‹ le problem de l;eglise et de l'etatChapitre 25 sur 69 · ELEMENTS DE LA SOCIETE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

ELEMENTS DE LA SOCIETE CHRETIENNE

quelqu’une peut encore laisser 4 désirer, on n’oubliera pas que la vie future est 1a pour combler le déficit de la vie présente.

Ces diverses propriétés de l’Eglise se résument dans les quatre notes classiques énumérées par le symbole, de méme que les dix préceptes du Décalogue se raménent aux quatre Evangiles. Le nombre quatre, en effet, est un mumerus stabilitatis, consacré tout a la fois par la nature et par la parole de Dieu. Voila pourquoi l’auteur se complait 4 démontrer successivement, en autant de chapitres, l’unité, la catholicité, la sainteté et l’apostolicité de lEglise. Longues analyses sans intérét pour la question présente, ot. s’affrme le plus curieux mélange de réalisme ecclésiastique et de mysticisme chrétien 1. C’est probablement la premiére fois que l’on voit développé ex professo ce theme des quatre notes, qui devait étre si fécond dans la théologie de l’Eglise, en attendant d’alimenter la controverse.

Au point de vue d’assimilation politique ot se place l’auteur, Vunité et la catholicité sont les deux notes distinctives. Car Punité est un principe d’ordre, una et per consequens ordinata, ot l’Eglise trouve le secret de sa force :

« Nam ex ipsa sua unitate redditur Ecclesia fortis et firma. Ipse quoque ordo eam efficit fortiorem 2. »

La catholicité fait la gloire de l’Eglise au dehors, parce qu’elle affirme son rayonnement sur tous les hommes 4 travers les lieux et les temps. Elle va de pair avec Vunité: est Ecclesia ita una quod universalis et ita universalis quod una. Grace a la réunion de ces deux qualités, vere potest dici respublica. L’Eglise est méme la seule société qui mérite proprement ce titre :

« Nulla communitas dicitur vere respublica nisi ecclesiastica, quia in ea sola est vera iustitia et vera utilitas et vera communio °. »

Ce n’est pas que notre théologien veuille enti¢rement lui

11, 3-6; fol. 62¥-69"; édit. PERUGI, p. 23-53.

21, 3, 11; fol. 65%; édit. PERUGI, p. 32-33. D’autant que cette unité est compatible avec la diversité des rites et des meeurs, fol. 64%; édit. PERUGI, p. 29-31.

31, 4, 4; fol. 66%; édit. PeERUGI, p. 39-40.

sacrifier l’Etat. On a, au contraire, rc marqué avec raison qu’a cet égard sa pensée représente une heureuse réaction contre le mysticisme exclusif professé par Gilles de Rome. Jacques de Viterbe tient, avec Aristote, que "homme est un étre naturellement social. I] a besoin pour vivre du secours de ses semblables et le langage lui permet de s’associer avec eux. Par la s’explique la tendance qui pousse les hommes a se grouper en familles, puis en cités et en royaumes :

« Quia igitur naturale est homini vivere in societate, ideo naturalis inclinatio inest hominibus ad communitates predictas, ordine tamen quodam, quia primo ad domum, deinde ad civitatem, consequenter ad regnum ®. »

Mais comment y aurait-il société sans pouvoir? Ignorants, les hommes ont besoin d’étre instruits; pervertis, d’étre retenus sur les pentes du mal; égoistes, d’étre orientés vers le bien commun %. Pour toutes ces raisons, l’existence du corps social ne se comprend pas sans l’autorité d’un chef :

«Homo naturaliter est animal sociale et convocativum. Societas

autem et communitas non conservatur sed dispergitur, si non sit aliquis curam habens de communi bono multitudinis et societatis+. »

Dans cet ordre naturel, le croyant voit une disposition divine. Car Dieu est l’auteur de la nature, aussi bien que de la grace : il pourvoit aux besoins spirituels de homme par l’Eglise, 4 ses besoins temporels par l’Etat 5. Par ot, suivant la grande tradition du moyen age, Jacques n’entend pas seulement les intéréts matériels, mais aussi les biens d’ordre moral, savoir la pratique de la vertu ® et tout ce qui rentre dans notre fin naturelle :

1 R. SCHOLZ, p. 142-144. Cfr Mariani, dans J] Giornale dantesco, t. XLVII, 1924, Pp. 115-116.

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3 Ici notre théologien suit de prés saint THomas, De regimine principum, I, 1.

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5 JJ, 6; fol. 86-87%; édit. PERUGI, p. 123-128.

6° Cfr S. THomas, De regimine principum, I, 14 et 15: « Videtur finis esse multitudinis congregatae vivere secundum virtutem ... Rex ... igitur ... ad hoc praecipuum studium debet intendere qualiter multitudo sibi subdita bene vivat » (Opera omnia, t. XXVII, p. 354 et 355). Voir plus bas JEAN DE Paris, 15 AO i Ae

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