‹ Le Problème Autrichien et la Question tchèqueChapitre 46 sur 57 · HAE · texte numérisé non relu

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triche fédérale puissante, le dualisme. qui signifie la ruine pour tous les Slaves en Autriche-Hongrie. Ils continueront donc la politique fédéraliste telle que l’a précisée, en 1848, Palateky.

Mais quelques autres événements montrent que les Tehèques se préparent déjà & reprendre le programme historique. Ils imitent les Magyars dans leur résistance passive et quittent en 1863 le Reichsrat de Schmerling. Ils introduisent cette tactique en 1867, à la Dièle de Prague. Ils publient des protestations véhémentes où ils parlent incessamment du droit d'Etat de la Bohême. Ils sont fédéralistes en ce qu’ils reconnaissent la nécessité d’une union étroite avec l’Autriche ; ils sont séparatistes en ce qu'ils voudraient que cette union respectât le plus possible les anciens droits de la Couronne. Mais dans tous les casils étaient contre le dualisme et le principe fédéraliste était le trait carac— téristique du programme tchèque ; jusqu’en 1867, les Tchèques prirent pour point de départ de leur politique le Diplôme d’octobre et réclamèrent sou application sincère.

Le Compromis austro-hongrois et la Constitution de 4867 ont enfin amené ce que la politique de la résistance passive et limitation de la tactique des Magyars faisaient prévoir : le programme du droit d'Etat. La noblesse tchèque, qui grâce au système électoral de Schmerling avait une influence prépondérante dans la Diète de Bohême, leva la première le drapeau du droit d'Etat. Les Tchèques voyant échouer tous leurs projets fédéralistes, voyant surtout eux aussi comme la noblesse elle-même, d'un œil jaloux, le succès de la Hongrie, qui élait pourtant juridiquement égale à la Bohême, se jetèrent dans les bras de la

noblesse. Les nobles tchèques avaient à cette époque une in-

fluence prépondérante sur la politique tchèque. Dans les essais constitutionnels de 1848, leur rôle n’était pas très important. A la veille de la Révolution, la noblesse tchèque éleva quelques protestations à ia Diète contre l’usurpation des droits de la Couronne tchèque. Mais lorsque la Constitution fut donnée à cause de l'établissement d’un suffrage Presque universel, elle fut relégué2 au second plan, d'autant plus qu'il s'agissait surtout pour la population tchèque et autrichienne de faire abolir par le Parlement une fois convoqué les privilèges féodaux. Nous avons - aussi vu combien minime fut son rôle au Parlement de Kremsier.

En 1861, son importance de même que celle de la bureaucratie a grandi. Le Reichsrat renforcé n’était composé que de bureaucrates et de nobles. On suit ce qu’a fait pour la noblesse Schmerling par son fameux système électoral. Les Diètes étaient complètement dans les mains des nobles et par là aussi le Reichsrat était soumis à leur influence. En Bohême, les nobles formaient une véritable puissance politique. Nous avons montré quels étaient les vrais motifs qui les poussaient dans la voie de la politique d'indépendance de la Bohéme et pourquoi ils ont invoqué la théorie de Eœtvæs: dans les provinces indépendantes, leur influence pouvait être plus grande que dans l’empire centralisé, C’est ce qui donnait à ces dévoués serviteurs de la Couronne l’audace de s'opposer à la volonté de la dynastie. Jusqu'en 1867, la noblesse tchèque espérait toujours le relour à l'ancien état de choses, où elle déciderait elle-même du sort du pays.

Mais après la conclusion du Compromis, la situation politique

était toute changée. La noblesse tchèque — tchèque de nom et non de fait, car elle était devenue depuis longtemps allemande, ne connaissant ni le peuple, ni la culture, ni la langue tchèque — détestait les libéraux allemands qui étaient le meilleur appui du gouvernement, centraliste et qui espéraient établir en Autriche le vrai système parlementaire. D’autge part, la noblesse tchèque, voyant quel profit la noblesse magyare avait tiré de l’indépendance dela Hongrie, fut prise de jalousie. Le comte Andrassy était devenu chef du ministère, un grand nombre des magnats magyars étaient devenus de hauts dignitaires et fonctionnaires d'Etat, propriétaires de grosses sinécures et de hauts bureaucrates. La noblesse tchèque ne comptait pour rien à Vienne. Pour conquérir en Bohème et dans l'Etat la même fonction que la noblesse magyare occupait en Hongrie et à Vienne, les nobles tchèques ne voyaient d'autre moyen que celui employé par les Magyars eux-mêmes. C’est par leur indépendance qu'ils ont gagné cette situation privilégiée. Il fallait à tout prix faire la même chose pour la Bohème si la noblesse tchèque voulait encore sauver quelques restes de son influence antérieure. C'est du reste son ancien programme, qu’elle a eu en 1848 et en 1861, mais maintenant elle veut le concilier avec le nouveau système ; ne pouvant jouer le rôle des seigneurs féodaux, elle doit devenir une bureaucratie de carrière et jouer le rôle principal et dans l'Etat et en Bohême. Ce sont ces raisons qui en ont fait une fervente parlisanne du droit historique de Bohëme et qui ont transformé les plus plats courtisans allemands en

radicaux tchèques intransigeants (1). Ainsi on peut s’expliquer

(1) Y. Forzt, O0. c.

Pourquoi les nobles de la Bohème, qui n'étaient jamais ni tchèques ni patriotes, furent pendant vingt ans les guides politiques du mouvement national tchèque.

Il ÿ avait encore d’autres causes dans celte prépondérance de la noblesse dans le mouvement politique de 1867 à 1879. Les leaders populaires du peuple Palatsky et Rieger voyaient très bien l'importance de la noblesse magyare dans les luttes politiques pour l'indépendance de la Hongrie en 1848 et en 1867. Cétait en réalité la noblesse seule qui y avait gagné la cause. Et ils se plaignaient tous deux de la noblesse tchèque, germanisée, devenue étrangère au peuple, qui aurait pu rendre des services inappréciables à la nation. En 1848, Rieger était assez hostile à son influence, ayant des idées assez libérales et même radicales. Mais plus tard, lorsque la noblesse montra un vrai souci de l'indépendance du peuple, Rieger devint plus accessible à l'influence des nobles et enfin il se jeta complètement dans leurs bras. Il voyait en eux la meilleure garantie du succès futur.

En 1860, les nobles tchèques se montrent assez indifférents au sort de la Bohème. Avec la noblesse des autres pays ils luttent contre les bureaucrates centralisateurs et collaborent à la publication du Diplôme d'octobre mais uniquement pour leur arracher le pouvoir dans les provinces devenues partiellement indépendantes et remplacer simplement la bureaucratie. C’est à cette époque que Rieger se plaignait amèrement d'eux. Maintenant qu'ils ont vu la noblesse magyare bénéficier de sa résistance inflexible, ils se décident à faire de méme. Palatsky et

Rieger, chefs du parti national, des Vieux-Tchèques, devaient Benès 17

saluer avec joie cette conversion. Les nobles tchèques imitent les Magyars, ils invoquent pour la Bohème les mêmes droits qu’à la Hongrie, ils voient l'impossibilité d’un empire fédéral et exigent donc pour la Bohème ce que les Magyars ont reçu pour la Hongrie : au lieu de dualisme, ils veuient le trialisme.

Et ainsi ils collaborent considérablement à l'élaboration du nouveau programme politique et à l'abandon de l’ancien programme fédéraliste du peuple tchèque. Palatsky et Rieger, qui exagèrent beaucoup trop l'influence de la noblesse et ne connaissent pas assez les plans du Gouvernement et la politique extérieure de la dynastie, livrent la nation à la noblesse. Méfiant tout d’abord à son égard, ils ont maintenant en elle trop de confiance après l'échec de leur programme fédéraliste. La nation alliée ainsi à la noblesse s’approprie la tactique des nobles et aussi leur politique conservatrice contre les Allemands libéraux et centralistes. Elle les suit dans leur tactique de la résistance passive, inaugurée à l’exemple des Magyars, jusqu’en 1879 où la résistance est brisée et où les Tchèques s’avouent vaincus. En face du dualisme, les Tchèques dressent donc le programme du trialisme, du droit historique de la Bohême. La noblesse y poursuit son propre but, les privilèges de classe ; les Tehèques au contraire, dont le but politique est au fond tout autre que celui de la noblesse, espèrent conquérir à l'aide des nobles la même place qu'a la Hongrie. Telle est la situation politique en Bohême, amenée en 1867 par la conclusion du Compromis austro-hongrois. Telle est aussi le programme politique défi-

nilif, que les Tchèques ont conservé jusqu’à l'époque actuelle.

Le programme trialiste fut formulé déjà au lendemain de la

Conclusion du Compromis, lorsque les prendre pl

Tchèques refusèrent de ace dans le Reichsrat de Beust. Dans la Diète de

Prague, Rieger l’a exprimé très nettement le 27 février 1867, lorsqu'on discutait une adresse qui devait protester contre le dua=

lisme. Cette protestation eut lieu avant le vote même de la

Constitution de 1867. Après qu’elle fut votée, l’irritation des

Tchèques grandit ; ils acceptent définitivement ce programme et

persistent désormais dans la voie une fois indiquée. On peut critiquer ce nouveau Programme tchèque. 1] corres-

pondait très peu à la réalité à l’époque où il fut créé, il corres-

pond mal à la réalité de} la situation actuelle. Il répond excel-

lemment aux désirs et aux rêves des Tchèques, mais pris

conséquemment jusqu'aux moindres détails, il n’a pas de sens

pratique et réel. On ne peut sérieusement songer à l’établissement d’un Etat tchèque si un tiers de la population du pays est

résolu de le combattre à tout prix et de ne l’accepter jamais en

droit. C’est faire preuve de l'ignorance que Bohême à la Hongrie. C?

vouloir comparer Ja est oublier le résultat de plus de trois siècles d'histoire, la Montagne Blanche, Marie-Thérèse, le Parlement de 1848. La simple observation de la situation de deux

peuples, en 1864, attestent la différence de leurs conditions, différence qui existait dans le passé et qui se présenta à l'heure du Gompromis avec une force irrésistible. La politique du droit

historique, les Tchèques la menaient depuis sans se lasser, mais sans avoir beaucoup réussi. Elle procède (l’une illusion, respectable parce qu’elle est patriotique, mais qui n’en est pas moins

décevante et dangereuse (1).

(1) L. Eisenmann, 0. c. E, Denis, 0. c.

Toute la nation, la noblesse en tèle, revendique donc une situation indépendante comme celle de la Hongrie. Le peuple y voit l’unique solution du problème autrichien. Le droit d'Etat devint une sorte de dogme intangible ; toutes les manifestations et les discours sont empreinte d’un mystique enthousiasme, provenant de ce programme très peu conforme à la réalité. Les querelies des Allemands et des Tchèques deviennent plus âpres parce queles Allemands voient dans cette attitude des Tchèques une attaque contre leur hégémonie el même leur existence. En Bohême, dans les journaux et dans les réunions, on discutait la réorganisation de l'Autriche sur la base trialiste et l'on élaborait déjà les projets du futur Compromis austro-tchèque. La politique de la résistance passive, inaugurée en 1863 au Reicherat, con!inue.

Les partis politiques en Autriche se divisèrent en deux groupes: les partisans de la Constitution el ses adversaires ; les premiers étaient des Allemands, les secondsétaient toutes les autres nationalités, une partie des Allemands conservateurs, et surtout les Tehèques et les Polonais. La majorité allemande dans la période de 1870 était impuissante à cause des querelles intestines. Les Tchèques refusèrent de paraître au Reichsrat et en même temps ils combattaient violemment le nouveau régime. Le ministère des roturiers formé après lé Compromis se trouva ainsi aux prises avec des difficultés énormes. Enfin le Reichsrat perdit toute force morale et réelle lorsque les représentants du Tyrolle quittèrent ainsi que ceux de la Bukovine et les Polonais avec les Slovènes. Finalement, la question tchèque et la résistance du

peuple de Bohême amenèrent la chute du ministère et la néces-

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