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sité de négociations en vue de laréconciliation avec les Tchèques. Du reste, la politique extérieure n’y était pas sans influence. Les plans à l’extérieur poussaient le gouvernement à la conciliation avec les Tchèques.
Le comte Pototsky forma le nouveau ministère et se prépara immédiatement aux négociations avec les chefs du peuple tchèque. Peut-être le gouvernement avait-il l'intention de réserver en Cisieithanie, aux Tchèques, la situation que les Magyars avaient concédée aux Croates en Transleithanie. Mais on ne voulait entrer en négociations avec les Tchèques qu’à la condition d'abandonner la politique de passivité et d’entrer au Parlement. Les Tchèques, aveuglés par leur passion et l’intransigeance, espérant un succès inévitable dans la voie qui avait sauvé la Hongrie, s’y refusèrent. En outre, ils voyaient bien l'échec complet de centralistes et l'incapacité dans laquelle ils se trouvaient d'introduire une vie politique normale dans la monarchie. Les difficultés des Allemands centralistes les consolidaient dans leur intransigeance. Dans la Diète de Prague ils votèrent une adresse, puis une seconde, où ils donnèrent les motifs de leur refus et précisèrent à la fois leur programme du droit historique. La mission de Pototsky échoua donc. Il donna sa démission en novembre 1870.
Dans le ministère de Hohenwart, successeur de Pototsky, deux départements ministériels importants, l’Instruction publique et la Justice, furent confiés aux Techèques, Jiretchek et Habietinek. Le ministère prit le gouvernement peu après la proclamation de l'Empire allemand à Versailles.
Le gouvernement songeait sérieusement à donner satisfaction
aux Tchèques. La Prusse était triomphante et la dynastie comprenait plus nettement que par le passé la force que lui offrirait contre iés ambitions prussiennes le dévouement des Slaves, et désirait donc une réçonciliation avec eux, aussi sincèrement qu'elle avait, quelquëés années plus tôt, poursuivi une entente avec les Magyars (1). Les Allemands, au contraire, grisés de victoire des Hohenzollern, espéraient plutôt un gouvernement centraliste que celui de Hohenwart qui avait pour tâche de
donner satisfaction aux Tchèques. Ils déclarèrent au ministère une guerre à mort.
Eu dépit de l'hostilité des Allemands, le gouvernement prépara une sorte de Compromis avec les Tehèques. Les chefs de la politique tchèque y prirent part. Le Parlement qui avait une majorité centraliste fut dissous et les nouvelles élections donnérent une majorité de deux tiers au gouvernement. Le 12 septembre 1871, l’empereur signa le fameux rescrit impérial dans lequel il reconnaissait formellement les droits de la Bohême et s’engageait à les observer.
Une nouvelle Diète de Prague devait élaborer le projet définitif du Compromis. Un comité de trente membres fut constitué au sein de la Diète. En réponse au rescrit impérial, il proposa une adresse au souverain et un projet de loi sur les nationalités, un nouveau système électoral pour la Bohême et enfin, ce qui était le plus important, un projet de nouvelle Constitution en dix-huit articles nommés « articles fondamentaux »,
Les arlicles fondamentaux devaient régler la position indépendante du royaume de Bohéme, ainsi que ses relations avec
(1) E. Denis, 0. c.
(Nes
les autres pays de la Cisleithonie et avec la Hongrie. Tout d’abord les Tchèquesreconnaissent le Compromis austro-hougrois comme valable et acceptent le ministère impérial commun, la communauté des affaires pour les diverses parties de la monarchie, reconnaissent l'institution des délégations établies par le Compromis austro-hongrois dans lesquelles ils revendiquent quinze mandats pour la Diète de Prague.
Pour la Cisleithanie, les articles fondamentaux acceptent la communauté de la Bohême et de l’Autriche dans les affaires commerciales et douanières, les impôts indirects, les communications, chemins de fer, postes et télégraphes, dans les affaires
militaires et financières, la dette publique. Pour pouvoir légiférer
. sur ces affaires, il sera créé un corps législatif formé des délégués
des Diètes des pays. Pour toutes les autres affaires, la Diète de Bohême a une compétence illimitée, l'instruction surtout, la justice et l'administration intérieure lui reviennent. Le pouvoir exécutif comprendra des ministres pour la Cisleithanie anxquels seront adjoints les gouverneurs des pays, qui auront le rang de ministres des pays. Mais pour le pouvoir exécutif, la Bohème devait avoir une situation particulière, Le pouvoir exécutif impérial n'aurait pas le droit d'intervenir en Bohême. L'application des lois, même de celles votées dans le corps législatif commun et concernant les affaires communes, ne pouvait être faite que par le Ghancelier de Bohème, qui, comme d’autres gouverneurs de divers pays dans les provinces correspondantes (car le projet s'étend sur toutes les autres provinces
autrichiennes), a la mission d'appliquer les lois de la Diête de
Prague.
La Bohême veut contribuer aux dépenses communes de la Cisleithanie par le système de quote-part déterminé par les délégués des Diètes. Enfin, un Sénat seraétabli composé de membres héréditaires et de membres nommés par l’empereur d'après des listes présentées par‘les Diètes. Ce Sénat aura le rôle d'un conseil du gouvernement ; il doit examiner et approuver les traités de l'Etat avec l’étranger et préparer les projets de la revision constitutionneile sans pouvoir toutefois toucher à la Constitution nouvelle de la Bohême. En même temps, la Diète de Moravie se réunit et vola aussi une adre:se dans laquelle elle adoptait entièrement les articles fondamentaux et se déclarait sotidaire de la Bohème, décrétant ainsi l'ancienne communauté des pays de la Couronne de Saint-Venceslas.
Tel est dans ses traits essentiels le Compromis austro-tchèque ou les articles fondamentaux. On voit tout de suite que les articles fondamentaux ne sont pas l'expression du programme politique invoqué à celte époque par les Tchèques. La Bohême ne devenait nullement l’égale de la Hongrie. Il n’y a rien du trialisme dans ce projet, c'est bien plutôt le principe fédéraliste qui y est appliqt é. Les Tchèques n'avaient pas de forces suffisantes pour obtenir une indépendance complète. Ils étaient forcés de faire des concessions et ainsi au moment même où en théorie ils invoquaient le droit historique, ils étaient prêts à accepter un fédéralisme assez vague et peu défini, Ce sont l’ancienne incohérence, hésitation et manque de logique, qui caractérisent toujours leur politique.
En outre, les articles fondamentaux cachaient des vices très
sérieux. Îls étaient incomplets. La situation des autres pays au-
trichiens n’était pas précisée dans le projet, on ne savait si les autres Diètes devaient être égales à la Diète de Prague, s’il y aurait encore d’autres chanceliers et des ministres des pays à côté de celui de la Bohème. Tout cela prétait à la critique et contribua à l’échec du projet. Le système d'organisation que les articlés proposaient était extrêmement compliqué et il est difficile de ne pas éprouver quelque scepticisme à l'égard de son fonctionnement.
Contre le projet s’élevèrent tout d’abord les représentants de l'unité dela monarchie, épouvantés de la confusion créée par la nouvelle organisation, puis les Allemands que la nouvelle Constitution rejetait dans une situation inférieure. La situation extérieure de la monarchie se changea depuis et, à l'intérieur, toutes les anciennes coalitions contre les Slaves entrérent dans une Jutte acharnée contre eux. Dans cette situation, ils auraient agi sagement en limitant et surtout en simplifiant leurs revendications. Mais par une aveugle obstination, les Tchèques refusèrent la moindre concession de forme. À
Tout cela entraîna l'échec du projet. Les Allemands centralistes entamèrent une campagne contre le ministère. Ils excitèrent aussi les Magyars contre le projet et ceux-ci proclamèrent qu'ils ne voulaient rien avoir de commun avec une Autriche slavisée et qu'ils feraient tout pour empêcher celte transformation. La fureur des Allemands contre le projet était sans bornes. Enfin Bismarck lui-même leur préta son appui, décida le roi de Saxe à faire un voyage à Vienne, oùils’efforça d'obtenir un changement dans la direction de la politique.
L'empereur, qui avait tout d’abord l'intention de faire des
as. SGD
concessions aux Tchèques, ne put résister à cet assaut combiné. Le projet fut abandonné. Le ministère de Hohenwart se retira. Dans un rescrit, l'empereur proclama que la revision constitutionnelle ne pouvaits’effectuer que par le Reichsrat central ; les. Tchèques étaient donc invités à envoyer les délégués de la Diète au Parlement. Dans une adresse ên réponse au rescrit impérial, les Tchèques refusèrent de nouveau nettement de paraître
au Reichsrat et décidèrent de continuer leur politique de la ré-
sistance passive.
Il. — Le ministère de T'aaffe et le compromis de 1890.
Le ministère Auersperg. — Taaffe et la fin de la résistance passive. — Les discordes entre les Tchèques. — Les concessions de Taaffe aux Tchèques. — Les vieux et les jeunes Tchèques. — La Victoire des jeunes Tchèques. — Le compromis de 1890. — L'échec du Compromis. — La chute de Taaffe. -- Les luttes politiques après Taaffe.
Le nouveau ministère Auersperg entama immédiatement la lutte contre les Tchèques. La résistance des Tchèques contre le Parlement central devait être brisée à tout prix. L’ère des persécutions brutales et sauvages contre les Tchèques fut ouverte par le gouvernement. La Diète de Bohême fut dissoute et, sous une haute pression gouvernementale dans les groupes des grands propriétaires, de nouvelles élections amenèrent dans la Diète nouvelle une majorité allemande. Les moyens les plus
honteux qu'aucun gouvernement ait jamais employés, pour bri-
PT en
ser Ja résistance de la Diète de Prague, furent employés pour obtenir cette majorité allemande. Les Tchèques, qui refusèrent de paraître au Reichsrat, quittèrent maintenant la Diète de Prague, En Moravie, des procédés analogues aboutirent au même résultat.
Pour en finir d’un seul coup avec la résistance passive des Tchèques dans le Parlement, le cabinet modifia le régime électoral du Reichsrat. On enleva aux Diètes Je droit de choisir les délégués au Reichsrat en établissant un système d'élections directes par une loi, votée le 2 avril 14873 par le Parlement. Le centralisme était donc encore confirmé, car les élections directes étaient l'expression claire de l’uniformité de la Cisleithanie. Le système de Schmerling favorisant les Allemands fut conservé aussi pour le nouveau mode d'élection ; et les élections nouvelles donnèrent aussi la majorité au gouvernement.
Dans une telle situation il était difficile pour les Tchèques de se défendre. L'heure de la défaite de la résistance passive approchait. La presse viennoise menait contre les Tehèques une campagne furibonde, les dénonçait « comme une bande de chiens, un troupeau de loups affamés, une horde d'hyènes qui dérobent les cadavres » ; elle flétrissait leur demande d'introduire l'égalité des deux dialectes en Moravie comme « ün nonsens et une injustice pour les Allemands, si supérieurs en civilisation » ; elle pressait le ministère de ne plus se contenter de demi-mesure et de suivre l'exemple des Prussiens en Alsace et en Pologne. Lasser, ministre de l’intérieur, s’efforçait de la satisfaire (1).
(1)E. Denis, O. c., Il, p. 546.
Le ministère d’Auersperg, s'appuyant sur les libéraux allemands, perdait peu à peu du terrain. Il lui était impossible d'amener une situation satisfaisante à l’intérieur et à l’extérieur; les libéraux s’opposèrent à la politique de l’empereur dans la presqu’ile des Balkans à laquelle les Slaves furent plus favorables. Le,14 août 1879, le ministère ‘tomba et le comte Taaffe prit sa place. Avec lui commença une ère nouvelle dans la politique autrichienne.
En Bohême, les discordes intérieures provoquèrent la division de la nation. Les longues années dela politique passive qui avait pour but de conquérir le droit d'Etat à la Bohême, avaient des conséquences néfastes. Dans leur isolement, les Tchèques faisaient de leur rêve d'indépendance un dogme, une idole. Ceux qui osaient contester sa valeur pratique ou dénonçaient la vanité de telles espérances étaient proclamés apostats et traitres à la patrie. On ne vivait en Bohême que dans ce réve du droit d'Etat, on nese souciait de rien d'autre, on n’examinait les questions politiques qu’à ce point de vue. La critique était devenue une hérésie et la politique du droit d'Etat se changea en. un fanatisme.
Dans cette situation, la politique passive était la politique la plus logique et elle correspondait merveilleusement à l’état des esprits en Bohême. Et pourtant cette politique était pleine d’équivoques et de maladresses. Le droit d'Etat est une illusion respectable et une espérance très légitime. Mais elle n'est qu’une espérance, Les événements ont montré que ce programme est dépourvu de tout sens pratique. Il ne serait peut être pas exact de
le condamner a priori et de faire de cette condamnation un
principe, mais il est ridicule de le poser comme une condition sine qua non de la vie politique. Dans les luites politiques il n’y a jamais que ceux qui ont le sens de la réalité et du possible qui triomphent. La politique du droit d'Etat était donc fatalement vouée à l'échec. Nous avons déjà montré combien il était absure de vouloir établir un Etat contre la volonté et en dépit de toutes Les protestations d’un tiers de la population, Les Allemands de Bohême n’accepteraient pas la situation subordonnée, quelque sincères que fussent les garanties que les Tchèques leur offraient contre l'oppression et l'injustice de leur part.
Le droit d'Etat qui passa au premier plan en 1867 n’était qu'une devise, dans laquelle se cachaient les plus hautes espérances, « un de ces mots cabalistiques qui s'imposent aux masses avec une irrésistible puissance », mais ce n’était qu'un mot. Ceux mêmes qui l’invoquaient, crurent nécessaire de le maintenir en théorie et d’ajourner son exécution à une époque indéterminée. En 1871, les nobles qui dressèrent les premiers le drapeau du droit d'Etat n'avaient pas osé préciser leur but et les articles fondamentaux, élaborés par les partisans fervents de ce droit, ne contensient presque rien de ce principe. Les articles étaient conçus plutôt dans le sens fédéraliste. Et encore ce projet, où le droit d’Etat avait une place si restreinte, tomba--t-il devant les hostilités et la fureur de tous les ennemis des Slaves à l’intérieur et au dehors. Un politicien avisé qui sait se rendre - compte de la véritable situation et sait apprécier toutes les forces favorables et hostiles à ses plans, devait se décider à abandonner ce programme du tout ou rien. Après de longues luttes,
les Tchèques ont enfin compris cette nécessité.
Le parti de Jeunes Tchèques, qui se rattachaient par leur origine à Havlitchek, un peu plus libéraux et plus radicaux que les Vieux Techèques, furent les premiers qui commencèrent à combattre la politique passive. Cette politique produisit, comme nous l'avons dit,‘une atmosphère insupportable qui pesait lourdement sur tous. Et lorsque Taaffe Yéussit à gagner le concours des nobles, lorsque la cour commença sa politique dans les Balkans et eut besoin du concours des Slaves contre les libéraux allemands hostiles à cette politique, ce qui força le cabinet à se montrer conciliant à l'égard des Tchèques, ceux-ci se résolurent à capituler. Le 23 septembre 1879, les députés tchèques rentrèrent au Parlement, pour prendre part à ses travaux.
Les concessions, accordées par le ministère Taaffe aux Tchèques en compensation du retour de leurs représentants au Parlement de Vienne, étaient très maigres : l'entrée au ministère du chef des Tchèques de Moravie, Prajak, uu passage du discours du trône parlant des convictions respectables des députés tchèques et quelques promesses vagues sur l'égalité de droits des nationalités. Dès lors, Taaffe était forcé de gouverner avec la droite, qui comprenait les Tehèques, les Polonais, les
Slovènes et les Allemands cléricaux. Contradiction étrange : le
cabinet gouvernait avec l'appui des partis qui étaient nettement.
hostiles à la Constitution contre ses fervents partisans, les centralistes allemands. Taalfe voulut donner un gage de sa sym= pathie aux Tchèques. Il proclama l'ordonnance du 49 avril 1880 concernant l'égalité des peuples et deslangues. Mais les Tchèques ne furent pas satisfaits : l'ordonnance, loin de proclamer l'éga -
lité du tchèque ct de l'allemand reconnaissait encore officielle-
ment l’allemand comme langue du service intérieur. Mais enfin c'était un progrès qui fut bientôt suivi par la fondation d’une université tchèque à Prague, et par une réforme électorale qui, bier que peu herdie, atténua néanmoins les abus les plus graves du régime électoral antérieur.
En dépit de toutes ces concessions, les Tchèques n’étaient pas contents. Ils avaient obtenu beaucoup, mais l'injustice pesait encore toujours sur eux et ils restaient toujours très loin du but final : l'indépendance de la Bohême n'était toujours qu’un rêve. En outre, les discordes entre les Vieux et Jeunes Tchèques s’envenimaient. À mesure que son influence dans la monarchie augmentait, la nation devenait plus combative, plus radicale. Les deux partis étaient déjà en lutte à propos de la résistance passive. Plus tard, ils se réconcilièrent mais les radicaux étaient très peu satisfaits de la politique et des succès incomplets des Vieux Tchèques à Vienne. Les causes de ce mécontentement sont multiples. La politique des Vieux: Tchèques qui, tout d’abord, avait été une politique du tout ou rien, devient une politique de compromissions. Pendant un quart de siècle, les Vieux Tchèques avaient l'alliance avec la noblesse et le clergé, et ces deux partis les forcaient d'accepter les mesures cléricales et rétrogrades qui déplaisaient fort à la nation tchèque, au fond très démocratique. C’est surtout à cause de cette alliance qu’ils perdirent peu à peu toute influence dans le pays.
Taaffe était du reste très peu disposé à faire aux Tchèques de sérieuses concessions qui amèneraient une rupture ouverte entre Jui et les libéraux allemands. En outre, la Couronne ne voulait
famais aller au delà de certaines limiles dans les concessions
aux Tchèques pour ne pas compromettre l’unité de la monarchie. Taaffe donc pencha plutôt du côté de la gauche.
Les résultats de la politique de Taaffe ne contentèrent donc pas tous les Tchèques. Ils voulaient obtenir davantage en récompense de l'appui que les députés Vieux Tchèques prétaient au cabinet. Les Allemands par contre, qui, depuis 1848, voyaient dans chaque concession accordée aux Slaves une attaque contre leur existence, s’opposaient aux concessions accordées aux Tchèques et augmentaient encore leurs propres exigences. En face des revendications des Tchèques concernant l'égalité nationale, ils proposèrent au Parlement que la langue allemande fût déclarée langue d'Etat en Autriche. A la Diète de Prague, ils demandèrent que la Bohême fût divisée en territoires allemands, d’où la langue tchèque serait bannie, et en territoires tchèques, où la langue allemande serait toujours langue officielle.
Les Tchèques, qui défendaient l’unité de la patrie comme conséquence de leur principe du droit historique, ne songèrent pas un seul moment à faire de telles concessions d’autant plus qu'il n'y a pas un seul arrondissement en Bohême qui soit exclusivement allemand. Contre ces prétentions, le radicalisme tchèque pouvait naturellement trouver un appui dans les masses du peuple tchèque qui se lassait de la politique peu ferme des Vieux Tehèques; car ceux-ci menés par l'aristocratie étaient devenus un parti gouvernemental sans toutefois en tirer des profits qui eussent été de nature à contenter le pays irrité. Les Jeunes Tchèques réclamaient donc un changement de taclique. Dans les élections à la Diète de- Prague, en 1889, les électeurs
leur ont donné raison et désapprouvaient en même temps la
politique conservatrice des Vieux Tchèques. Les élections furent un triomphe pour le parti d'opposition, pour les Jeunes Tchèques et un désastre pour les Vieux Tchèques. La moitié des députés de ces derniers ne fut pas réélue.
La lutte entre les Tchèques et les Allemands en Bohème était non moins vive. Les Allemands avaient perdu déjà, en 1883, la majorité dans la Diète. Tous les essais de conciliation avaient été vains, car les exigences des Allemands élaient exorbitantes el au lieu de les apaiser elles indignèrent les Tchèques. En 1886, les Allemands s'abstinrent de sièger à la Diète de Prague lorsque celle-ci eut rejeté leur proposition de diviser le pays en territoires allemands et tchèques. Depuis, la lutte sans merci entre les deux races sévissait sans interruption. Maintenant Taaffe, suivant les désirs de la cour, entama de nouveau les négociations pour amener l'entente entre les deux peuples. Les Vieux Tchèques, menacés partout par les Jeunes Tchèques et ayant subi des pertes considérables dans la Diète, voulurent remporter quelques succès. Au lieu de suivre le mouvement populaire en Bohème, ils persistèrent dans leur alliance avec la noblesse et dans leur tactique antérieure de la politique gouvernementale. Invités par Taaffe à négocier avec les Allemands, ils accueillirent cette proposition favorablement. Ces négociations, qui provo-
uèrent une crise dans la nation, sont connues sous le nom de
- « Ponctuations » ou Compromis de 1890.
Les questions sur lesquelles l'entente avait été faite dans le
Compromis furent les suivantes : La composition du Conseil su-
périeur de l'instruction publique de la Bohême, la division du Conseil d'agriculture du pays, les écoles pour les minorités Benès 18
tchèque et allemande, l'établissement d'une Chambre de commerce dans l'Est de la Bohême, la revision du système électoral pour les chambres de commerce, la division de la Cour d'appel de Prague, les règles de la nomination des juges pour la première instance, la question de langues, l'emploi des langues dans l'administration communale, Yétablissement des curies nationales et la réforme du système électoral (1).
Le Conseil supérieur de l’instruction publique était divisé en deux sections, tchèque et allemande ; chaque peuple pouvait ainsi régler à lui seul les questions concernant ses propres écoles. Les deux sections réunies avaient la compétence pour les affaires communes, à toutes les écoles en Bohême et pour l'établissement des écoles de minorité, qui, une fois établies, étaient attribuées à la section correspondante. Une école de minorité serait établie et entretenue aux frais du pays dans les communes qui compteraient quatre-vingts enfants d’une autre nationalité en Âge de recevoir l'instruction et dont les pères seraient domiciliés dans la commuue depuis trois ans et exigeraient pour leurs enfants l’enseignement dans la langue maternelle.
Le Conseil supérieur d'agriculture serait aussi divisé en deux sections, tchèque et allemande, qui se réuniraient aussi pour traiter les questions communes. Pour le reste, chaque section serait souveraine. Les circonscriptions judiciaires et adminis-
tratives étaient modifiées de manière à grouper autant que
(4) A.Srb : L'histoire politique du peuple tchèque. —M. Menger: De bühmnische Ausgleich.
tale
possible soit lés communes tchèques seules, soit les communes allemandes. Leur nombre devait être augmenté pour que cela fût possible, La Cour d'appel de Prague, elle aussi, était divisée en deux sections, tchèque et allemande, vingt-six conseillers devaient connaître les deux langues, les quinze autres l'allemand seulement. L'emploi des langues devant les tribunaux inférieurs devait être réglé aussitôt après la division des circonscriptions et l'ordonnance de Taaffe, de 1880, devait être révisée. L'emploi des langues dans l’administration communale devait être réglé dans la prochaine session de la Diète. Enfin une des réformes les plusimportantes, le Système électoral devait être modifié. Le gouvernement devait présenter devant Ja Diète dans la plus prochaiue session, le projet de la réforme électorale concernant Ja curie deg grands propriétaires et ensuite le projet de la réforme générale. À Ja place des curies des villes et des communes rurales, deux nouvelles curies devaient être établies, la curie tchèque et la curie allemande, Les députés des Chambres de commerce devaient entrer dans une des deux curies, La curie des grands propriétaires était maintenue. Chaque curie
avaitle droit de veto pour toutes les questions concernant la Cons-
titution de la Bohême, du système électoral et l'emploi des
langues dans l'administration Communale et dans les établissemen!s de l’enseignement où la division n'était pas réalisée. Tels sont les traits généraux des onze articles du Compromis, Dans la situation où se trouvait la nation tchèque, cette œuvre, à laquelle les Vieux Tchèques donnèrent leur assentiment, ne pouvait que provoquer le mécontentement et l'indigunation, Tout
cela était bien loin de la reconnaissance de l’indépendance de la
Bohème, de l'égalité des langues et des deux nationalités. L'unité du royaume était brisée, un territoiré intangible reconnu aux Allemands, qui y étaient les maîtres absolus, la Moravie et la Silésie Abandonnées complètement, le Compromis n'en soufflant mot. Dans les districts allemands, le Tehèque n'avait aucun droit, dans les districts tchèques l'Allemand était égal au Tehèque ; les minorités tchèques étaient abandonnées
dans les régions allemandes, la domination des Allemands à
jamais assurée.
Les Allemands étaient fort contents (1) du résultat du Compromis. Les Jeunes Tchèques au contraire, qui n'avaient même pas été invités à prendre part aux négociations, déclarèrent les Ponctuations inadmissibles et soulevèrent dans les masses une véritable tempête. L’indivisibilité absolue du pays et l’éga-
lité complète des deux nationalités sous condition d'une pleine
(1) Le député Plener, chef des centralistes allemands, proclama : Wir glauben, dit Deutchen in Rechmen werden nicht unzufrieden sein. Die Mehrzah! unserer Forderungen ist bewilligt, die Sprachenfrage zwar nicht definitiv geregelt, allein der Boden hiefür erheblich gebessert und wir haben hierin nichts von unseren Principien vergeben. Die Ergebnisse der Conferenz sind nicht blossein Erfolg der Deutchen in Boehmen, sie sind eine Kraeftigung aller Deutschen in Oesterreich. Als vor seit Jahren die nationale Teiïlung einzelner
Verwaltungs — und Gerichtskoerper verlangten, da rief man uns von Seiten der Merheit und der Regierung entgegen : Niemals! Niemals würden sie in Maasregeen willigen ; welche die Einheit der Vervaltung des Kænigreichs angreifen würden, niemals würden sie ein deutsches Sprachgebiet rechtlich anerkennen. Heute haben die Regierung und die Führer der Landtagsmerheit ihren Widerstand aufgegeben und die Grundsaetze anerkannt, die wir werfochten und die sie bekaempft hatten.. Srb. o, c., 780.
autonomie du pays, tel était leur programme, qui constituait pour eux un dogme intangible et auquel ils seraient disposés à la rigueur de resteindre leur programme du droit historique.
Les Jeunes Tchèques, soutenus par les masses, s’efforcèrent d'empêcher le vote du compromis. Et lorsque dans les élections au Parlement de Vienne, en 4891,les Vieux Tchèques furent écrasés et ne sauvèrent que deux mandats, le Compromis fut définitivement enterré.
Le gouvernement et les Allemands s’efforcèrent de réaliser à tout prix, même par la violence, le Compromis. La Bohème était presque dans un état révolutionnaire. La nation entra tout entière dans l'opposition, une ére du radicalisme antidynastique et antiallemand commenca, l'état de siège fut proclamé à Prague, les luttes nationales secouèrent le pays plus que jamais. Comme les luttes nationales étaient des luttes de la Bourgeoisie, des classes moyennes, Taaffe n’ayant pas réussi, à écarter les querelles des deux peuples par leCompromis, supposa que les haines nationales, moins dures et moins venimeuses dans les classes inférieures, seraient apaisées par l'entrée de ces classes dans la vie publique. Il proposa au Reichsrat une réforme électorale, qui entraina sa chute.
Depuis le Compromis de 1890 jusqu’à l'établissement du suffrage universel, les Tchèques continuèrent leurs luttes contre les Allemands. Les concessions faites aux Tchèques sous le ministère Taalle avaient exaspéré les Allemands ainsi que les Tchèques qui les considéraient commeimcomplètes. Les deux peuples furent radicalisés, les haines et les passions nationales plus que
jamais déchainées. La période de 1891 à 1897 est une ère de
luttes acharnées et confuses, où le Parlement perdit tout son prestige et toute son influence morale. Les Tchèques complétèrent leur organisation, les Allemands trouvèrent un appui dans les agitatious pangermanistes. Sous le ministère Badeni, qui voulait continuer la politique de Taaffe, les Tchèques reçurent en récompense, pour le vote du compromis austro-hongroi*, de nouveaux droits pour leurlangue. Les Allemands s’indignèrent et commencèrent l’obstruction.
Le successeur de Radeni, le baron Gautsch, abrogea les ordonnances concernant, les langues accordées aux Tchèques, et ce fut alors leur tour de commencer l'obstruction. Le Parlement étant impuissant, le gouvernement faisait usage de l’article 14, le parlementarisme n'existait en réalité plus. Tous les tentatives Pour la conciliation des deux peuples furent vaines. L'Autriche tout entière souffrait sous ce régime. La situation était insupportable. Il fallait à tout prix chercher la solution da problème. Après de longues hésitations et résistances de la part des conservateurs, la cour, pressée par la nécessité du vote du Compromis austro-hongrois, et forcée par les manifestations rigoureuses et les menaces de la classe ouvrière, se décida à employer le dernier moyen possible : elle accorda en 1907, aux
peuples autrichiens, le suffrage universel.