‹ Le Problème Autrichien et la Question tchèqueChapitre 35 sur 57 · MORE · texte numérisé non relu

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teurs se montrent hostiles à cette doctrine dans leurs traités de droit internalional, puisque cette doctrine, étant tout d’abord une protestation contre les tyrannies internationales, mal comprise et mal appliquée, finit par devenir, au point de vue international, un danger plus grand que celui qu'elle voulait supprimer, en engerdrant dans ses conséquences logiques des théories du pangermanisme et du panslavisme.

J'ai dit que le principe des nationalités ainsi conçu et ainsi formulé était inapplicable à l'Autriche. Aussi les nationalités autrichiennes opprimées se gardaient d’invoquer plus tard la doctrine de Mancini dans leurs luttes politiques. Tout d'abord, il | faut remarquer que les principes de la Révolution française ne pouvaient pas avoir en Autriche cette influence qu'ils avaient dans d’autres pays non unifiés ou démembrés, en Italie ou en Allemagne. En effet, on ne peut pas ranger l'Autriche dans ces deux catégories d'Etats unifiés et non unifiés.

Dans tout empire autrichien il y avait des Allemands qui se voyaient complètement séparés de leurs frères de l'Allemagne ; dans le sud de la monarchie, il y avait des Italiens qui étaient ‘dans la même situation. Mais, à l’intérieur, les Tehèques, les Slovènes, les Croates, les Slovaques, à peine éveillés à la vie publique, et enfin les Magyars n'étaient nullement morcellés ou divisés, mais opprimés par le gouvernement despotique qui était allemand, et la bureaucratie nivelleuse et toute puissante. C’étaient principalement les nationalités slaves qui, comme enchaînées dans un cercle composé des Allemands, formaient avec eux un tout presque naturel. Ces diverses nations étaient aussi

mêlées les unes aux autres, qu’il n’y avait, avant la Révolution

de 1848, presque aucune région quelque peu étendue, qui fût homogène et habitée par une seule race.

En effet, encore plus tard, au commencement de la Révolution de 1848, la communauté territoriale, consacrée par la tradition historique, jouait dans les luttes politiques le rôle principal. En Bohême, ainsi qu'en Hongrie, on luttait tout d’abord pour l'indépendance du pays, pour l'indepeudance de la couronne de Saint-Venceslas et de Saint-Etienne, et non expressément pour l'indépendance de chaque nation.

La lutte révolutionnaire y avait donc le même caractère que dans les pays unifiés et homogènes : on combattait pour les libertés publiques et pour les droits individuels. Cela s'applique principalement à la Bohême. Il n'en pouvait être autrement, car appliquer les prineipes de la Révolution française comme en Italie, signifiait le démembrement nécessaire et complet de la monarchie, c’est-à-dire le résultat tout contraire à celui obtenu en Jtalie. Et puis, une teile application était aussi impossible : au milieu des Allemands. il y avait des Tchèques, des Slovènes, des Croates ; dans les régions italiennes il ÿ avait des Slaves et des Allemands; dans les régions magyares il y avait aussi des Slaves et des Allemands, ete. Comment appliquer ici la théorie formulée plus tard par Mancini? Cétait manifestement impossible.

Tout cela veut dire simplement qu’en Autriche le principe des nationatités élait au commencement, et devait être aussi plus tard autrement compris qu’en Italie et qu’en Allemagne. L’appliquer en Autriche comme en Allemagne et en Italie, c'était

sacrifier les petites nationalités au profit des nationalités

grandes el puissantes, les nationalités slaves au profit des Allemands, des Italiens, des Magyars, qui incorporeraient nécessairement les petites fractions slaves dans leurs territoires natio-

s naux.

On l’a vu clairement en 1848, lorsque le Parlement de Francfort fut convoqué et lorsque les Magyars se jetèrent dans la lutte décisive contre Vienne. Lorsque les Allemands autrichiens se décidérent d’entrer dans la Grande Allemagne unifiée, ils le firent au nom du principe des nationalités, conçu à la façon de Mancini. Dans ces conditions, les Slaves qui invoquaient, eux aussi, le principe des nationalités auraient été ruinés au nom du même principe par les Allemands, les Magyars, les Italiens. Ils sentaient ce danger et pour cela ils concevaient ce principe tout autrement.

Les Slaves ne pouvaient donc voir dans ce principe une doctrine de droit internatioual. Ils reconnurent bientôt et comme d’instinct, qu’il était impossible de morceller l'Autriche dans les petits Etats nationaux, qui seraient constamment menacés par les grands Etats limitrophes et qui finiraient par être engloutis dans le flot pangermanique. En outre, l'Autriche était composée des provinces historiques, mixtes au point de vue national, qui formaient toujours une unité administrative. Les traditions historiques étaient obstacle à toute division de la Bohéme, par exemple. Et une territoriale division plus ou moins exacte était absolument impossible, puisque ces régions étaient mixtes. Les Slaves ne pouvaient donc aspirer à l'indépendance au point de vue internalional, mais à une indépendance d’une nalure toute

autre.

Certes, la doctrine de Mancini n'était que trop vraie là où elle parlait des droils des nationalités à l'indépendance, à l’autonomie. Mais pour les Slaves il s'agissait de savoir comment : fallait-il comprendre ce terme : l'indépendance. Ne pouvant espérer l'indépendance internationale, ils ne pouvaient voir dans le principe des nationalités que l'application exacte et complète (à l'intérieur de l'Etat auquel ils appartenaient) de ce qu'il était, c'est-à-dire des droits individuels, de la démocratie. Pour eux, cela ne devait pas être une des doctrines du droit des gens, mais une règle essentielle du droit public interne de l'Etat, un principe des droits individuels. Aussi ils exigeaient son insertion dans les premières déclarations des droits individuels en Autriche. Sous ce principe ils comprenaient la liberté nationale complète, l'égalité des droits à l’intérieur, l'égalité des langues, l'égalité dans l'administration, l'égalité dans les écoles, la participation égale aux emplois publics, etc., à l'égard des autres nations habitant le pays.

Ainsi on peut s'expliquer pourquoi aucun des politiciens tchèques et slaves postérieurs n'avait jamais l'idée de formuler une doctrine semblable à celle de Mancini (ceux des Tchèques qui l'ont fait, l'ont fait au nom du droit historique et non au nom du principe des nationalités) et que toute la nation tchèque était plutôt imprégnée, dans ses luttes politiques, des idées philosophiques de Herder qui avait appliqué simplement le principe des droits individuels aux nationalités opprimées que des considérations politiques ayant quelques affinités avec la doctrine postérieure de Mancini. On peut ainsi comprendre tous les évé-

nements politiques de 1848 en Autriche, toutes les luites des

Tchèques et des Slaves à propos de Francfort, toute leur résistence contre l'émancipation complète des Magyars, toutes leurs querelles avec les Allemands à l'intérieur de la Monarchie. On peut enfin comprendre leurs efforts de fonder une Autriche sur la base fédérale, puisque une telle conception du principe des: nationalités ne pouvait avoir pour la conséquence logique que l'organisation fédérale de la monarchie. De cela vient aussi, que la doctrine de Mancini n’a jamais trouvé aucun écho en Autriche chez les nations slaves, même dans leurs luttes postérieures, de 1851 jusqu’à l'époque actuelle.

Pour les Slaves autrichiensla doctrine des nationalités telle qu’elle est formulée dans le droit international n’a aucune importance. Pour eux la Révolution a dégagé ce principe dans un autre sens, lui a donnéun autre caractère ;ce principe arevêtu ce caractère déjà au commencement, il l’avait pendant un demisiècle des luttes politiques et ‘il l’a encore à l’époque actuelle. C’est au nom du doi de nature, au nom des droits individuels, au sens propre de ce mot, que luttent aujourd’hui les Tchèques et les Slaves en Autriche pour l'égalité nationale, pour l'égalité des droits à l'intérieur de la monarchie. L'indépendance internationale n’y joue aucun rôle.

Tout cela était absolument incompréhensible pour les Autrichiens, qui suivaient avec sympathie le Parlement de Francfort. Les Allemands voyaient dans ce principe une vérité absolue, les Tchèques, au contraire, y apercevaient, après un moment d'indécision, le plus grand danger pour leur existence nationale.

De là est sorti le premier conflit sérieux entre les Tchèques et

les Allemands de Bohème : tout cela est aussi l’essence même de toutes les luttes politiques des Tchèques en 1848 et dans les années postérieures. Incorporer la couronne de Saint-Venceslas dans l'unité allemande, cela était pour les Tchèques ainsi que pour les autres Slaves cisleithans le commencement de la fin, l'anéantissement de leurs droits nationaux, l'abdication de tout ce qu'ils avaient gagné par la renaissance. Cela était contraire aux principes dont ce mouvement est sorti, et les Tehèques s'y opposèrent en vertu des mémes principes qui furent évoqués par les Ailemands, et qui devaient servir à la réalisation de l'unité pangermanique. Toutes les promesses des Allemands libéraux et de la commission des Cinquante de Francfort ne pouvaient rien changer à l'opinion des Tehèques méfiants. D'un autre côté, les Magyars combattant, eux aussi, pour lindépendance, soutenaient naturellement les Allemands dans leurs efforts, car introduire la Cisleithanie dans l'Unité allemande, c'était briser complètement les liens qui rattachaient la Hongrie et l’Autriche, et la libération totale des Magyars en serait sortie inévitablement.

Cette situation était redoutable pour les Tchèques et les autres SJaves à la fois en Autriche et en Hongrie. Si ,ces plans se réalisaient, les Tehèques et les Slaves du Sud seraient sacrifiés à l'Allemagne, sur le libéralisme de laquelle ils ne pouvaient compter,et avec raison ; d'un autre côté, les Serbes, les Croates, les Roumains et deux millions de Slovaques — ce qui était le plus important pour les Tchèques — seraient sacrifiés à la domination des Magyars qui n'avaient jamais montré la moindre

tolérance à l'égard des autres nationalités en Hongrie. Dans

l'Autriche constitutionnelle et fédéraliste les Slaves auraient nécessairement la majorité ; dans l'Unité Allemande et dans la Hongrie indépendante, ils seraient une minorité opprimée, sans droits, voués à la “ruine, à laquelle ils avaient un demi-siècle auparavant si difficilement échappé. 4

Ainsi la politique tchèque était logiquement antiallemande, antimagyare, elle était autrichienne, elle était dynastique. L'Autriche puissante était leur seul but, l'Autriche des Habsbourgs, qui n'avaient jamais eu des égards pour eux, qui n'avaient jamais rendu justice à leurs revendications, qui pendant de longs siècles n'avaient fait que mener une politique antislave. L'attitude du gouvernement était aussi dans cetle situation difficile et pénible. Il s'agissait de l’existence de l'Autriche. La dynastie absolutiste considérait avec effroi la propagande pangermaniste, craignant à la fois la hardiesse des libéraux et des radicaux républicains allemands de Francfort, et la dislocation de l’Autriche, qui en serait la Conséquence, si leur but se réalisait. Elle consentirait à réaliser l'Unité allemande avec l'Autriche prépondérante: mais une Allemagne libre, où les gouvernements des Etats particuliers ne seraient plus rien et où l’Autriche ne jouerait le premier rôle, lui répugaait. Dans ces conditions, la dynastie ne pouvait que prendre le parti des Slaves. Mais elle n’en a rien fait. C'était aller à l'encontre de toutes ses traditions, de toute sa politique du passé. Le gouvernement hésitait donc, son action était incohérente, indécise. Et, poussé par l'agitation révolutionnaire et Pangermanique des Allemands d’un côté, par ses anciens plans sur la Grande

Allemagne avec l'Autriche prépondérante de l’autre, il ne

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voulait prendre d'altitude nette ni pour, ni contre Francfort.

En fait, le gouvernement connaissait le danger qui menaçait l'Autriche de Francfort. IL était principalement opposé au lihéralisme des radicaux allemands, qui semblait excessif aux bureaucrates autrichiens. Mais le gouvernement ne voulait pas revoncer volontairement à l’ancien rôle qu’il avait joué jusqu'ici en Allemagne; soutenu par les Etats catholiques du Sud, il voulait participer à tout prix à la nouvelle formation de l'Allemagne pour pouvoir contrebalancer l'influence de la Prusse, sa rivale, et pour conquérir la présidence dans l’Allemaguüe nouvelle. Dans ce cas la dynastie ne pouvait pas renier tout ce mouvement dont Francfort était le foyer; elle pensait au contraire qu’il faut étouffer plutôt le mouvement slave qui pourrait nuire à l’Autriche aux yeux de ses amis en Allemagne. L’Autriche, où l’élément slave serait prépondérant, ne pourrait jamais aspirer à être à la tête des Etats purement allemands. D’un autre côté, l'Autriche défendait toujours son indépendance à l'égard de l’Allemagne nouvelle et voulait former d’eile non un Etat fédéral (Bundesstaat) mais bien une simple Confédération d'Etats (Staatenbund), où l'initiative et l'indépendance des Etats particuliers ne seraient pas menacées. À d’autres conditions elle ne voulait pas entrer dans l’unité. Ce sont ces plans dynastiques qui ont forcé le gouvernement tout d’abord à rester indécis et à prendre enfin nettement le parti des Allemands contre les Slaves. Il convoqua pour le 25 et 29 avril 1848 Les électeurs pour élire les députés au Parlement de Francfort.

Les Tchèques furent irrités. Ils ne voulaient à aucun prix

l'Unité de l'Allemagne. La lutte pour Francfort devint plus

passionnée, les rancunes des Tchèques et des Allemands se montrèrent ouvertement; elles avaient éclaté déjà quelques jours avant la convocation des électeurs pour des causes différentes, notamment pour la seconde pétition de Prague et pour l'ordre de cabinet du 8 avril, qui, en promettant aux Tchèques une certaine indépendance, souleva en eux wn enthousiasme général, mais en même temps provoqua le mécontentement des Al'emands de Bohême. L'’attitude du Conseil national tchèque, elle aussi, comme nous lavons vu plus haut, fournit prétexte aux discordes.

Du moment où les élections au Parlement de Francfort furent admises par le gouvernement, la lutte entre les deux peuples éclata ouvertement. On remarqua qu'il y a des divergences essentielles entre ces deux races dans la couronne de Saint-Venceslas et qu’il est impossible de concilier pour un temps durable des intérêts si contraires. Les Tchèques ne voulaient pas participer aux élections et niaient la légitimité de la députation allemande à Francfort, qui ne pouvait pas engager les Tchèques et la Bohême tout entière, les Allemands de Bohême, au contraire, n'avaient d’autres désirs qu’aller à Francfort et entrer dans la Grande-Allemagne.

L’attitude des Tchèques fut exposée et fixée par la lettre femeuse, adressée par Palatsky à la commission des cinquante, lorsqu'il reçut d'elle l'invitation de prendre part à ses travaux préparatoires pour l’Assemblée Constituante. Dans cette lettre il conteste l'affirmation des Allemands, que la Bohême ait toujours appartenu à l'Allemagne. Les rapports de l'Allemagne et de la

Bohême étaient, suivant lui, des rapports de souverains et nulle-

ment de peuples. Les efforts du Parlement sont dirigés contre l'indépendance de l'Autriche et menacent par là les nationalités slaves dans leur existence. Palatsky doune ensuite tous les ar- &uments mentionnés plus haut, qui forcent les Tchèques à s’abstenir de la formation de l'Allemagne nouvelle. C’est dans cette lettre, où tout le programme politique des Tchèques et des Slaves autrichiens de 1848 est exprimé avec une clarté absolue, que Palatsky avait prononcé sa phrase célèbre et souvent citée: « En vérité, si l'Etat autrichien n'existait pas depuis longtemps déjà, nous devrions, dans l'intérêt de l'Europe, même de l'humanité entière, travailler à ce qu'il se formât. » Eu résumé, suivant lui, ce serait pour les Tchèques et pour l’Autriche se suiçider que d'entrer dans l'Unité allemande.

Ces considérations devinrent la devise des Tehèques daus leur campagne contre les efforts des Allemands. Pour les Allemands de Bohème, c'était une déclaration de guerre. Et lorsque le gouvernement lui-même manifesta son hostilité à l'égard des Tchèques en octroyant, le 23 avril 1848, contrairement à sa promesse dans l'Ordre du Cabinet du 8 avril, une constitution centraliste, qui favorisait à la fois les Allemands et sa propre politique extérieure, la lutte ne pouvait plus être arrêtée. Cette lutte à propos de Francfort fut acharnée de la part des Allemands et aussi des Tchèques, mais on ne peut l'expliquer que par une méprise. Les Allemands, imprégnés de l’idée d’un Etat uniforme et national, partaient de cette prémisse que l'Autriche comme Etat hétérogène était incapable de maintenir à l’avenir son existence et devait se disloquer par la force des choses. C’est pour-

quoi ils n’ont jamais compris ni les efforts des Tehèques et des

Benès 8

Slaves d'Autriche, ni les arguments de Palatsky. Les luttes qui éclatèrent par suite de cette incompréhension et de la divergence absolue entre le but politique des deux peuples, furent envenimées plus tard par les manifestations dans les rues, par les rancunes personnelles et par les polémiques de presse.

À partir de ce moment la rivalité politique des Tehèques et des Allemands de Bohême n’a plus jamais cessé. Et bien que plus lard, lorsque le rêve de Francfort fat disparu chez la majorité des Allemands autrichiens, cette rivalité prit un autre caractère et fût soutenue par d’autres considérations, son commencement, la cause première et aussi la plus importante en resta toujours la lutte pour Francfort. Si on songe à tous ces événements, on comprend très bien pourquoi les Tchèques se sont montrés en 1848 les ennemis déelarés soit des Magyars dans leurs revendications de liberté, soit des radicaux et libéraux allemands dans leur politique intérieure et extérieuré, on comprend aussi pourquoi ils étaient toujours dans les assemblées publiques et dans la politique autrichienne plutôt du côté de la réaction et de la dynastie, qui était l’unique élément, ayant la ferme volonté de sauver l'Autriche de la Révolution et du flot pangermanique et capable d’en faire, avec l’appui de l'élément slave — comme l’espéraient les Tchèques — un Etat fédéral puissant.

Ces événements ont eu une importance considérable. Pour la première fois on reconnaissait qu’il y avait désormais entre les Tchèques et les Allemands des divergences inconciliables,que ces deux peuples sont nécessairement condamnés à une lutte acharnée pour la prédominance dans le pays. Les Tchèques se sont

apercus qu’ils ont la majorité dans la couronne, les Allemands

ont reconnu le danger pour leur influence qui avait été Jusquelà prépondérante. L’inégalité nationale pesait sur les Tchèques plus lourdement que jamais. Ils commencèrent donc à lutter plus vivement, plus résolument pour la justice et pour leur existence.

Ainsi une nouvelle conséquence de la Révolution apparaît : La Bohème qui, sous la domination féodale, était unie dans la lutte contre le centralisme des Habsbourgs, qui, par lintermédiaire de la noblesse, luttait pour son indépendance sans faire de distinction notable entre les deux nationalités est désormais divisée dans sa lutte. Une partie de la population a des désirs tout à fait opposés à ceux de l’autre partie. Les Tchèques et les Allemands sont engagés dans un conflit qui ne disparaîtra jamais. Que deviendra le programme politique de l’ancienne noblesse féodale, du droit de l'indépendance d'état ? Les Allemands ne veulent plus de cet état, où ils seront en minorité | contre les Slaves ; en outre, ils sont tous imprégnésdes idées de la Grande-Allemagne libre. Quel sera dans ce cas le programme politique tchèque. Sera-ce celui: de la noblesse féodale, ou sera-ce un programme nouveau ?

C'était cette question capitale qui devait passionner les Tchèques. Elle n’apparut pas clairement à tous du premier abord. Mais du moment qu'une partie considérable de la population ne veut pas accepter pour son programme politique le droit historique de Bohême, l’idée même de ce droit est considérablement compromise. Si les Tchèques persistent à conquérir leur ancienne indépendance d'Etat, la lutte sera désormais plus rude et le succès incertain. Ils auront affaire non seulement

au gouvernement ;centraliste et germanisateur, mais encore à

un tiers de la population de leur propre pays. Invoquer le droit historique à l’époque où le droit naturel célèbre son triomphe universel, paraît presque ridicule. Les Tchèques hésitent naturellement. La Révolution a donc divisé le pays, elle a amené en Autriche les luttes nationales, elle a fait des Tchèques et des Allemands des ennemis Rrécone tables Avant elle, le problème autrichien et la question tchèque étaient faciles à résoudre, maintenant c’est une énigme presque insoluble.

Les patriotes et les politiciens tchèques se sont rendus compte au moins partiellement de la situation nouvelle. Pendant l'agitation pour Francfort, les autres événements politiques ont pris la première place en Bohême, notamment les travaux préparatoires du Conseil national pour la convocation de la Diète Constituante de la Bohême. Mais les Allemands se désintéressaient presque complètement de la Diète, dès qu’ils eurent reconnu qu'ils y seraient en minorité.En outre, le Congrès slave, réuni à Prague, qui devait servir de contrepoids au Parlement de Francfort et unir tous les Slaves de l’Autriche contre le danger commun, n’était nullement de nature à pouvoir améliorer les rapports des deux peuples.

Dans le projet constitutionnel qui devait être présenté à la Diète nouvelle, les Tchèques affirmèrent leur programme du droit historique de la Bohême ; néanmoins, l’union avec l’Autriche était la première condition de toute la réorganisation de l'Etat. En principe, l'idée du fédéralisme fut donc posée, quoique non dans la forme du fédéralisme autrichien exclusif, comme cela fut fait quelques mois plus tard par Palatsky. De même de-

vant le Congrès slave on discuta la communauté des peuples slaves,

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