464. I] n’en subsiste pas moins de quinze éditions incunables connues: Hain, n° 6111- 6121; COPINGER, n° 1961 et 1963%; PELLECHET, n° 4347 et 4350. Voir R. A. Peppie, Conspectus incunabulorum, Londres, 1914, t. II, p. 215-216.

* Voir Somnium Viridarii, 1-36 (édit. GoLpasT,t.I,p.61 et suiv.). Il est également cité dans PiruHou, t. I, p. 271. Les deux vieilles traductions anglaises ont été éditées deux fois au cours du xvi® siécle, 4 Londres, chez Berthelet, la premiére fois sans date, la seconde en 1540.

3 Texte dans SCHOLZ, p. 471-484; étude littéraire, ibid., p. 166-172. Nous le citons dans la suite par son incipit.

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