D'après le rapport de M. Maurice Shanz, au Congrès Inter
naticral du Coton. Paris, 1908.
L'école de Nuatja et le jardin d’essai furent achetés au Comité, en 1908, par le Gouvernement impérial du Togo et, à partir de cette année, l'Administration se chargea seule de la distribution des graines.
En vendant son école d'agriculture au Gouvernement, le comité se conformait à ses principes, de céder aux colonies des travaux préalables contre remboursement de leur valeur dès que les intéressés directs sé déclaraient prêts à les reprendre, et garantissaient que les entreprises serviraient par la suite et d'une façon permanente à la culture du coton.
La méthode suivie paraissait être la bonne. La production était portée en 1907 à 1691 balles de 200 kilos de fibre contre 1.205 l’année précédente, soit une augmentation de plus de 40%. Le chemin de fer Lomé- Atakpamé allail être bieniôl achevé et les contrées du nord ouvertes à l'expansion de la culture. Un essai fait près de Lokode avec une variété indigène, le Gossypium néglectum, produisait 430 kilos de coton brut à l'hectare.
En vue d'obtenir de plus grandes quantités, le Comité continuait à porter son principal effort sur le remplacement de la houe par la charrue dont le rendement étaitestimé supérieur à près de 50%. On se heurta à la routine et aux habitudes ancestrales des noirs, aux difficultés de dressage et d'emploi des animaux de trait. Le résultat ne répondit pas au premier espoir et on constata que le progrès ne serail obtenu avec les noirs qu'au prix d'efforts très longs et méthodiques. Le Togo possédait dès 1909, 38 stations d’égrenage, dont 14 avec force motrice et 27 avec groupement d’égreneuses à main, donnant une totalité de 450 égreneuses (in):
1. Les usines à force motrice étaient la propriété de la Société
Les usines d’égrenage installées dans les régions de production s’avançaient d'étapes en étapes vers l’intérieur et servaient au développement de la culture. Elles étaient chacune un centre de marché en gros. De plus, l'installation de marchés en gros là où l’usine d’égrenage n'existait pas encore épargnait aux indigènes un très long trajet souvent jusqu’à la plus proche station d'égrenage et de fait stimulait davantage la production. En effet, les indigènes ne vendaient individuellement que de petites quantités allant de 3 à 20 livres et ne méritant pas un long veyage. D’après les coutumes indigènes, le coton appariient aux femmes et enfants qui le cueillent : ceux-ci préfèrent le vendre en petites quantités, car ils se figurent avoir, de cette façon, un plus grand bénéfice.
L'espoir d’un résultat industriel par la culture indigène sans irrigation n'empêchait pas d’étudier la question de l'irrigation. Des essais de culture par irrigation étaient expérimentés sur les bords des fleuves Mono, Oti et Volta. Il fut constaté que la variété Togo Sea Island croissait avec plus de succès en champs irrigués ou encore dans les terrains bas.
D'une manière générale au Togo on ne détuisait pas annuellement les tiges de coton comme cela se fait en Egypte et dans l'Amérique du Nord; on les récolte au contraire vivaces pendant plusieurs années. La question se pose de savoir si cette méthode est pratique et économique, dit le délégué allemand au Congrès international cotonnier de Bruxelies (1910), ear il se peut que le coton. d'une seule et même tige devienne la deuxième et troi-
de plantations Kpeme à Berlin, de la Société allemande de Togo à Berlin, de la Société Vietor et Freese à Brême, du Gouvernement et du Comité colonial.
sième année de valeur moindre qu'à la première année de récolte et qu’alors on préfère le coton d'un an.
De fait, les filateurs allemands s'étaient plaints en 1910 d’un mouvement rétrograde de la qualité du coton du Togo; sa pureté en comparaison des années précédentes laissait à désirer, la couleur se détériorait, l’ensemble était disparate et moins fort. On crut trouver la raison de ces défauts, d’une part, dans le fait de récolter plusieurs années de suite sur la même plante, d’autre part, on expliqua le mouvement rétrograde de la qualité comme étant la conséquence de croisements de graines impropres au climat el au sol : les diverses variétés mürissent à des époques inégales et donnent des fibres disparates, longues et courtes, faibles et fortes, mais qui sont toutes traitées de la même manière à l’égrenage. Les expériences de culture bisannuelle au Soudan et en Nigeria ont souvent donné de bons résultats, mais il est possible que la qualité décroisse à partir de la troisième année, lout au moins au Togo.
À partir de 1908, sur la demande du Gouvernement impérial, le Comité colonial limita son action à l’établissement de nouvelles stations d'égrenage et centres d'achat, à l'obtention de garanties de prix d'achat et à la concession de moyens de iransport.
Le gouvernement prenait à sa charge l’enseignement professionnel dans les stations-écoles, l'établissement des champs d'expérience, l'obtention des semences, le triage des graines, etc.
Le Comité colonial travaillait en collaboration avec le Gouvernement à l'amélioration des moyens de trans- | ports ; suppression du portage, emploi des animaux de trait. C'est lui qui, dès 1905, avait déterminé le tracé dela ligne Lomé-Palimé. Il construisait des hangars dans les
centres d'achat et assurait le transport des marchés à l’usine d’égrenage.
Le délégué allemand au Congrès international cotonnier de 1911 à Barcelone s’exprimait ainsi : «Au Togo, la culture du coton est demeurée jusqu’à présent, en raison des circonstances locales, une culture indigène, exploitée sur une petite échelle. On croit avoir déterminé maintenant, après de nombreux essais, les meilleures qualités pour la culture locale ; dans le sud de la colonie on cultive la qualité Sea Island indigène; au centre la qualité américaine Upland et au nord, une qualité originaire de l'Inde orientale anglaise. L'avenir de la culture du coton dans nos colonies dépend principalement du choix de qualités convenables à chaque district et la solution de ce problème sera probablement différente pour chaque région. La généralisation est également dangereuse en Afrique. Cependant, après avoir déterminé une fois pour toutes les qualités convenables, on ne devrait employer dans chaque région que la graine qui y est produite. »
Délaissée de 1914 à 1922, la culture du coton au Togo se développe maintenant avec rapidité. quoiqu’elle soit restée primitive, familiale et pratiquée en association avec les cultures vivrières.
Dans les cercles du centre d’où l'évacuation vers la côte est assez facile, les chefs de canton ont été avisés par l'administration qu'ils aient à faire procéder dans chaque village à la culture cotonnière. Les plantations scolaires constituent quelques champs d’expériences où les jeunes élèves sont journellement initiés à tous Îles
ÿo LE PROBLÈME COTONNIER
travaux agricoles. Une ferme école a été créée à Anecho.
La surface plantée en coton en 1924 était d'environ 10.000 hectares dans les cercles du centre du territoire et il sera très probablement triplé en 1927. La récolte par hectare est de 80 à 100 kilos de fibres, supérieure à celle du Dahomey et surtout du Soudan (1). Cette moyenne permet d’escompter un rendement très supérieur le jour où une culture rationnelle avec labours profonds à la charrue, hersage, binage et engrais pourra être établie. Une culture en dry-farming par des noirs des Etats-Unis du Sud, sur de petites fermes de 30 à 5o hectares semblables aux fermes cotonnières américaines donnerait des rendements égaux à ceux du Texas sur une bonne partie de la colonie.
Six usines d’égrenage fonctionnent actuellement. La sélection des graines à la sortie des usines est régulièrement poursuivie : deux agents européens sont exclusivement employés à la sélection des plantes sur pied ; la quantité des semences distribuées est évaluée à 400 tonnes en 1924.
D'accord avec la Chambre de commerce, le Haut- Commissaire de la République a instauré un régime d'inspection du coton sur les marchés, de façon à interdire l'exportation des lots rouillés ou de mauvaise qua-