VIII AVANT-PROPOS
des rapports de l’Eglise et de l’Etat. Peu de questions dans les temps modernes ont davantage défrayé les controverses d’école. N’est-il pas, dés lors, intéressant de la saisir au moment ot elle se pose d’une maniére particuli¢rement aigué aprés de longs siécles de paix 4 peu prés complete, ot le choc d’un conflit politique plus grave a pour effet de déterminer une fermentation intellectuelle inouie jusque-la et devient comme le réactif qui tout d’un coup précipite en systémes, dans les esprits bien préparés, les éléments que le passé y maintenait en suspension, cependant que d’autres a cété, plus sensibles a la complexité du probléme, improvisent pour le résoudre des combinaisons qui annoncent les vues auxquelles se rangent les meilleurs théologiens d’aujourd’hui?
Cette phase a tant d’égards décisive n’a pourtant pas encore pris toute la place qui devrait lui revenir dans l’histoire générale de la question. I] est vrai qu’elle ne nous est connue que par des témoins anonymes ou de médiocre notoriété, dont les ceuvres, au surplus, restées pour la plupart longtemps inédites1, sont éparpillées dans des éditions disparates et souvent peu accessibles au commun des travailleurs. Aussi n’en est-il pas fait le moindre état dans les expositions d’ensemble consacrées aux théories politiques du moyen 4ge, telles que les syntheses un peu rapides de R. Blakey et d’Otto von Gierke ou les vieilles lecons d’Ad. Franck et de Paul Janet. La monumentale histoire entreprise par MM. Carlyle semble conduite de maniére a devoir faire exception; mais l’ceuvre des savants auteurs n’atteint pas encore le x111® siécle.
Méme dans les monographies plus ou moins récentes relatives aux conceptions médiévales sur les rapports de l’Eglise
1 Qu’il suffise de rappeler que Henri de Crémone fut révélé seulement en 1903, que Jacques de Viterbe est pratiquement comme inédit, que jusqu’en 1908 les historiens les mieux informés n’ont connu le traité capital de Gilles de Rome que d’aprés de bréves analyses, quand ils ne se contentaient pas de la table des chapitres publiée par Ch. Jourdain.