AVANT-PROPOS
Les terres vacantes, sur lesquelles l’homme n'’exerce aucun Travail, couvrent la plus grande partie du territoire de l'A. O. F., aussi, sauf dans les grands centres, la valeur pécuniaire de la terre est présentement très faible. Cependani, cette valeur grandira dans une mesure considérable le jour où une culture rationnelle,accompagnée de moyens de transport peu coûteux, sera généralement pratiquée. L'exemple de la Malaisie, de Java, d'une partie de l’Inde, du Brésil et d’ailleurs est là pour le prouver.Sans quitter l'Ouest-Africain,la Colonie anglaise de la Côte de l’Or, entre le Togo et la Côte d'Ivoire, est actuellement la plus grande productrice de cacao du moude (x) et les terrains cultivées de la côte, sans valeur il y a quelques années sont aujourd’hui très recherchés. En Egypte, en dehors du delta et des rives du Nil, l'irrigation à donné une valeur dé 20.00ofrancs l’hectare à des espaces semi-désertiques. En A. O. F. même,
1. La Côte de l’Or exporte annuellement 200.000 tonnes de cacao.
la seule présence de la voie ferrée modifie immédiatement la valeur de la propriété foncière.
La production des matières premières agricoles en A. O. F. soulève de grands problèmes économiques d'ordres divers, sociologiques, politiques, commerciaux, financiers, industriels. Ces problèmes s’enchevêtrent jusqu’à l'infini et il serait vain de vouloir les traiter complètement dans leurs multiples détails.
De toutes les études sur les matières premières de l'A. O.F., celle du coton paraît le mieux justifier, non seulement l’exposé rapide de ces divers problèmes,mais les diverses solutions dont l'orientation permettrait d'arriver au résultat cherché dans un délai qui, nous le savons, nécessitera de longs efforts, traversés d'échecs, mais finalement couronnés de succès.
En effet, une production notable du coton est subordonnée à l'éducation agricole de la population indigène à l'exécution de travaux d'irrigation très importants, à la colonisation et au perfectionnement général de l’outillage économique.
Bien plus, la culture difficile du cotonnier, sèche ou irriguée, épuise le terrain et nécessite un assolement tel qu’elle revient seulement tous les trois ou quatre ans sur le même sol. Elle ne peut être pratiquée isolément et doit nécessairement être associée aux autres cultures, dont elle provoque les productions.Elle est donc étroitement liée au développement général de l'Agriculture.
Par ailleurs, la plupart des questions soulevées sont neuves en À. O. F., en ce sens que, dans ce pays encore primitif, elles n’ont été soumises qu’à des recherches très restreintes et sont sujettes aujourd’hui à des controverses variées.Il serait prématuré de vouloir s'étendre
très longuement sur des sujets que l’expérience seule précisera.
On peut néanmoins entrevoir le bel avenir de l'Ouest- Africain, soudé à l'Afrique du Nord, et formant avec elle un immense empire à quelques heures de la Métropole. La prochaine génération, grâce aux voies ferrées et moyens de transports rapides à travers le désert, verra le Niger à six jours de Paris. Comme nous l'avons dit précédemment, la proximité de l’A. O. F. fait que celle-ci doit jouer dans notre économie nationale un rôle analogue à celui des Etats du Sud aux Etats-Unis et reporter sur le Golfe de Guinée la frontière sud de la France.