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Plus ce caractère des patriotes, et ce caractère était prépondérant dans leurs luttes révolutionnaires, puisque l’émancipation nationale était condition sine qua non de l'émancipation sociale et de l'avènement de la démocratie. En effet, la démocratie, c’est le peuple lui- même, et res dans ces pays la démocratie, c'était réaliser l'émancipation “nationale. Pour les nations démembrées, comme l'était la nation italienne par exemple, il fallait faire l'unité territoriale du pays et chasser des princes étrangers, partir en guerre contre de grands empires. Ainsi l'idée démocratique de la souveraineté nationale devait aboutir à un principe de droit international, le principe des nationalités (1). C'étaitce principe de droit international qui, dès 1851, fut formulé et développé par Mancini et ne futinventé que pour justifier le désir des Italiens à l'unification de leur pays et de leur nation. [1 pouvait excellemment servir et appuyer les efforts des Italiens ainsi que ceux des Pangermanistes en Allemagne.
Mais la situation en Autriche était tout autre. Le principe des nationalités formulé comme l’a fait plus tard Mancini, conçu comme un principe du droit international, n’était jamais pleinement applicable ni à l'Autriche, ni à la Hongrie.
Suivant la doctrine de Mancini, la nationalité est une communauté d'hommes de même race, de même langue, de même religion, de même civilisation, vivant sur un territoire naturelle-
ment homogène, unis par leurs traditions et par leurs
(1) M. H. Moulin, La théorie des nalionalistes. Une conférence, publiée à Dijon en 1900.
aspirations morales, et conscients de leur entente mutuelle.
Une telle société a droit à l'unité et à l'indépendance politique.
C’est le principe même du droit des gens qu’il faut changer.
Jusqu'ici, le droit des gens s’est proposé de protéger les droits des Elats et garantir leur indépendauce. Mais les Etats ne sont que des groupements factices et artificiels, constitués au hasard
des événements historiques par la conquête et par les traités.
En Italie, en Pologne, des peuples homogènes ont été morcellés,
en Autriche, on impose le même gouvernement et les mêmes
lois à des hommes qui ne s'entendent pas et qui ne s’entendront jamais. Le droit des Etats est donc peu respectable, car l'Etat,
d’après le droit des gens officiel, n’est que le domaine d’une dy-
nastie, le droit de l'Etat est le droit que s’arrogent les princes.
A ce droit des chefs d’Etat, il faut substituer le droit des peuples.
Le droit international doit avant tout assurer l'existence et l'in
dépendance des véritables sociétés humaines qui, par leur soli-
darité et communauté intime, constituent en droit naturel les
plus hautes personnes collectives, et qui ont droit par là à se gouverner elles-mêmes, d’après leurs tendances naturelles. Le principe des nationalités c’est, en définitive, le droit des peuples à l'indépendance (1).
Je ne veux pas ici examiner, au point de vue sociologique,
qu'est-ce que la nation, et chercher combien il y à de vérité dans cette doctrine. C’est principalement au point de vue inter-
national qu’on parle de ce principe des nationalités ; divers au-
(1) M. H. Moulin, 0. c., p. 14.