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SYSTEMATISATION DU DROIT PONTIFICAL

systématisation réfléchie double la valeur de l’action. Tous les principes constitutifs en existaient sans doute dans la politique séculaire des papes et dans les déclarations occasionnelles des théologiens qui avaient inspiré ou commenté ces faits. Mais c’est seulement au temps de Philippe le Bel que ces disiecta membra commencerent 4 prendre physionomie de systéme. Et ce ne fut pas pour s’arréter 4 ces formules moyennes qu’aurait pu suggérer la ratio peccati invoquée par Innocent III, mais pour poser le droit pontifical sous la forme la plus complete et la plus absolue.

D’une part, Boniface VIII reprit 4 son compte le vieil idéal du pape maitre et arbitre des souverains, avant méme d’en condenser les traits dans les formules impératives de la bulle Unam Sanctam. En méme temps, l’opposition de la cour de France suscitait des théologiens qui s’emparaient de ces maximes pour en dégager la signification, en fournir la preuve et développer les conséquences. Subordonner étroitement le temporel au spirituel, faire du pape en tant que vicaire du Christ la source de tout droit et de toute autorité sur la terre, soumettre a son contréle tous les actes des souverains : autant de theses dont ces auteurs, également épris de dialectique et d’ordre chrétien, acceptaient les prémisses et déroulaient didactiquement les conclusions. Avec les Gilles de Rome et les Jacques de Viterbe s’élevaient sur ces bases des constructions doctrinales de grande allure, qui tendaient a introduire la domination politique du pape dans le concept du christianisme intégral. Premiers monuments théologiques dressés en l’honneur de la suprématie pontificale et qui allaient servir de modele, dans les années immédiatement suivantes, aux Agostino Trionfo, aux Alvarez Pelayo, en attendant plus tard Jean de Torquemada et les autres théoriciens du pouvoir direct.

Ce n’est pas ici le lieu d’apprécier le fond de ce systéme '.

1 J] ne sera peut-étre pas inutile de noter cependant que les meilleurs auteurs le traitent aujourd’hui sans miséricorde. « Quod Ecclesia non accepit a Christo potestatem ullam temporalem sive politicam, et quod directam in saecularia iurisdictionem ipsa sibi nunquam vindicavit. In hac assertione facillime, nunc

Nos hommes politiques modernes reprendraient sans doute a ce propos le mot d’Emile Ollivier sur «la rapacité des théologiens »1, et il fut un temps — pas encore trés lointain — ou, dans |’Eglise et au dehors, les auteurs les plus graves n’en parlaient qu’avec des gestes d’effroi ?. Cependant l’historien qui se contente de comprendre y reconnait sans peine |’aboutissant normal des principes consacrés par les siecles précédents et le philosophe peut y voir sans déchéance lexpression d’un idéal qui ne manque pas de grandeur ®. Auguste Comte, apres Joseph de Maistre, n’a-t-il pas révé de rendre au monde le bienfait que le moyen Age avait connu : savoir la haute régence d’un pouvoir spirituel? Les critiques les plus chatouilleux peuvent au moins sympathiser avec l’effort de pensée qui produisit ces constructions d’école.

D’autant que la pleine élaboration du systéme coincide

saltem, convenient omnes. Quod si qui olim, quos recenset Bellarminus (De Rom. Pont., 1. 5, c. 1) in partem oppositam declinaverunt, vix ac ne vix quidem sunt attendibiles. Nam vel fuerunt iurisconsulti in theologia parum versati, vel theologi sat obscuri nominis...Quorum rationes, si quid demonstrant, demonstrant potius absolutam causae inanitatem.» Card. L. BitLot, Tractatus de Ecclesia Christi, t. Il, Prato, 1910, p. 79-80. — Cfr E. DusBLancny (article cité de la Revue thomiste, 1923, p. 78), qui, a cété de « erreur niant au pape tout pouvoir dans les choses temporelles », signale parallélement «l’erreur attribuant au pape, en ces matiéres, une juridiction universelle immédiate ». Plus loin (p. 84-85), Gilles de Rome est nommément dénoncé pour ses «graves erreurs» sur la juridiction ainsi que sur la propriété et, par voie de conséquence, sur |’origine du pouvoir. Un des principaux mérites du cardinal Torquemada serait le «rejet de l’erreur attribuant au pape une juridiction universelle immédiate dans les choses temporelles » (p. 86). On a vu que, sur ce point, le grand canoniste du xv® siécle fut précédé, dés le x1v®, par Jean de Paris et les théologiens de son bord.

1E. Oxzivier, L’Eglise et ?Etat au concile du Vatican, t. I, p. 449.

? « Opinion si dangereuse et si contraire aux droits des souverains... » (Gos- SELIN, Pouvoir du pape au moyen age, p. 742). — « Le danger qu’elles [ces doctrines politiques] pouvaient offrir au xiv® siécle est encore présent et actuel. La théorie du gouvernement théocratique n’est point morte» (HUImLLarD- BREHOLLES, Historia diplomatica Friderici II, Préface, p. CDXXxXI!).

3 Il arrive méme a des profanes de saisir la logique profonde qui préside a ces suprémes extensions du christianisme social. Voir, par exemple, COGLIANI, dans Rivista d'Italia, 1909, t. Il, p. 445 et 456. Mais, l’accord étant fait sur le principe, il reste qu’on en peut comprendre différemment 1’application. Et c’est la qu’apparait, autour d’une méme donnée religieuse, la diversité des systémes théologiques ainsi que leur inégale valeur.

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