LA MELEE THEOLOGI QUE
imperii1, Les rares historiens qui la connurent autrefois la reportaient vers le milieu du x1v® siécle, et cette date tardive lui enlevait toute signification spéciale. On s’est apergu depuis qu’il fallait la placer, non pas a la fin, mais au commencement des grands débats sur les droits de la papauté en matiére temporelle2. D’ot V’importance primordiale que tout le monde s’accorde a lui reconnaitre comme a la premiére tentative notable de justifier en doctrine la politique d’Innocent III et de ses successeurs.
Tous les problémes sont loin d’étre résolus 4 l’endroit de cet ouvrage. Mais il est couramment admis que la Determinatio appartient 4 la fin du x1r® siécle, peut-étre aux environs de 1300, et qu’elle a pour auteur Villustre chroniqueur dominicain Toloméo de Lucques °. I est certain, en tout cas, qu’elle offre des rencontres frappantes et nombreuses avec la suite que celui-ci a donné au traité De regimine princtpum laissé incomplet par saint Thomas d’Aquin *. Et si ces analogies ne devaient pas suffre pour conclure 4 Videntité d’auteur, nous aurions alors deux attestations convergentes des conceptions accréditées au sujet de l’Empire chez les théologiens pontificaux.
Dans le sens opposé se place la célébre Monarchia de Dante. La date en est fort discutée : d’autant que «l’absence de toute allusion contemporaine précise » annule ici le recours a la critique interne °. On se rallie assez communément aujourd’hui,
1 Révélée d’abord, puis longuement analysée, par H. Gravert (Aus den kirchenpolitischen Traktatenliteratur des XIV Jahrhunderts, dans Historisches Jahrbuch, t. XXIX, 1908, p. 497-536), la Determinatio a été éditée l’année suivante par M. KrAmMMER. ;
2 Une des preuves, c’est que la Determinatio est déja utilisée par Alvarez Pelayo, De planctu Ecclesiae, 1, 40-43. Cfr H. BayLaENpDeER, Alvaro Pelayo, P- 33-34.
3 Voir KramMer, Introduction, p. viI-xxx, qui conclut 4 1281. Il a été combattu par H. Gravert (Historisches Jahrbuch, t. XXXI, 1910, p. 242-243), qui, avec plus de raison, semble-t-il, propose 1300.
* L’ceuvre de Toloméo commence au chapitre V du livre II et se lit dans les éditions sous le nom du Docteur Angélique (Opera omnia, t. XXVII, p. 361-412). Elle fut écrite entre 1298 et 1308, probablement vers 1300 (KRAMMER, Pp. XXII).
5 E. Jorpan, Dante et la théorie romaine de l’/Empire, dans la Nouvelle Revue hist. de droit frangais et étranger, t. XLV, 1921, p. 359.
sur le témoignage de Boccace, 4 l’année 1311, marquée par la descente de Henri VII en Italie 1. Toujours est-il que l’auteur, non content d’y affirmer sa foi impérialiste et d’y revendiquer Pautonomie de l’Empire a l’égard de la papauté, s’efforce de trouver une solution originale au probléme deés lors inévitable de leur dépendance respective. Par oi Dante n’appartient pas seulement 4 l’histoire des idées politiques, mais tout autant a celles des systémes théologiques qui commengaient a s’élaborer sur les relations de l’Eglise et de l’Etat.
Qu’il s’agisse de royauté francaise ou d’Empire germanique, c’est partout, au fond, le pouvoir civil qu’il s’agit de situer a Végard du pouvoir spirituel dans |’économie du monde chrétien. Avec ou sans conflit, un méme probléme se pose, dont rien ne montre mieux V’urgence et la gravité que l’abondance de ces productions littéraires dans un laps de temps aussi restreint et dans des circonstances par ailleurs bien différentes. Deux foyers de controverse, indépendants sans nul doute l’un de l’autre, s’allument en méme temps dans la chrétienté, que cette distinction méme oblige 4 étudier séparément, mais dont Punité réelle permet a Vhistorien les plus utiles confrontations.
1 Pour l’exposé des opinions, voir G. A. SCARTAZZINI, Enciclopedia dantesca, Milan, 1899, art. Monarchia, t. Il, p. 1266-1274, et C. Witte, Introduction 4 son édition de la Monarchia, p. xxxv-xLix. Celui-ci veut placer la Monarchia a la fin du x111° siécle; en quoi il est suivi par E. BoEHMER, Ueber Dante’s Monarchie, p. 5-14; mais cette opinion n’a pas prévalu.