‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 2 sur 69 · broches exigeant 400.000 b · texte numérisé non relu

broches exigeant 400.000 b

Asie Indes Orientales. 5.600.000 broches exigeant 700.000 b. Japon... 3.700.000 F 600.000 b, Chine’: 1.300.000 — 400.000 b.

Amérique Etats-Unis....... 37.000.000 broches exigeant 3.500.000 b. Canada" 0re 700.000 — 200.000 b.

Mexique et Brésil. 500 .000 — 150.000 b.

Ces chiffres ne sont à accepter qu'à titre d'indication. Les statistiques-et le nombre de broches en activité sont variables. De plus l'Asie consomme une part importante de la production dans le tissage à la main.

reste faible, puisqu'elle n’a guère dépassé 16.000.000 de balles durant ces dernières années.

En d’autres termes, si on se base sur la consommation de l'année 1923, consommation aussi importante en 1924, le monde consomme près de 4.000.000 de balles de plus qu'il n'en produit et vit sur des réserves. Au 1 août 1921, les réserves mondiales étaient de 14.000.000 de balles ; au 1% août 1922, elles n'étaient plus que de 9.000.000. Si la consommation continue à être telle, les réserves sont appelées à être très réduites, à moins de récoltes exceptionnellement

productives.

Les Etats-Unis, principal producteur de coton, voient depuis quelques années leur récolte diminuer, surtout par le fait du manque de main-d'œuvre. Les noirs des Etats du Texas, de la Louisiane, du Mississipi et de la Géorgie, jusqu'ici spécialisés dans la culture du coton, sont attirés par les hauts salaires de l’industrie, le bienêtre apparent des villes, et émigrent même dans les villes du Nord.

Les besoins dépassent 21.000.000 de balles. Remarquons que la Grande-Bretagne possède plus de 40 o/o des broches du monde entier avec 60.000.000 de broches. Les Etats-Unis viennent immédiatement après avec 37.000.000 de broches, la France ensuite avec 9.600.000 de broches. Viennent ensuite comme consommateufs importants l'Allemagne, les Indes, le Japon, l'Italie, la Tehéco-Slovaquie, la Chine, la Pologne, l'Espagne, la Belgique et la Suisse.

La consommation française qui, par suite de la crise: économique, n’avait pas atteint800.000 de balles en 1927, est montée à 1.179.000 de balles en 1923 et il ne paraît

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pas exagéré de prévoir en période normale une consommation de 1.300 à 1.400.000 de balles (1).

Les filatures et tissages de coton occupent environ 250.000 ouvriers, Avec les draperies, bonneteries, teintureries el industries diverses, l'effectif des ouvriers travaillant Le coton est d'environ 300.000 ouvriers, Si on ajoute les membres des familles de ces ouvriers, entretenus par eux, les commissionnaires, les ouvriers de la confection, de l’ameublement, etc.., transformant ou travaillant les tissus de coton, il ne semble pas exagéré de dire que l’industrie du coton fait vivre environ un million de Français.

Nous avons vu combien la production était insuffisante par rapport à la consommation. Ïl s’énsuit que les

1. Dans les quinze années précédant la guerre nos importations dé coton étaient voisines d’un million de balles de 260 kilos par an.

De 1914 à 1918 inclus, nos entrées de coton furent d'environ 1.200.000 de balles annuellement, représentant 3 milliards et demi de francs (moyenne annuelle, 700 millions), Afin d'éviter la hausse des prix par la concurrence entre industriels acheteurs, il fut créé un consortium cotonnier, analogue aux divers consortiums, laine, pétrole, bureau des charbons, etc. Ce consortium avait le monopole d'achat aux producteurs et le monopole d’importation. Il cédait le coton aux industriels en tenant compte des marchés passés avec l’Armement, l’Intendance ou le service de Santé et les besoins de la population civile. Le consortium du coton liquidé à la fin des hostilités a laissé un solde bénéficiaire d'une vingtaine de millions, mis à la disposition du ministre du Commerce.

Une fraction importante de ces 26 millions est passée au ministère des Colonies en vue d'encourager la culture du coton dans les colonies. Le retour de l’Alsace-Lorraine à la France a augmenté d'environ 2.000.000 le nombre des broches françaises et d’environ 400.000 de balles les besoins de la consommation.

prix de vente, même abstraction faite de la dévalorisation du franc, atteignent un niveau inconnu jusqu à ce jour, si ce n’est durant la guerre de Sécession. Dans les années précédant la guerre, le coton valait au Havre environ de 7o à 80 francs les 5o kilos, soit de 250 à 320 francs la balle de 200 kilos. Ces dernières années, le coton est coté au Havre un prix variant entre 500 et 1.000 francs les 50 kilos, soit de 2.000 à 4.000 francs la balle de 200 kilos. Mais si les prix ont décuplé, c’est qu'aux difficultés provenant de l'insuffisance de la production sont venues s'ajouter celles causées par la crise des changes. Les Américains fournissent les huit dixièmes du coton importé en France ; le reste provient d'Egypte, et, pour une très faible part, des Indes. Nous avons un exemple frappant de l’influence de la dépréciation du franc par rapport au dollar et à la livre sur les prix des matières premières dans la variation des cours du coton, marchandise à prix éruptifs. Sous l’influence de la hausse du dollar, lors de la fameuse offensive contre le franc en février 1924, le coton, ce même mois, a franchi au Havre le cours de 1.000 francs les 5o kilos, soit 4.000 francs la balle. Jamais on n’avait vu, depuis le début de la guerre le coton à un si haut prix. En avril 1920, on avait connu la parité de 970 francs, puis en mars 1924 on a vu le coton au Havre à 1.050 fr. sous la pression du dollar coté à 26 fr. 26, ce qui remettait le coton de filature à 4.200 francs la balle. L’importation de coton en France, en 1923, a été de 1.179.000 de balles, soit en chiffres ronds 1.200.000 de balles, mais les besoins sont supérieurs à 1.300.000 de balles. 1.200.000 de balles à 4.200 francs la balle représenteraientune exportation de capitaux de 5.080.000.000. On peut soutenir que depuis la fin des hostilités l’ap-

provisionnement du pays en coton a coûté une moyenne de 3 à 4 milliards annuellement,

Quand on est obligé de faire des paiements aussi énormes que ceux auxquels nous obligent les variations du change, on imagine facilement les répercussions sur notre situation monétaire et sur le coût de la vie. C'est un devoir de ne pas s'endormir dans une situation pareille, et, d'autant mieux qu'avec le coton, la laine, les oléagineux, le café, le thé, etc... on a un moyen d'y échapper, c’est de développer la production de ces matières premières ou denrées dans nos possessions d’outre-mer. Ainsi, le problème du change vient aggraver la difficulté des approvisionnements et lui donner un caractère d’acuité qui la souligne à l'attention générale; mais en dehors mène de cet accident, la question de la production coloniale était déjà posée devant la difliculté de plus en plus grande de s'approvisionner chez les fournisseurs traditionnels qui utilisent de plus en plus leur propre production.

Aux diflicultés provenant de l'insuffisance de la production, de la situation monétaire interne, de l'instabilité des changes vient s’ajouter la gène du quasi-monopole américain. Les récoltes de l'Inde et de la Chine sont consommées dans le continent asiatique. IL est vrai qu'une part de la production indienne vient en Europe, principalement en Angleterre, mais la plupart des filatures, notamment en France, ne peuvent utiliser le coton indien, à fibre courte et ne convenant pas aux machines. Aussi les Etats-Unis ont été et sont encore les grands fournisseurs de l’Europe, livrant à l'Angleterre

‘7Y/100 de sa consommation et à la France les 8/10 (1).

L'Angleterre, en vue d'obtenir un approvisionnement suffisant a créé il y a une trentaine d'années une grande association « la British Cotton Growing Association » chargée de susciter dans tous les pays de l'Empire sus-

r. L'Association cotonnière coloniale a exclu l’Indo-Chine de son champ d'action. Quelle que soit la production indo-chinoise, il est à remarquer, en effet, que le coton parvient en Europe grevé d’un frêt élevé provenant dela distance du pays d’origine. Mais là n’est pas la principale cause de l’abstention de l’A. C. C. L'Indo-Chine n'utilise qu'une partie de sa propre production mais nous ne pouvons empêcher la Chine et le Japon d’absorber le disponible pour l’exportation sans employer les mesures de protection qui provoqueraient des représaillés douanières sur les autres produits exportés de France ou d’Indo-Chine.

D'ailleurs, la concurrence du Japon s’exerce de façon particulièrement intense. A l'heure actuelle, les Anglo-Indiens ont des filatures et des tissages qui industrialisent le coton pris sur place à Bombay. Sur ce même marché, les Japonais qui n’ont pas de coton chez eux, achètent la matière première, la transportent au Japon, l’y industrialisent et rapportent aux Indes l’objet fabriqué. Et après tant de frais, ils vendent à Bombay même, moins cher que ne vendent les Anglo-Indiens sur place.

En Indo-Chine, la culture est pratiquée dans le Bas-Ânnam et surtout au Cambodge. La zone de production se divise en deux régions bien distinctes : berges du Mékong, où le coton est cultivé de longue date par lindigène, et terres hautes, dites terres rouges, où la culture n'a commencé à s’implanter que vers 1918.

La culture des bérges qui se pratique après décrue du fleuve, ne s'étend guère sur plus de 20.000 hectares. Elle aurait besoin d'être améliorée en vue de rendements plus importants et de qualités plus relevées. La fibre est courte (18-20 mm.), irrégulière, laineuse, nécessitant des métiers spéciaux. Ce coton est inutilisable dans les filatures françaises. L'avenir est surtout dans l'utilisation des hautes terres ou terrés rouges où 2 millions d'hectares, en plusieurs ténants, d’une extrême fertilité sont tout à fait propices à la production du coton. La culture, ne se réglant pas sur les dates de crue et décrue du Mékong, peut y être pratiquée aux époques les plus favorables. Les rendements à l’hectare atteignent plus de la moyenne observée aux Etats-Unis. Le coton des berges s'y est aisément acclimaté et, grâce à la sélection des graines, il donne une fibre de 25-26 millimètres, comme e coton américain, mais un peu plus grosse, plus raide et plus

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ceptible d'y participer un développement intensif de la culture cotonnière.

Les Gouvernements de la Métropole, des Dominions et des colonies encouragent énergiquement cette culture et n'hésitent pas à exécuter dans ce but des travaux publics considérables : barrages de fleuves et travaux d'irrigation aux Indes, en Egypte, dans le Soudan Egyptien et en Mésopotamie, routes et voies ferrées en Afrique Orientale, Afrique du Sud, Australie (1).

La France n’est pas demeurée inactive. En 1903, un groupe d'industriels du textile fonda l'Association coionnière coloniale sous la présidence de l’un d’eux, M. Esnault-Pelterie. Cette association, d'un caractère désintéressé, a pour objet de rechercher les régions des colonies françaises aptes à fournir le coton, d’y encou-

cassante. Néanmoins, ce nouveau coton est utilisable dans les filatures françaises.

L'administration locale et l’initiative privée se sont déjà nettement occupées d'étendre la culture cotonnière sur les terres rouges. Depuis 1915, des crédits budgétaires ont été ouverts pour la création de champs d'essais, la distribution de primes et le développement des routes desservant cette région. D'autre part, le Comptoir industriel cotonnier de Paris s’est fait attribuer une concession de 18.000 hectares. Il a commencé ses opérations en mai 1919. Plus de 2.000 hectares sont mis en culture aujourd’hui. Une usine d’égrenage a été installée à Kompong-Chané avec un matériel du dernier modèle, provenant d'Amérique.

D'autres initiatives se sont manifestées. Le taux élevé et les fluctuations de la piastre indo-chinoise ne sont pas sans contrarier toutefois le mouvément de participation française. IL faut compter aussi avec les faibles disponibilités en main-d'œuvre Jocale ; il y a là un sérieux obstacle qui pourrait être aplani partiellement par un apport de main-d'œuvre étrangère particulièrement chinoise.

1. L’exportation des tissus de coton représente en Angleterre les 5/6° de la production. Aussi la question est-elle vitale. La plaie du chômage qui sévit en Angleterre depuis 1919 est due en grande partie aux hauts prix de la matière première et au bouleversement des courants commerciaux.

rager et améliorer l’agriculture, d’y installer des usines d’égrenage et de pressage. Ses moyens furent infiniment moins puissants que ceux de l'Association anglaise. Néanmoins, après une série d'essais plus ou moins heureux, l'Association est arrivée à déterminer, au moins approximativement, les régions où une culture rationnelle peut être établie et à provoquer une production croissante. x

D'après ses derniers rapports, la production annuelle coloniale est passée de 3.000 à 5.000 balles avant guerre, à 10.000 balles en 1920-1922 et 45.000 balles en 1923. La production de 1924 est sensiblement supérieure. Mais sur cette production qui représente environ 6 0/0 de nos besoins, il faut prendre garde que tout ne vient pas en France. La presque totalité des cotons de l'Indo-Chine, environ 15.000 balles en 1923, reste en Extrême-Orient, notamment au Japon. Une grande part des cotons de l'Afrique Occidentale Française. enviren 25.000 balles en 1923, est utilisée sur place par les tisserands indigènes qui font une coneurrence active aux tissus manufacturés, en majeure partie de provenance anglaise (1).

Des études et des essais faits depuis vingt ans dans nos diverses colonies, il résulle que ni le Congo, ni la Guyane ne peuvent devenir des pays producteurs. La

1. M. À. Fauchère, Inspecteur général d'Agriculture coloniale estime que nous devons attendre.de nos colonies une production de 350.000 tonnes de coton, soit 1.750.000 de balles de 200 kilos (Le Parlement et l’Opinion, 20 février 1924). Cette production ajoutée à celle des colonies anglaises et portugaises d’Afrique naurait rien d'exagéré, car les industries de l'Europe centrale dépourvue de colonies ont à satisfaire leurs besoins en coton. Remarquons même que des capitanx français importants sont engagés dans l’industrie textile polonaise: nous aurions tout intérêt à la pourvoir.

Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides sont simplement aptes à fournir un appoint. À Madagascar, la culture cotonnière est de très minime importance et des essais sérieux n’ont pas encore été faits. Une mission de l’Association cotonnière envoyée à Madagascar dans le 2° semestre 1924, conclut que la partie ouest de la grande île est apte à devenir un pays cotonnier, mais tout est à créer à ce point de vue dans la colonie. L'Afrique du Nord Française a produit du coton en eulture sèche durant la guerre de Sécession alors que les prix étaient devenus prohibitifs. Les hauts prix pratiqués actuellement on fait réapparaître cette culture qui, par suite de l'irrégularité des récoltes causée par la sécheresse, ne peut se maintenir en période normale. Par contre, la culture irriguée au Maroc, en Algérie, notamment dans la vallée du Chéliff et en Tunisie donne les mêmes rendements qu’en Egypte, mais l'absence de cours d’eau importants rend les surfaces irrigables peu étendues. C'est en Indo-Chine et en Afrique Occidentale que la culture du coton est possible sur de vastes espaces et légitime les plus sérieux espoirs.

Nous avons vu qu'il ne fallait pas compter sur l’Indo-Chine pour alimenter les usines européennes. Reste l’Afrique Occidentale française où les essais répétés depuis une vingtaine d'années ont démontré que la culture irriguée comme en Egypte était possible sur une partie importante du cours du Sénégal et du Moyen Niger et la culture sèche sur certains territoires remplissant les conditions voulues de chute annuelle des pluies, hygrométrie et qualité du terrain.

Les débuts des Etats-Unis furent aussi modestes que ceux de l'A. O. F. En 1747,la première exportation de coton des Etats-Unis fut de 7 balles et à leur arrivée

en Angleterre, la douane en contestait l'origine, les Etats-Unis étant considérés comme ne pouvant pas produire de coton: ils n'en produisaient pas en effet. En 1784, l'exportation n’était encore que de 71 balles. Or, cent ans après, en 1884, on fêtait aux Etats-Unis le centenaire de l'établissement définitif de la culture du coton dans ce pays. Cette année-là, la récolte fut de 5.700.000 de balles (x).

La lente progression des Etats-Unis ne doit ni nous surprendre, ni nous décourager, car il est démontré que les produits coloniaux, textiles, oléagineux, caoutchouc, café, etc., ne se récoltent pas comme produits naturels du sol. Ils exigent une main-d'œuvre suffisamment éduquée et habilement dirigée, des capitaux, du travail, des exploitations scientifiquement organisées et méthodiquement conduites, des moyens de transport économiques.

L'effort demandé en À. O. F. est immense. Le pays est encore primitif, les Européens y sont en nombre infime et, malgré une expérience de vingt ans, nous sommes à la période des débuts. Dans un pays aussi neuf, avec une main-d'œuvre aussi peu nombreuse et inexpérimentée, il n'est pas douteux que l’entreprise sera longue, mais suivant les données acquises, il n'est pas téméraire d'espérer que l'A. O. K. pourra un jour approvisionner la majeure partie de l'industrie française. Ceux qui encouragent la culture du coton en À. O. F. ne sont pas des visionnaires et sont loin de croire que dans un trés proche avenir, ce pays produira des quantités suffisantes pour influencer le marché mondial.

1. M, Lecomte, La culture cotonnière aux EÆiats-Unis, 1 vol, in-16. Paris.

A l'heure actuelle, il s’agit d'organiser ; pour ce faire, on doit s'inspirer de l'exemple des Etats-Unis.

Les Etats cotonniers du sud des Etats-Unis, notamment le Texas (1) ont un climat analogue à celui d'une grande partie de l’Ouest-africain. Leur population rurale, est composée en majeure partie de noirs, descendants des esclaves importés principalement de l'Ouest Africain. La vie sociale, les cultures, la vie économique et l’histoire de ces Etats sont des indications précieuses dans le programme à réaliser en A. O. F.

Cette organisation faite, quel bel avenir s'ouvrira à l'AVOSK,

Dakar est notre port tropical le plus rapproché de la Métropole et la réalisation peut-être assez prochaine du Transsaharien mettra le Niger à cinq jours de Paris. Etant donnée notre situation financière et économique, n'est-il pas utile et urgent d'orienter vers ces régions, non seulement l'atiention des intellectuels et des industriels, mais de l’opinion publique tout entière. La proximité de l’Ouest-Africain fait qu'il est appelé à jouer dans l’économie de la France et de l’Europe occidentale un rôle analogue à celui des Etats du Sud

‘aux Etats-Unis; il paraît utile d'habituer les Français

à considérer dès aujourd'hui ces régions comme nos provinces du Sud.

Avani d'entrer dans le vif de notre sujet, rappelons tout d’abord brièvement ce qu'est l'A. O. F., et ses possibilités culturales; nous donnerons ensuite quelques notions sommaires sur la culture cotonnière.

r. Les Etats cotonniers des Etats-Unis du Sud comprennen principalement l’Arizona, le Texas, la Louisiane, le Mississipi, VA labama, la Géorgie et la Caroline du Sud.

L'Afrique Occidentale Française

Aperçu géographique. cultural et administratif

Avec l'Afrique du Nord, l'Afrique Occidentale Française forme un immense empire, coupé en deux par un désert, qui n’est pas infranchissable par voie ferrée. Elle comprend huit colonies administrées par des lieutenants-gouverneurs sous l'autorité d’un gouvernement général qui a son siège à Dakar (x).

Ces territoires comprennent le bassin fluvial du Sénégal, la presque totalité du bassin du Niger Supérieur et Moyen, les bassins des petits fleuves cotiers se jetant au sud-ouest et sud dans le golfe de Guinée. Ils couvrent une superficie d’environ 3. millions 900.000 kilomètres carrés (2). La population indigène est de 12.500.000 habitants, soit une moyenne de 3 habitants 20 par kilomètres carré (3) et la popula-

1. Le Sénégal, chef-lieu Saint-Louis ; la Guinée Française, chef-lieu Conakry ;la Côte d'Ivoire, chef-lieu Pingerville, le Dahomey, chef-lieu Porto-Novo ; Le Soudan Français, chef-lieu Bamako ; la Haute-Volta, chet-ieu Ouagadougou ; la Mauritanie, chef-lieu Saint-Louis ; le Niger, chef-lieu Zinder.

2.La Surface de l’Europe,y compris la Russie est de ro millions de kilomètres carrés. Celle de la France de 550.924 kilomètres carrés. La surface de l'A. O. F.est près de sept fois et demie plus grande que celle de la France.

3. Cependant, ces chiffres donnés d’après les annuaires officiels del’Administration sont trop pessimistes. L’'Administration ne tient compte que de la population soumise à l'impôt et

tion européenne, groupée à Dakar et dans les grands centres, de 12.500 habitants, soit 1 européen pour 333 kilomètres carrés. Sauf de rares exceptions, il n’y a pas encore d'européens en dehors des villes. Presque tous sont fonctionnaires, officiers ou commerçants. Les femmes européennes se chiffrent à environ 2.300. Cependant et depuis 1922, on compte un certain nombre de colons européens élablis en dehors des centres. Ce mouvement paraît devoir grandir.

La population indigène appartient à une grande diversité de races et parle une multitude d'’idiomes différenis (1). Les seules langues écrites sont l’arabe et le français. On trouve au ‘nord les nomades maures et touaregs, qui ne sont pas des noirs, mais des sémites souvent métissés de noirs. Partout ailleurs la population est de race noire et sédentaire, divisée en tribus et villages, sauf les Peulhs au teint cuivré, probablement d’origine éthiopienne, et répandus du Tchad au Sénégal. Parmi ces nombreuses races, les unes sont très proches de l’animalité et atteintes d’une avarie héréditaire comme dans la Basse-Casamance ou cer-

exclut de ses statistiques les vieillards et les enfants. Pour déterminer la population réelle, il convient donc d'augmenter d’un tiers les totaux obtenus dans les recensements de la population sédentaire. La densité de la population est très variable. Alors qu'elle n’atteint pas généralement cinq habitants au kilomètre carré dans la zone nord, et les régions deltaiques du Niger, elle est de quinze habitants au kilomètre carré dans une importante partie du Soudan et de la Côte d'Ivoire et dépasse vingt habitants au kilomètre carré dans certaines régions du Dahomey, du Togo et de la Haute-Volta.

1. Ilest vraisemblable que les idiomes sont appelés à disparaître avec le temps et d'autant plus rapidement qu’il n'y a pas de langue écrite. L'étude scientifique du langage d’une humanité primitive ne serait pas sans présenter de l'intérêt au point de vue de la formation et de l’histoire du langage, de la grammaire historique et de la phonétique,

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taines régions de la Côte d'Ivoire et de la Haute-Guinée alors que d'autres, soit par suite d'une longue paix et de la fertilité naturelle du sol, comme au Mossi, en Haute- Volta, soit par suite de rapports déjà anciens avec l’Européen comme les Ouolofs et les Serrères du Sénégal et les Djeddés du Dahomey, jouissent d'un état social plus élevé.

La faible densité de la population n'est pas due à l'insalubrité du pays, généralement sain, ou à Ja pauvreté du sol, souvent très productif, sauf dans les régions semi-désertiques voisines du Sahara. Un passé historique millénaire et récent, notamment la traite des noirs et de nombreuses guerres intestines ont détruit une notable partie des habitants. L'imprévoyance du noir et sa paresse native, une agriculture primitive et la plaie fréquente des feux de brousse, un état social foncièrement collectiviste sont cause d’une insuffisance de productions alimentaires. L'indigène est insuffisamment nourri. L'absence de réserves alimentaires et de moyens de transport provoquent de véritables cataclysmes dans les régions ou par suite des circonstances atmosphériques une récolte est déficitaire. La mortalité infantile atteint alors des proportions insoupçonnées, Ajoutons à celà l'ignorance des règles élémentaires de la propreté et de l'hygiène, l’absence de vêtement pour se protéger du froid, (1) et l’avarie provenant d'un élat moral et social rudimentaires.

La religion la plus répandue en A. O.F: est le féti-

1.Il peut paraître étonnant à certains que dans un paystropical on ait à se protéger du froid. La différence de température entre le jour et la nuit atteint quelquefois 30 degrés au Soudan et au Sénégal. Dans quelques régions et dans la saison d'hiver, la température est de 15 à 18 degrés durant le jour.

chisme ou mieux l'animisme avec ses nombreuses variantes, Les Maures, les Touaregs, les Peulhs, quelques Soudanais et les Sénégalais formentune minorité musulmane. Les missions catholiques, notamment les missions des Pères Blancs, des Pères du Saint-Esprit et des Missions africaines de Lyon ont une influence croissante mais leurs ressources en personnel et en argent sont très insuffisantes.

L'instruction élémentaire n’est donnée qu’à 3/100 de la jeunesse d’âge scolaire.

Les climats et les productions de l’A. O. F. sont très variés. Ils sont conditionnés principalement par la chute des pluies et le régime des vents. Au point de vue de la chute des pluies, si nous prenons comme point de comparaison le département de là Seine, où la chute annuelle est de 50 à 60 centimètres, nous constatons que la chute annuelle sur les côtes sud de Guinée et de la Côte d'Ivoire est voisine de 3 mètres par an, soit environ six fois plus qu’à Paris. Ces 3 mètres d’eau tombent en majeure partie sous forme de pluies diluviennes durant la saison des pluies. Elles s’espacent ensuite et deviennent moins abondantes. De févriermars à juin, il arrive qu’il ne tombe pas une goutte d’eau. Cette chute annuelle de 3 mètres va en diminuant progressivement si l’on remonte des côtes sud de la Guinée vers le nord. Elle tombe à 2 mètres sur la limite nord de la république de Liberia, à 1 mètre à hauteur de la . Casamance, à o m. 5o à hauteur de Dakar, à o m. 25 à

faible distance de Tombouctou, à o sur le désert.

Le vent d’est ou harmattan est un vent sec et chaud

provenant du désert, qui, durant la saison sèche, souffle durant de longues semaines plusieurs heures par jour avec des alternatives de calme sur la majeure partie du Soudan septentrional et central, et du Sénégal. IL se déclanche quelquefois subitement avant la fin de la saison des pluies et détruit les récoltes à maturité.

On peut diviser l'A. O. F. en trois grandes zones climatériques.

1° La zone côtière et sud, à climat équatorial, où les chutes d’eau sont abondantes et la température journalière annuelle assez égale, 28 à 30 degrés descendant rarement au-dessous de 20 degrés. On distingue deux grandes saisons, en Guinée, dans l'hinterland de la Côte d'Ivoire, au Dahomey, ainsi que dans la partie méridionale du Soudan et de la Haute-Volta : une saison sèche, dé novembre à avril et une saison des pluies, de mai à octobre. Dans les régions côtières de la Côte d'Ivoire et du Dahomey, le climat reste équatorial mais il existe deux saisons des pluies (d’avril à juillet et de septembre à octobre) séparées par deux saisons sèches. Exception faite de cette alternance spéciale des pluies, le climat est le mème que dans les régions voisines plus septentrionales avec une hygrométrie plus élevée dûe au voisinage de la mer.

2° La zone centrale, à climat tropical, dite zone des savanes où la saison des pluies commence en juin et se termine en octobre, novembre. La chute annuelle d’eau est sensiblement moins élevée que dans les régions sud (x m.50 à o m. 75) et la végétation est moins luxuriante. La température n’a plus la même régularité et varie suivant les saisons et le jour ou la nuit entre 10 et 4o degrés ;

3 La zone nord, dite du Sahel fait suite au climat

saharien. La chute annuelle d’eau durant la saison des pluies de juin à octobre, varie entre o m. 25 et o m. 50. Le climat est très chaud et très sec durant le jour, sauf pendant la saison des pluies, froid la nuit.

Ces divers climats sont généralement sains et le pays est habitable pour les Européens, qui y vivent aussi longtemps qu’en Europe à condition de ne pas se livrer eux-mêmes au travail agricole.

Les productions sont aussi variées queles climats. La zone sud ou équatoriale estle pays dela grande forêt, des bois précieux et des bois d'œuvre, des produits naturels, de la cueillette, de la chasse et des cultures riches : cacao, bananes, ananas, huile de palme, caoutchouc, café.

La zone centrale des savanes est surtout agricole. On y cultive le maïs, le mil, le sorgho, l’arachide, le manioc, le coton, les patates et sur quelques terres d’alluvion, le riz.

Dans la zone nord, dit du Sahel, la culture est impossible, sauf sur les cours d’eau et par irrigation. C’est la région des graminées rigides qui nourrissent des troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons et des arbrisseaux épineux, acacias, gommiers, palmiers doume, mimosées.

Le cotonnier croit partout à l’état sauvage en A.O. F. Il est cultivé dans de nombreux villages, à proximité des cases, par l’indigène, qui l’espace dans ses cultures vivrières, en grattant superficiellement la terre avec la

houe. Le noir ignore l’usage de la charrue et des animaux detrait. Il plante un peu au hasard et obtient un rendement de 5o à 60 kilos de fibres à l’hectare contre 200 à 250 aux Etats-Unis. Dans la partie sud où la chute d’eau annuelle est supérieure à r m. 50, le cotonnier est souvent attaqué par les insectes et les parasites. Dans la zone médiane des savanes, où la chute annuelle d’eau est suffisante, le cotonnier donne des fibres assez fines et assez longues pour rivaliser avec le coton américain et la culture sèche paraît possible sur des terrains judicieusement choisis, avec les procédés modernes et scientifiques. Dans la partie centrale et nord de la colonie où la chute annuelle d’eau est inférieure à un mètre, la culture devient aléatoire et le cotonnier est souvent détruit par la sécheresse et le vent d'est où harmattan. La fibre devient courte ét grosse. Elle est plus difficilement utilisable par la filature.

Le Gouvernement général des huit colonies a son siège à Dakar et doit son existence au décret du 16 juin 1895. Ses fonctions et sa compétence ont été successivement élargies ou déterminées par les décrets du 17 octobre 1899, 1° octobre r902, 18 octobre 1904. Ce dernier décret a doté le Gouvernement général d’un budget de recettes propres, dont le plus important est constitué par les droits de douane perçus à l’entrée et à la. sortie des possessions.

Le Gouverneur général est le dépositaire des pouvoirs de la République et a seul le droit de correspondre avec le Gouvernement métropolitain. Il est assisté d’un Conseil de gouvernement dont la composition a été modi-

fiée par le décret du 4 décemhre 1920 et qui comprend : Le général commandant supérieur des Troupes; le procureur général, chef du service judiciaire ; le président du Conseil colonial ; les différents lieutenants-gouverneurs ; les chefs des différentes administrations ou services, des représentants du commerce et des notables européens et indigènes. Ce conseil siège à Dakar et tient au moins une session annuelle.

Le Gouvernement général est un organe de coordination et de contrôle. Son autorité ne se superpose pas à celle des lieutenants-gouverneurs dés colonies du groupe qui conservent leur autonomie administrative et financière (1).

Chaque colonie a également un Conseil où sont représentés les Chambres de commerce et les notables indigènes. à

1. Le Gouvernement général exerce une action régulatrice respectueuse d’une sage décentralisation que les gouverneurs généraux et notamment M. le gouverneur général Carde s'atta-

chent à appliquer, suivant en cela la tradition de ses prédécesseurs MM. Merlin, Angoulvant, Roume.

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Notions élémentaires sur la culture cotonnière et l’utilisation du cotonnier (1)

Le cotonnier (2) est un arbuste d’une hauteur moyenne de 1 m. 5o à 2 mètres. Certaines espèces arborescentes atteignent une hauteur de 3 mètres. Sa croissance est rapide. Dans un terrain humide, les graines lèvent après cinq ou six jours. Il atteint sa hauteur normale

1. Voir Yves Henry, Culture pratique du cotonnier, 1 vol. in-16 (Challamel) dont nous avons adopté les directives, et Géo Bailleux, chargé de mission du ministère belge des Colonies, la Culture du coton aux Etats-Unis, Bruxelles, 1923, 1 vol. in-8.

2. Le cotonnier est un arbuste de la famille des malvacées. Les espèces qui ont fourni les variétés cultivées dans les centres de production d'Amérique, d'Egypte, des Indes et du Turkestan se classent en :

Cotonnier des Barbades, Gossypium barbadeuse, originaire des Antilles, qui a pour type le Sea Island, des Iles côtières de la Géorgie, remarquable par la longueur et la finesse des fibres qu’il produit. Il a donné la plupart des variétés à longue soie, qu'elles soient américaines comme le Sea Island, le Géorgie longues soies ou égyptiennes comme l’Abassi ou le Mit-Aff.

Cotonnier hirsute, Gossypium hirsutum, originaire des régions chaudes de l’Amérique Centrale et du Mexique, donnant des fibres de longueur et de finesse moyenne. On compte aux Etats- Unis plus de 600 variétés de cotonniers, dont la plupart dérivent des cotonniers hirsutes, Cette espèce a fourni quelques variétés à longue soie, soit par sélection directe, soit par croisement avec le Sea-Island.

Cotonnier herbacé, Gossypium herbaceum. C’est l’espèce indigène asiatique, assez voisine du cotonnier hirsute d’un moindre intérêt pour le planteur. Les fibres sont généralement courtes et grosses. Les cotonniers indigènes de l'A. O. F. appartiennent

a cinq mois et les capsules mürissent à partir du sixième mois.

Cet arbuste, remarque M. Yves Henry, subit très sensiblement les conditions climatériques et les qualités ou défauts des terres. Outre que leur répercussion est directe sur la qualité des fibres, elles obligent souvent le planteur à adopter un mode de culture déterminé.

Le climat et le sol agissent séparément et par action combinée pour constituer un milieu de culture à caractères nettement déterminés.

Les éléments du climat qui interviennent particulièrement sont le régime des pluies et l'humidité atmosphérique. La température n’a d'importance que lors-

pour la plupart à celte espèce, dont plusieurs variétés donnent des fibres de longueurs et de finesse moyennes, semblables aux produits américains du cotonnier hirsute, mais le plus souvent semblables aux produits de l'Inde ou du Turkestan.

Cotonnier des religieux ou du Pérou, Gossypium religiosum. Cette espèce à grand développement se rencontre dans toute l'Amérique du Sud. Les fibres sont nerveuses et quelquefois longues. 11 fournit quelques types culturaux intéressants pour l'industrie, mais l’accolement des graines forme des rognons très gênants à l’égrenage.

Cotonnier arborescent, Gossypium arboreum. Il prend des proportions arbustives et atteint quelquefois une grande dimension. On le cultive à peine pour ses graines et jusqu'ici ne présente pas d'intérêt pour le planteur.

Chacune de ces espèces se subdivise en un très grand nombre de variétés suivant le climat, la nature du terrain, la sélection, les croisements, le mode de culture. La longueur des fibres varie de 30 à 55 millimètres pour les longues soies et de 20 à 28 millimètres pour les courtes soies.

Il y a lieu de retenir que la variété à longue soie Mit-Afifi représente 90 0/0 de la production égyptienne et n’est cultivée que par irrigation. Les courtes soies fournissent la grande majorité de la production américaine. La plupart des courtes soies sont cultivées sans irrigation dans des sols ciliceux ou silico-argileux très répandus dans les Etats cotonniers américains et en À. O. F.

qu'elle s'abaisse au point d'amener des gelées ; elle fixe la limite extrême nord et extrême sud de la culture.

Les températures élevées sont sans mauvais eflet sur le cotonnier, s’il a par les pluies ou les irrigations une quantité d'eau suffisante. Le régime des pluies est l'élément le plus important du succès de cette culture.

Des chutes abondantes de pluies s'opposent radicalement à la culture, soit qu’elles entravent la récolte, du coton et le pourrissent, soit qu'elles développent à l'excès les parasites et les maladies. Il est rare que l'on puisse se livrer avec profit à cette culture dans les régions où les pluies dépassent 1 m. 25 par an. Dans cette limite même, il est des régions à climat équatorial et à double saison des pluies, comme les régions côtières de la côte d'Ivoire, dans l’Ouest africain, où une culture payante est impossible.

À la température et au régime des pluies s'ajoute le régime des vents, d’une grande importance au Soudan central, septentrional et au Sénégal. Dès la fin de la saison des pluies apparaît le vent d’est ou Harmattan, qui se manifeste avec brusquerie dans la première quinzaine d'octobre. Il arrive qu’il dessèche en quelques jours la végétation dans toute sa vigueur. Il détruit les récoltes lorsqu'il souffle prématurément et cause de grands ravages, quelquefois une véritable famine dans un pays dénué de moyens de transport. On le combat par l'irrigation.

La poussée de la végétation est si rapide durant la saison des pluies que la plupart du temps les récoltes sont faites à l'apparition de l’'Harmattan. Il n’en est malheureusement pas ainsi du cotonnier dont la cueil- Lette commence en novembre et se prolonge quelquefois jusqu'en mars. A de nombreuses reprises, l’harmattan

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ET L'AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE ! 31 a fait échouer les essais de culture cotonnière au Sénégal et au Soudan, faits dans une région trop septentrionale et sujette à l’action de ce vent desséchant. Sa présence rend souvent préférable une culture bisannuelle et même trisannuelle, les plans de 2 et 3 ans offrant une plus grande résistance à la sécheresse (1). L'harmattan nécessite l’irrigation sur les jeunes plants de l’année, tout au moins au Sénégal et dans toute la partie du Soudan où la saison des pluies est courle et la précipitation annuelle inférieure à o m. 80. La preuve semble faite aujourd'hui qu'il y a lieu de rechercher les terres à coton, à culture rationnelle comme aux Etats-Unis, au sud des régions habituellement parcourues par l’harmattan (2).

1. La culture est annuelle dans tous les pays à culture rationnelle afin d'éviter les maladies et parce que les rendements deviennent inférieurs à partir de la deuxième année.

2. Les expériences pour atténuer les effets de ce vent sont à ce jour très peu nombreuses. Il semble démontré, par quelques essais, que l'établissement de rideaux d'arbres protecteurs est efficace. Non seulement ces essais sont à poursuivre mais on pourrait peut-être là où une culture rationnelle serait établie envisager l'obligation de planter et d’entretenir /les rideaux d’arbres, sur un plan déterminé par l'administration afin d'éviter les feux de brousse. Cette servitude dans un intérêt commun ne devrait suggérer aucune opposition raisonnable et servirait les intérêts de la communauté.

En France même, les rideaux d'arbres comme les résineux en Provence et notamment les cyprès donnent un résultat pratique contre le mistral. En Bretagne, les prairies et terres de culture sont enclosés par un mur épais en terre d'environ 1 m. 50 de hauteur sur lequel sont plantés des chênes. Ce travail est l’œuvre de plusieurs siècles.

Une expérience intéressante fut faite à Podor (Sénégal) en 1911 par l'Association cotonnière coloniale. On arriva aux conclusions suivantes : le filao et le parkinsonia venant très vite peuvent entrer dans la constitution des abris. Le long d’un canal d’irrigation furent plantés au début de l’hivernage des parkinsonias et dés filaos de o m. 5o. Quelques semaines après, les parkinsonias formaient une haie de 1 m. 50 de haut et les filaos avaient 3 à

Le cotonnier n’a pas d’exigence spéciale au point de vue du sol (1). Il préfère les terrains siliceux, silicoargileux et les alluvions. Les sols silico argileux sont les meilleurs. Les sols très riches en humus poussent à la végétation au détriment de la fibre ; les sols siliceux hâtent la maturité et fournissent de faibles rendements. Dans les sols argileux, le cotonnier est sujet à des affections cryptogamiques qu'il est difficile d'enrayer.

Les qualités physiques du sol sont souvent plus importantes que les qualités chimiques. Elles permettent ou ne permettent pas la culture et alors que, par l’adjonction d'engrais on peut modifier -plus ou moins la nature chimique des sols, cela devient impossible pour leur texture physique. Des qualités physiques dépendent les relations de l’eau avec les différents sols, que l’on peut classer en sableux ou siliceux, silico-argileux, marneux ou alluvions. Les sols sableux laissent filtrer l’eau

& mètres. Le parkinsonia est estimé des moutons et des chevaux. Le filao donnerait en peu d'années des matériaux de vente facile. Le dâ forme un abri de 2 m. 50 à 3 mètres de haut.

Il sera peut-être démontré un jour que l’harmattan porte en lui-même son remède par l’utilisation du moteur éolien partout où l’eau souterraine est suffisamment abondante. Le moulin à vent n’est pas une nouveauté. Il existe aujourd’hui des appareils de modèles variés, puisant à toute profondeur et doués d’une force suffisante pour assurer l’arrosage par la force du vent. Des expériences sont à faire afin de connaitre les appareils types et l’agencement convenant le mieux à chaque région. mais il est probable que ce procédé de pompage, à rendement irrégulier ne devra souvent être considéré que comme un moyen de secours.

1. La question des sols a été particulièrement étudiée par le Département de l’Agriculture des Etats-Unis, où le cotonnier est cultivé sur la plupart des types de sols : sableux, argileux, silicoargileux, marneux et terres de vallées. L'étude chimique des sols a été faite en Europe dans la seconde moitié du xix° siècle. Aux Etats-Unis, de nombreuses recherches ont été faites sur la

composition chimique des sols. Les principales sont dues à Hilgard.

très facilement et sont sensibles à la sécheresse. Ces sols étant secs, le cotonnier ne se développe que modérément et a tendance à se former plutôt à fruits. Les sols argileux, au contraire, sont compacts et retiennent l’eau en saison humide. Les plantes ont alors un feuililage très développé avec une faible quantité de capsules. Les maladies parasitaires se développent facilement. Les labours sont difficiles et nécessitent de gros attelages. L'entretien est coûteux, mais dans une saison favorable et sèche le rendement peut être très élevé. En saison sèche, il se forme des crevasses qui, par exemple, sur les terrains argileux des abords du Sénégal, atteignent de grandes dimensions. À cette époque, il est pratiquement impossible de travailler la terre, qui est cimentée. On doit procéder à des drainages dans les pays où la chute des pluies est trop abondante, comme cela se fait dans les terrains argileux aux Etats-Unis. Les terrains marneux, souvent très riches, sont un mélange d’argile, de chaux et de sable. Ils servent aussi, aux Etats- Unis, à amender les autres sols. Les sols d’alluvion, sont le plus souvent argileux avec une forte proportion de sable. Ainsi est formée la plaine du Mississipi, dont le sol a une réserve d'éléments nuiritifs de toute sorte et qui est le plus grand centre de production cotonnière

du monde.

La culture sèche. — La nécessité de défricher se présente dans les pays à culture extensive comme les Etats-Unis et les pays neufs comme l'A. O.F.

Aux Etats-Unis, le labour, qui aère le sol et le prépare pour les ensemencements, est la principale opération culturale. Il se fait avec des instruments variés:

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