QUE
d'irrigation. Ce revenu s’éleva en 1910, à 4.345.000 livres (1).
Aux Indes, où il existe peu de cultures riches, parmi les récoltes habituelles, où la surface cultivée et la nature des cultures varient considérablement (surtout au Punjab) d’une saison à l’autre, le système de taxation est beaucoup plus compliqué. La moyenne est d’environ 30 à 35 francs par hectare irrigué.
Ces chiffres sont d’avant-guerre. L'Inde comme l'Egypte ont depuis lors des charges beaucoup plus lourdes : le prix de la vie a augmenté partout et la valeur des produits agricoles, notamment des textiles et des céréales s’est élevée. Les taxes agraires ont été et seront encore probablement relevées.
En ce qui concerne les travaux du Niger, où l’on aura à évaluer un impôt qui paraisse léger aux colons et en même temps paie les frais d'irrigation et si possible l'amortissement des travaux, le mieux sera, suivant M. Bélime, de s’en tenir à la simplicité de la taxation égyptienne et de prévoir un impôt foncier, qui frappe toutes les terres aménagées. Tout bien considéré, un impôt moyen de 4o francs par hectare semblerait modéré et susceptible de rémunérer le capital engagé en assurant son amortissement.
Il serait à souhaiter, d’après M. Bélime, que les terres soient allouées gratuitement aux colons. Ceux-ci bénéficieront entièrement de l'énorme plus-value foncière rapidement acquise.
C'est, dit M. Bélime, une vue de la question, extrèmement libérale mais qui n’est pas sans danger.La spéculation foncière sera indéniablement favorisée car lorsqu'on
1, D'après le rapport de la mission Bélime au Niger 1920,
paie {o francs d'impôt pour un hectare qui n'a rien coûté, on peut pendant plusieurs années le laisser en friche, si l’on est assuré de le vendre quelque milliers de franes le jour où l’activité du voisin ayant montré les bénéfices que l’on peut tirer du solirrigué en aura pré: cisé la valeur vénale.
Mais, d'un autre côté, le principe de l'adjudication des terres aménagées présente de graves inconvénients.
La vente par adjudication a le grave défaut de frapper le colon d’un maximum de charge au moment où, avec le capital dont il dispose, il doit faire face aux frais de défrichement et d'aménagement des terrains qu'il a acquis.
Il peut en résulter des échecs qui, dans l'intérêt de tous, sont à éviter. Le fait s'est produit en Basse Egypte, où le Gouvernement Khédivial a vendu par adjudication de grandes superficies de terrains salés susceptibles d'aménagement. La plupart des acquéreurs ont échoué, en raison surtout du prix excessif d'achat résultant de la concurrence aux adjudications (1).
Les raisons d’allouer à bas prix les terres aux colons en Afrique Occidentale sont d'autant plus fortes que dans ce pays neuf et encore sauvage, ceux-ci auront à faire venir et installer la main-d'œuvre, à procéder à des constructions et aménagements beaucoup plus diffi. cilement que dans des pays outillés comme l'Egypte. L'apport des matériaux et l'expédition des produits seront grevés de frais de transport élevés. De plus, la culture irriguée exige avec un défrichement complet, un nivellement parfait du terrain qui entraîne à des frais importants.
1. On trouvera les détails de ces questions résumées ici dans le rapport de M. Bélime.
Les disponibilités budgétaires de l'A. O. F. sont loin de permettre un avancement sérieux des travaux. Dans ce pays primitif et en même temps plein d'avenir, les produits des emprunts de la colonie trouveront bien facilement leur emploi dans des dépenses de première urgence comme les routes, les chemins de fer, l’enseignement et l'assistance, les postes, etc...
Etant donné que, si elle est bien conduite, l'irrigation est une entreprise rémunératrice et que, d’autre part, l'Etat est un mauvais industriel et un mauvais commerçant, la solution paraissant la plus logique serait de confier cette entreprise à de puissantes sociétés privées, qui trouveraient dans la perception de taxes et la vente des terrains aménagés la rémunération de leurs capitaux.
Deux modes de vente peuvent être envisagés. Dans un cas, la Société concessionnaire, non seulement ferait les travaux d'irrigation, mais aménagerait complètement l'exploitation ferme par ferme, soit par elle-même, soit par un sous-entrepreneur. Elle construirait de petites fermes de 5 à ro hectares comme en Egypte qu'elle vendrait pour une part au comptant et le solde à terme. Le fermier n’ayant à apporter que le mobilier, cheptel, outillage et mobilier meublant aurait une jouissance presque immédiate et arriverait rapidement à se libérer, mais il paierait de suite la taxe d'irrigation.
Dans le deuxième cas, le terrain serait livré nu et le fermier aurait à sa charge les frais de construction des immeubles d'exploitation et attendrait souvent plusieurs années avant de profiter de son acquisition. Afin de ne pas grever immédiatement de frais d’achat ce nouveau colon, la vente des terrains serait faite à tempérament avec paiements échelonnés sur dix à quinze ans et sans intérêts durant les premières années.
Après le délai d'achèvement des constructions, défrichement et nivellement, c’est-à-dire après trois à cinq ans, il commencerait à payer le prix d'achat et la taxe d'irrigation.
Nous nous plaçons ici dans l'hypothèse de capitalistes européens moyens, faisant exploiter sous leur surveillance et sous une forme à déterminer, par exemple, le métayage, un groupe de quelques fermes par des fellahs introduits d'Egypte, des Kabyles, des Marocains ou des noirs. Ce mode d'exploitation serait peut-être susceptible d’intéresser un certain nombre d’industriels français du textile, qui se procureraient directement leur matière première.
Il y a lieu également de considérer l'exploitation par des sociétés plus puissantes sur quelques centaines ou quelques milliers d'hectares.
En Egypte, l’hectare de terrain de même qualité que celui du Niger, après aménagement des irrigations, est payé plus de 20.000 francs. Les sociétés concessionnaires trouveraient un bénéfice important en vendant les terrains du Niger un prix vingt fois moindre et leurs concessions portant sur plusieurs dizaines de milliers d'hectares, il leur serait loisible d’enrayer les spéculations locales.
La valeur du terrain en Egypte est due au rendement, mais aussi, pour une bonne part, à l'extrême densité de la population entassée sur les rives du Nil. Raison de plus pour attirer, sur le Niger le fellah égyptien.
Ultérieurement et après que le pays sera économiquement organisé avec ses voies ferrées et ses routes, l’impôt foncier au profit de la colonie viendra se superposer à la taxe d'irrigation perçue par la Société concessionnaire, Des droits d'enregistrement faisant profiter
la colonie de la plus-value des terrains entreraient en jeu à partir de la première revente.
On pourrait même prévoir entre la Colonie et les Sociétés concessionnaires des contrats à très longue échéance, de véritables « concessions », en prenant le mot dans le sens du droit administratif, analogues en quelques-unes de leurs parties aux contrats entre l'Etat Français et les Compagnies de chemin de fer ou la ville de Paris ou la Compagnie du Métropolitain, aux termes desquels la Concession ferait retour à la colonie dans des conditions à déterminer.
Il va de soi que l'exécution d’un tel projet exigerait dès le début plusieurs centaines de millions et que seules les banques, disposant de capitaux importants et faisant appel au crédit public, seraient susceptibles de s’y intéresser. Son succès est subordonné en partie à une active propagande coloniale dans la métropole souvent ignorante de ces questions. Ce succès changerait les anciens errements de nos établissements de crédit habitués dans le passé au placement facile des emprunts d'Etats étrangers, moyennant une commission rémuné-
ratrice.
A côté de l'irrigation par gravitéau moyen de barrages et de canaux, la seule permettant d'envisager la mise en valeur de surfaces très élendues, il convient de mentionner l'irrigation par pompage, la seule pratiquée jusqu'ici en A. O. F. et permettant l'irrigation de surfaces restreintes sur le bord des fleuves ou bien sur les points où l’eau est abondante à une faible profon-
deur.
Le pompage est fait au moyen de moteurs à pétrole
ou de machines à vapeur chaufféesau charbon, au mazout, au bois ou autres combustibles végétaux comme, par exemple, la graine de coton.
On conviendra que le charbon, le mazout et le pétrole, à moins de découvertes dans le pays même, resteront pendant longtemps d’un prix trop élevé pour obtenir une irrigation économique. Même en utilisant un combustible végétal à bon marché et pris dans le pays, comme le bois ou la graine de coton, on tiendra compte de l'amortissement des machines et du matériel. Les frais d'irrigation par pompage, avec moteurs de divers genres, resteront coûteux si ce n’est dans les cas où les moteurs seront utilisés à diverses fins, comme l'égrenage, la fabrication d’huile, le sciage du bois, la compression du coton ou des fourrages, etc...
Par contre, le moteur éolien semble présenter au Soudan et au Sénégal un intérêt particulier. L'harmattan ou vent d’Ést fait son apparition et dessèche la végétation dès la cessation de la saison des pluies, alors que l'irrigation devient une nécessité. Il paraîtrait indiqué d'utiliser le vent comme force motrice en A. O.F. Des expériences répétées conduiront à déterminer le meilleur système de moteur à adopter. Les dernières foires d'échantillons en France ont montré des machines puissantes à ailes cylindriques en tôle galvanisée, d’un prix de revient peu élevé et donnant des résultats appréciables par un vent de faible vitesse.