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Vénétie, pour établir l’uniformité à l'intérieur de ses pays dans l’organisation de la douane et du péage.
Tous ces efforts devaient créer nécessairement une communauté d'intérêts économiques entre les différentes parties de sa monarchie, ce qui soutenait beaucoup plus puissamment l’œuvre de la centralisation que tous Yes procédés violents de ses prédécesseurs.
Il y avait en outre d’autres causes qui ont rendu la centralisation nécessaire et presque naturelle. La création de l’armée permanente n’y joue pas le dernier rôle. Cette armée exigeait toujours plus de sacrifices financiers, les dettes grandissaient et des nouvelles contributions étaient exigées. Et comme les finances avaient toujours été sous la compétence exclusive du roi, l’organisation financière étaitla même dans toute la monarchie ; à mesure donc que l'organisation financière devenait plus vaste à cause de l'augmentation du budget, l'influence centraliste de cette organisation était nécessairement plus grande.
Ainsi cet essor économique travaillait infailliblement à l'unité en créant des intérêts économiques communs, ce qui est un agent beaucoup plus puissant de l'unification que tout autre lien plus ou moins artificiel. Cette évolution s’étendit à la Hongrie comme à la Bohême et qui sait si ce procès pacifique et naturel n’aurait pas créé de l’Autriche un Etat plus centraliste, plus uniforme, qu’elle ne l’est devenue par les mesures de Marie-Thérèse. Car Marie-Thérèse et surtout Joseph IT ont brusqué les choses et par là ont posé les
bases du dualisme postérieur qui a affaibli la monarchie.
Sans cela l'Autriche, la Bohème et la Hongrie seraient peutêtre parvenues à une union réelle, un état homogène (1), créé par la nécessité économique et par la communauté des intérêts divers de ces trois pays.
Chartes VI croyait pouvoir assurer à Marie-Thérèse la succession en Autriche par une convention, par un acte accepté par ses pays et reconnu par les Etats étrangers. Les événements ont montré combien sa confiance était illusoire. Dans l'état prussien, récemment créé, un rival redoutable s’éleva
contre Marie-Thérèse et il lui fallut épuiser toutes ses forces,
pour sauver au moins une partie de son héritage et ne le voir amoindri que d’une seule province. Mais dans cette lutte passionnée pour l’existence de l’Autriche, Marie-Thérèse a cru pouvoir apprendre quelque chose de Frédéric II. Elle croyait fermement d’avoir deviné les causes du succès de Frédéric Il dans la guerre et celles de ses propres revers. Elle voyait dans l'Etat prussien un royaume pas trop vaste, mais bien organisé, fortement centralisé et excellemment administré ; elle voyait cet Etat complètement dans les mains de Frédéric IT et de la bureaucratie puissante. L'Etat prussien élail une machine centraliste et bureaucratique et la seule volonté du monarque animait tout son fonctionnement. Par là, l’organisation d’une armée puissante et la perception ‘ de nombreux impôts devenait très facile; c’élait là, suivant Marie-Thérèse, la cause intime de tous les succès militaires de Frédéric Il.
(1) K. Kramarz, Le droit d’Elat de la Bohême. Benès n
MNT
Marie-Thérèse qui, dans son raisonnement, ne s’appuyait que sur le côté extérieur et superficiel des choses et cherchait les causes de sa défaite où elles n'étaient pas en réalité, devait être très naturellement frappée au premier moment par une diversité si manifeste entre ses pays héréditaires, si divergents et hétérogènes et l'Etat prussien de Frédéric II, dont l’unité sautait aux yeux de tous. Pour pouvoir reconquérir la province perdue, il fallait imiter, selon elle, l’exemple de la Prusse, faire de l'Autriche non seulement un Etat absolutiste — elle l'était dans une large mesure — mais plutôt un Etat centralisé, uniforme, homogène, un Etat comme on le trouvait dans tout le reste de l’Europe, comme l'était surtout la Prusse elle-même (1).
Bien d’autres causes encore conduisaient logiquement Marie-Thérèse à cette conclusion. Après 1627, la Bohême n’est rattachée en théorie aux divers domaines qui constituent les possessions des Habsbourgs que par les liens de l'union personnelle; mais en réalité son indépendance qui n'est pas contestée en principe est bientôt gravement menacée. Les Etats, dociles à la volonté des monarques, ont renoncé à exercer le moindre contrôle sur l’administration du roi, le Conseil privé, la Chambre de la cour et le Bureau de la guerre (Conseil militaire), étendent leurs attributions de plus en plus rapidement et soumettent à leur surveillance les administrations locales correspondantes. Les Etats tchèques,
sans donner le moindre signe de vie, assistent à ce spectacle.
(1) Kramarz, 0. c.
NS
La noblesse dépouillée de son ancienne influence s’intéressait peu aux libertés constitutionnelles. Ce n’est que lorsqu'il s’agit de réformes sociales, en faveur des paysans opprimés, qu’elle se souleva contre Joseph II. Elle défendait ses intérêts matériels sans se soucier beaucoup des restes de ses anciens droits politiques. La noblesse n’accepta pas sa dé-1 chéance, mais beaucoup de ses membres, — les plus riches et les plus illustres, — passaient près de la cour la plus grande partie de leur vie et étaient en mauvaise posture pour soutenir leurs compatriotes, si même ils n'étaient pas les ins- - tigateurs des innovations les plus radicales (1).
En outre, les guerres éternelles des Habsbourgs, où la Bohême était le champ de bataille, et la contré-réformation des souverains catholiques, l’œuvre 4es Jésuites et du clergé catholique en Bohème, tout cela avait enfin réussi à détruire presque complètement tout élément national dans le peuple ; la nation tchèque se trouva sous Marie-Thérèse et Joseph II au bord de sa ruine et ne donnait presque pas de signe de vie, ce qui était un soutien très puissant pour les idées et les plans de Joseph IT.
Mais pour Marie-Thérèse il y avait toujours des obstacles sérieux à la destruction de l’autonomie de la Bohême dans les anciennes institutions. Si tout était favorable à son entreprise, les institutions résistaient toujours comme des forteresses inébranlables : ainsi la Chancellerie de la Bohéme et
la Diète sont toujours restées intactes. La Chancellerie était
(1) &. Denis, O. c.
expression de l'autonomie du pays. Malheureusement éloignée de la patrie et en contact constant avec la Cour, elle ne défendait les intérêts dont elle avait la charge qu'avec une énergie intermitterte, moins par la faute des Chanceliers eux-mêmes que par celle des bureaux ; ceux-ci se recrutaient parmi les bureaucrates de carrière, ou assez peu instruits des traditions particulières de la nation tchèque, leur préféraient les coutumes usitées dans le reste de la monarchie. L'unité pénétra ainsi peu à peu dans la jurisprudence et la pratique administrative (1), de sorte que le pas qu'a fait plus tard Marie-Thérèse n’a été qu’une conséquence logique et la consécration définitive d’une situation qui était déjà presqu’une réalité.
Ainsi les envahissements du centralisme furent très lents, ils étaient moins encore la suite d’un plan longuement prémédité que de la pression logique des faits (2) et particulièrement de la situation extérieure de la monarchie. La cohésion des diverses parties de la couronne de Saint-Venceslas n’était pas parfaite et leur résistance contre l'unité inégalement forte en Bohême, en Moravie et en Silésie. Les Tchèques ne protestaient que par des récriminations grandiloquentes et vaines. Enfin l'égalité des deux langues, tchèque et allemande, se changea bientôt tout naturellement en une subordination de la langue tchèque. Cela était naturel, soit parce
que l'élément national tchèque était disparu complètement
(1) E. Denis, 0. c.
(2) E. Denis, 0. c.
de la vie publique par l’œuvre de la contre-réformation, soit parce qu’il avait été repoussé par la noblesse germanisée qui vivait de plus en plus dans le milieu allemand. De même que la centralisation, la germanisation de la Bohème a été réalisée par une évolution lente et presqu'inconsciente tout d’abord, jusqu'au règne de Joseph IT, qui l’a rendue violente et brutale, mais qui a atteint par cette violence des résultats tout contraires à ses désirs. Jusque-là les Habsbourgs ne s'étaient pas distingués par un fanatisme pangermaniste. Mais toute la situation, la ruine de la nation tchèque, la déchéance de la noblesse, la perte du sentiment d’indépendance, l'agrandissement de la compétence des organes communs, l’absolutisme gouvernemental, les intérêts écono-— miques communs, les prétendues causes de la supériorité prussienne et des défaites de l'Autriche, tout cela devait pousser forcément Marie-Thérèse à accomplir l’œuvre commencée par l’histoire et l’évolution, à faire de l'Autriche l'Etat centraliste et unitaire en forme comme elle l'était presque en fait.
La situation en Hongrie n’était pas la même qu’en Bohême et là Marie-Thérèse dut se contenter de soumission partielle du pays arraché aux Turcs, et être reconnaissante du cri patriotique « Moriamur pro rege nosiro » qui n’était pas suivi, du reste, d'effets. Et tout ce que les Magyars ont fait ensuite pour la défense de l'Autriche contre la Prusse, ils se le faisaient payer par des concessions coûteuses. Mais même dans ce cas Marie-Thérèse se monira reconnaissante el toujours
plus bienveillante qu'envers les Tchèques, dont elle n'avait