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CHAPITRE IX

HISTORIQUE DE L'ASSOCIATION COTONNIÈRE COLONIALE ET DES MESURES ADMINISTRATIVES

Le développement de la culture cotonnière a préoccupé l'industrie textile et l’adininistration coloniale, surtout depuis le début du siècle. À cet effet, des missions ont été envoyées, des mesures administratives ont été prises, l'initiative privée est entrée enjeu, afin d’encourager la culture chez les indigènes ou de provoquer les essais sous direction européenne. L'historique de cet effort permettra d'examiner le chemin parcouru et d'envisager ce qui reste à faire dans cette œuvre de très longue haleine.

Les anciennes interventions administratives, avant la fin du siècle dernier, limitées au Sénégal, ne donnèrent aucun résultat au point de vue de la culture du coton. La mission d’études au Soudan en 1898 (1) permit seulement de reconnaître qu'il existait dans l'intérieur de la colonie d'importantes régions de culture indigène. Ce premier effort ne fut toutefois pas perdu et,en 1900, la question fut reprise et étudiée au Jardin colonial. Le ministre des Colonies confia à M. Yves Henry,spécialisé dans cette question, la double tâche de se rendre aux

1. M. Auguste Chevalier, actuellement chef de la mission permanente d'Etudes des cultures et jardins d’essais coloniaux, direc-

teur honoraire de l'Institut scientifique de Saïgon appartenait à cette mission,

-YLRAE

Etats-Unis et ensuite d'aller visiter toutes les régions soudanaises semblant pouvoir convenir à la culture du coton. Les résultats de ces missions permirent d’orienter les premières tentatives. Peu de temps après son retour, en 1901, la station agricole cotonnière de Koulikoro était fandée.

En décembre 1902, M. Dybowski, alors directeur du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne attirait l'attention du Syndicat général de l'Industrie cotonnière française sur l'avenir du coton au Soudan, qui lui paraissait tout indiqué pour devenir un centre important de culture Il annonçait en même temps qu'une nouvelle mission, à la tête de laquelle était placé M, Yves Henry, allait partir en Afrique Occidentale spécialement chargée d'étudier la culture du coton.

M. Esnault-Pelterie, président et les membres du Syndicat procédèrent peu après à une enquête auprès des personnalités compétentes (1). IL y eut unanimité à considérer l'Afrique Occidentale comme la contrée sur laquelle il y avait lieu de fonder le plus d’espoir.

Le 14 février 1903, sur l'initiative du Syndicat général de l'Industrie cotonnière française, l'Association cotonnière coloniale était définitivement fondée. Elle comprenait près de 500 membres représentant la majorité de l'Industrie textile du coton et disposait d’une somme de 500.000 francs, Malgré les efforts méritoires de M. Esnault-Pelterie et de ses successeurs, l'Association n’est pas parvenue à grouper tous les intéressés,

1. Le général de Trentinian, ancien gouverneur du Soudan, M. Ponty alors délégué du Gouvernement général de l'A. O.F., M. Roume gouverneur général de l'A, O.F., divers membres de missions en Afrique, les présidents des Chambres d'Agriculture des colonies françaises.

Elle obtint facilement l’adhésion de nombreux filateurs et tisseurs, mais le commerce s’est abstenu jusqu’à ce jour.

Il fut convenu avec l'Administration de la colonie que, dans un problème aussi complexe, on appliquerait délibérément le principe de la division du travail. Le Gouvernement de la colonie, d'accord avec l’Association cotonnière, se chargeait des études scientifiques et techniques, comme la détermination des habitants des différentes espèces de coton, l'appréciation des meilleures.espèces à introduire ou de celles qu’il convient de conserver en les améliorant. On disposait à cet effet, de la ferme cotonnière de Koulikoro.

L'Association cotonnière devait se consacrer à toutes les questions d'ordre économique et d’ordre industriel principalement à l’organisation d'un système d’achat et à l'installation d'usines d'égrenage au moyen d'agents qu’elle enverrait dans la colonie et qui travailleraient en accord avec les administrateurs (1).

Une certaine extension fut donnée à la culture du coton dans les jardins d’essais du Gouvernement. Malheureusement ces études scientifiques fort intéressantes et instructives, mais forcément exclusives et limitées, ne pouvaient résoudre le problème au point de vue commercial et pratique. Elles permettaient de constater que certaines espèces cultivées, sous la direction d’ingénieurs agronomes expérimentés, dans certaines condi: tions particulièrement favorables, sur certains sols, se développent et donnent un produit utilisable, mais il y

1. Au début de 1903, l'Association se procura un stock de graines au Jardin colonial et aux Etats-Unis et un traité fut passé avec M. Quesnel, le premier agent de l'Association au Soudan, accrédité par le Gouverneur général auprès des administrateurs.

a loin des essais de laboratoire aux exploitations industrielles, surtout avec une population aussi primitive (1).

On débutait dans un pays entièrement neuf avec des notions encore élémentaires sur les cultures tropicales. L'expérience démontra par la suite que la connaissance complète des habitants, du pays et deses ressources est la condition primordiale du succès. Faute de cette connaissance, les meilleurs techniciens français, anglais et allemands ont subi des échecs (2).

La confiance dans l'avenir de la production était telle

1. Quand on sait quels soins exigent les expériences avec des variétés exotiques ou la sélection des variétés indigènes en vue de l'amélioration de l’espèce et afin d'éviter Phybridation, il est facile de comprendre quelles difficultés l'Administration et l'A. C. C. allaient avoir à surmonter. La qualité courante des cotons soudanais correspond souvent à celle des cotons de l’Inde, inférieure à celle des cotons américains. Les exigences de la filature française ne lui permettent pas de s’en contenter.

2. Par ses lettres des 29 février et 27 avril 1904 à l'A. C. C. M. Roume estime que le problème économique qui se pose ne semble pas devoir être la production immédiate d’une certaine quantité de coton, mais la préparation de grandes étendues à une production permanente de la qualité exigée par la filature française. Une conférence mixte réunissait à Paris le 13 octobre 1904, sous la présidence de M. Doumergue, alors ministre des Colonies, des représentants de l'Administration coloniale, dont M. Roume, et des industriels. La conférence s’occupa de délimiter la part de concours et les rôles respectifs de l’Administration et de l'A. C. C. puis elle envisagea l'intérêt qu'il y aurait à se mettre en rapport avec les maisons de commerce de l'A. O. F. et les compagnies de navigation et à leur demander leur coopération pour l’utilisation pratique des études de l'Association. A la séance du Conseil du Gouvernement du 15 décembre 1904, M. Roume assurait que les services agricoles de la colonie poursuivaient méthodiquement leurs observations et leurs essais culturaux et que les administrateurs prêtaient tout leur concours aux opérations des agents de l’Association. Le Moyen-Dahomey paraissait, à cette époque, destiné à devenir un centre important de production.

Lors de la discussion du budget des colonies en 1905, M. Clémentel, ministre des Colonies, en réponse à un discours de

à ce moment que M. Esnault-Pelterie, président de l'A. C. C, prit l'initiative de créer un consortium destiné à assurer l’achat de la récolte. La faiblesse des ressources de l'Association, qui n’arrivait pas à grouper un nombre suffisant d’adhérents rendait cette création nécessaire au développement d’un programme assez large (1). Sous l'impulsion de M. W. Ponty, gouyerneur du Haut-Sénégal-Niger, les indigènes avaient développé leurs plantations de coton quil fallait être en mesure d'acheter. Les maisons de commerce élablies au Soudan n'étaient pas organisées pour le commerce du coton, la production n'étant pas suffisante pour justifier l'organisaiion de services spéciaux. Par ailleurs les bas prix cotés au Havre, la difficulté et la longueur des transports faisaient que Le commerce se désinléressait d'une marchandise peu rémunératrice. L'Association avait toute l'apparence, mais l'apparence seulement, d'une situation privilégiée. Elle possédait en fait le monopole d'achat par l’absence totale de concurrence, par ses contrats de culture avec les chefs de village et les achats par la voie administrative.

. Le consortium fondé en avril 1905 n'était qu’un moyen ransitoire d'acheter le coton et on se préoccupait de

M. Flayelle, député des Vosges, promettait tout son concours. Le 22 avril et le 24 mai 1905 des conférences réunissaient à Paris M. W. Ponty, gouverneur du Haut Sénégal Niger, M. Nouvion, directeur de la Banque de LA, O. F., Dybowsky, Robert, le coinmandant Lenfant, M. Vuillet, inspecteur d'agriculture, Jacquey, agent de l'Association au Soudan et le bureau de l’Association, On réglait les détails de l’organisation et on examinait les meilleurs procédés à adopter pour conserver aux nouvelles variétés au Soudan toutes les qualités qui lui étaient reconnues.

1. Le capital engagé par le consortium était minime, Cent mille francs divisés en deux cents parts qui furent souscrites par l’industrie cotonnière,

créer une société susceptible de posséder des filiales sur les points où, le moment venu, on entrerait dans la voie de l'exploitation. La Compagnie française d'études et d'entreprises coloniales fut alors fondée au capital d'un million et commença à tonctionner en février 1906 (x).

Les fondateurs pensaient, avec juste raison, que l’on ne pouvait créer des affaires dans un but cotonnier exclusif. C'était s’exposer à tous les inconvénients de la monoculture. La seule cullure du cotonnier est d’ailleurs impraticable (2).

La nouvelle société n’arriva pas à se développer en Afrique Occidentale. La première affaire qu’elle fonda fut celle de la Loza, à Madagascar. Les résultats obtenus en À. O.F. ne paraissaient pas suffisamment probants et l’outillage économique de la colonie était insuffisant pour engager des capitaux dans une entreprise agricole.

Enfin, un premier pas fut fait en r910 par la création de la Compagnie du coton colonial (capital originaire de 600.000 francs) créée par les soins de la Compagnie d'Etudes et d'Entreprises coloniales qui agissait d'accord avec l'Association cotonnière. Elle était la première société française consacrée à l’achat et à la vente du coton colonial et limitait son action au Dahomey.

Dès les débuts de l'Association cotonnière coloniale,

1. M. Watel était président au Conseil d'Administration et M. Charbonnel, directeur. -

2. C’est une culture pauvre qui demande à être scientifiquement et industriellement conduite avec une main-d'œuvre suftisamment experte, Elle peut venir en tête d'assolement et doit faire place périodiquement à d’autres cultures plus faciles.

celle-ci s'était rendu compte que les exploitations agricoles possibles demanderaient des directeurs compétents. Elle espérait que les usines d’égrenage installées en À. O. E. seraient appelées à se multiplier rapidement ; elle en déduisait la nécessité d’avoir un personnel de mécaniciens appelés à diriger les usines, à réparer sur place et entretenir les machines à égrener et à presser. Il y avait grand intérêt à former des jeunes gens aptes à bien diriger des usines d'égrenage. Les égreneuses sont des machines délicates qu’on ne pouvait abandonner à des indigènes inexpérimentés. L'industrie était toute nouvelle et inconnue en France, alors que les Etats-Unis possédaient plus de 30.000 usines d’égrenages et de nombreuses écoles professionnelles.

En septembre 1907, sur l'initiative de M. Ch. A. Marande, vice-président de l'Association cotonnière, l'Ecole pratique coloniale était fondée au Havre, centre du marché cotonnier français, avec le concours de la Chambre de Commerce et de la Municipalité (1).

Les essais poursuivis de 1903 à 1910 permettaient à cette époque de tirer quelques conclusions d'ensemble,

Les expériences d’acclimatement de variétés exotiques avaient échoué. Les plants américains, de très belle venue la première année, avaient dégénéré les années suivantes. On ne pouvait toutefois pas conclure à l'abandon définitif de ces expériences, car l’échec était peut-être dû au choix des variétés importées. Par contre,

1. Le programme est en vente à la librairie Vuibert, 63, boulevard Saint-Germain. Paris, Ve. Voir ce qui est dit plus loin : Chap. XII, Les connaissances techniques de l'Européen.

on procédait avec succès à la sélection d’une variété indigène au Dahomey.

Grâce aux usines d’égrenage, un petit mouvement commercial ne représentant à la vérité qu’un millier de balles était créé sur le coton indigène, mais ce mouvement allait croissant.

Les expériences de culture irriguée sur le Bas Sénégal à Richard-Toll et à Podor, faites industriellement sous la direction d’européens avaient montré qu’on pouvait obtenir les mêmes résultats qu’en Egypte.Un grand point était acquis. Aussi se proposait-on de continuer ces expériences en remontant d'étapes en étapes le cours du Sénégal pour aborder de Niger.

Outre les questions concernant la culture proprement dite et l’installation des centres d'égrenage on se préoccupait : 1° de développer le personnel de premier rang composé d’un nombre très insuffisant d’européens : il n'y avait qu'un seul agent par colonie ; 2° de doubler ce personnel supérieur d'un personnel de second rang susceptible de le seconder, voire de le remplacer pendant les périodes de congé ou en cas de maladie; 5° de former tout un personnel de troisième rang composé d'européens et d'indigènes, mécaniciens, employés, agriculteurs ; 4° de trouver la meilleure méthode à adopter pour attirer la main-d'œuvre indigène dans la proportion nécessilée par le développement de la culture ; 5° de pourvoir enfin au logement de tout ce monde.

Le programme de l’A. C. C. fut accompli durant les années 1911 à 1914 dans la mesure où le permettait l’exiguité de ses ressources.

Jusqu'en 1913, la Compagnie française du coton colonial était la seule entreprise commerciale française qui achetât le coton en À. O. F. en concurrence avec

lés maisons allemandes et son action était limitée au Dahomy. L’A. C. C. eut alors la satisfaction de constatér que quelques maisons françaises se présentaient sur le marché.

Survint la guerre. Les événements de 1914-1918 ont frappé particulièrement l'A. C. C. qui, du fait de la mobilisation a été privée de la presque totalité de son personnel tant à Paris qu'aux colonies. :

Le but unique vérs lequel ont tendu tous les efforts a été de maintenir en état de fonctionnement les usines d’égrenage afin de pouvoir assurer l'envoi de coton en France.

Ce but a été atteint et non seulement l’égrenage fut assuré, mais la production a augmenté, passant de 4.000 balles en 191 dans les colonies autres que l’Indo- Chine, à 5.590 balles en 1917 et 6.340 balles en 1918, la majeure partie de cette progression revenant à l’Afrique Occidentale (1).

L'après guerre laissa l'Associalion cotonnière coloniale assez désemparée. Le matériel des usines d’égrenage, qui avait travaillé durant cinq ans sans remplacements ou réparalions, était très fatigué et devait être remplacé. Le personnel était disparu ou dispersé. La crise économique mondiale des années 1920-1921 avait causé une baisse considérable des prix du coton. Le commerce n achetait plus. Aussi, les indigènes ne cultivaient que dans la stricte mesure de leurs besoins. L'incertitude des résultats obtenus au Soudan depuis vingt ans n'était

1. Rapport de M. C. Meunier au X° Congrès international cotonnier, 1920.

Pas enCcourageañte. Sauf quelques éxceptions, les industriels du textile dans leur ensemble, soit par ignorance,

soit par ég'oïsme, soit par attachement routinier à leurs habitudes, avaient pris peu d'intérêt à l'œuvre entreprise et marchandé les réssources indispensables. Malgré ces perspectives l'Association se remit à l'œuvre et le 21 décembre 1921 elle était reconstituée sur des bases nouvelles (1).

Fort heureusement, des circonstances favorables sont

1: Depuis 1914, lé même comité sous la présidence de M. G. Roy, industriel, et la direction de M. C. Meunier assurait la marche de l'Association. En 1922, le comité de direction a été cornposé comme suit : Président, M. Arthür Waddington, filateur tisseur ; vice-présidents “MM. Ph. Delmas, de Bordeaux, Le Cesne, Président de la Compagnie Française de l’A.O. F.,Général Patey ; vicé:président trésorier, M. Gaston Popelin, industriel, secrétaire général, M. Henri Donon, industriel ; directeur, M. l’Intendant Général Noguès ; membres : MM. du Pasquier, négociant, Flipo, président du syndicat des filateurs de Roubaix-Tourcoing, Laederich, Régent dé la Banque de France, Président du Syndicat Général de l'Industrie Cotonnière françaisé ; Lavoisier, président du syndicat des filateurs de Rouen; Lecesne, président de là Compagnie française de l'Afrique Occidentale ; H. Manuel, président du Syndicat des Filateurs de PEst ; Ch. A. Marande, ancien administrateur de la Compagnie cotonnière du Havre; C. Meunier, industriel, Schlumberger, président du Syndicat industriel alsacien ; Seguin, président de la Compagnie de l'Ouest-Africain ; O. Senn, administrateur de la Compagnie cotonnière du Havre ; R. Seyrig, Gérant de la Société des Etablissemerts Gévrges Koechlin à Belfort ; Wallaert, président du Syndicat des filateurs et retordeurs de coton de Lille:

Parmi les agents de l'A. C. C: en A. O. F. il convient de citer M. Roland de Ravel, ingénier-agronome, ancien élève de l'Ecole du Havre, agent général, MM. Laplace, Joly, Meyneng êt Roth, M. Foureau, chéf mécanicien, M. Millard, mécanicien.

Le dévéloppement de la culture cotonnière a été lié au sort de l'Association cotonnière, à l’appui de l'administration et au concours du monde colonial. Celui-ci compte nombre de propagateuts de la culture cotonnière.: On doit citer notamment M. Aug. Chevalier, chef de la mission permanented'étüdes de cultures et

venues encourager l'activité de la nouvelle direction. Les prix sans cesse croissants du coton ont ranimé la culture indigène au Soudan, où l’Association Cotonnière continue à porter principalement son attention. L’incertitude des changes, la crainte justifiée d’une diminution des exportations américaines, d’une famine du coton et de prix probhibitifs ont tourné vers l'Association cotonnière nombre d’industriels que les questions économiques d'intérêt général laissaient jusqu'alors indifférents. Alors que la moyenne des ressources fournies par l'ensemble de l’industrie textile oscillait avant guerre autour de 300.000 francs par an et que celles-ci étaient tombées à 136.000 francs en 1921, 80 0/0 des filateurs et tisseurs de coton ont consenti à l'association, en 1923, un versement annuel de un franc par balle de coton consommée par eux. Cette contribution assure actuellement une ressource d'environ 800.000 francs par an. La subvention annuelle de l'Etat au titre du ministère des Colonies et du ministère du Commerce qui, jusqu’en 1923, oscillait autour de 120.000 francs, est aujourd’hui de 400.000 francs. L’ensemble des ressources normales s'élève donc à 1.200.000 francs auxquels viennent s'ajouter une subvention unique et exceptionnelle de 4.000 000 francs provenant de la liquidation du consortium cotonnier avec une affectation déterminée (x).

jardins d’essais coloniaux au ministère des Colonies, directeur du laboratoire d'agronomie coloniale des Hautes-Etudes ; M. Paul Bourdarie, directeur dela Revue indigène, M. le général Ilélo, directeur du Comité du Niger et auteur du travail: La colonisation et la main-d'œuvre au Soudan et en Haute-Volta.

Au Soudan, MM. Prache et Morel administrateur, M. Froment, directeur de la ferme école de Barouelli ont apporté un précieux appui.

1. Cette subvention de 4.000.000 doit être consacrée exclusivement à la construction d'usines d’égrenage.

En tenant compte de la dévalorisation du franc, les ressources normales présentes ne sont d’ailleurs pas supérieures à celles d'avant guerre et, comme nous le verrons bientôt, très insuffisantes.

Néanmoins le redressement financier de l'Association cotonnière depuis 1923 a permis diverses initiatives indispensables, Quinze usines nouvelles d’égrenage permettant le traitement de 20.000 tonnes de coton brut sont aménagées ou en cours de construction. Une ferme école et une usine modèle ont été créées à Koutiala.

Si les ressources budgétaires normales, compte tenu de la valeur du franc papier, ne sont pas supérieures à celles d'avant guerre, la situation de l’Association est néanmoins plus forte qu’autrefois. Le coton brut valait avant guerre entre o fr. 15 et o fr. 40 le kilo contre 2 fr. à 2 fr. 50 aujourd'hui. L'Association était contrainte de consacrer la majeure partie de ses ressources à des achats aux indigènes pour enrayer la disparition du coton. Cette culture, toujours mal faite, était déficitaire et le commerce n’achetait pas. À l’heure actuelle, le décuplement des prix du coton fait que le commerce achète avec avidité ce coton vendu à un prix moindre que le coton américain et c’est une très lourde charge en moins pour l'Association. On ne doit pas néanmoins perdre de vue que la situation présente, apparemment prospère, tient aux prix élevés du coton et qu'il serait sage de profiter de cette circonstance pour diriger l’activité de l’Association vers les régions à rendement industriel. Dans tous les cas, l'intégralité des ressources peut être employée à la création d'usines d’égrenage, de fermes écoles et à la formation d’un corps d'ingénieurs spécialistes du coton qui seront employés dans la colonie.

* * Li

Les mesures administratives. — Dès les débuts de l'Association cotonnière, l'Administration de l'A. O. F. a porté intérêt à l'entreprise nouvelle. Le Service de l'Agriculture du Gouvernement général a pris la première initiative des expériences de culture par irrigation à Richard-Toll et a subventionné les essais postérieurs sur les mêmes terrains, par l’Association cotonnière. La station agricole de Koulikoro a prêlé une attention particulière à la culture du coton. Celle d'El Oualadiji (Cercle de Goundam) a étudié la culture par irrigation, étude continuée actuellement par les stations de Niénébalé, Baninkors et Soninkoura. Au Dahomey, les essais de l'Administration ont été conduits parallèlement à ceux de l'Association. À la Haute-Côte d'Ivoire, le pays cotonnier de l'A. O. F., c’est l'Administration de la Colonie, sous l'impulsion de M. Angoulvant, qui a coniribué à attirer l'attention sur ce pays où la culture indigène est la plus développée. C’est par elle que fut établie en 1921 l'usine d’égrenage de Korogho (x).

Toutefois, il ne semble pas que la bonne volonté de

1. Les services agricoles de l'A: O. F. ont fait au point de vue de l’organisation et des attributions l’objet d'un arrêté en date du 19 décembre 1912.

Aux termes de cet acte, le personnel du service de l'A. O. F. comprend des agents européens du cadre général, des agents indigènes, appartenant au cadre local (organisé par arrêté local du 18 décembre 1912) enfin des agents auxiliaires temporaires, européens ou indigènes. ILest prévu que ce service jouera un rôle de vulgarisation et d'apprentissage agricole, qu'il renseignera les colons, étudiera les dispositions relatives à l'irrigation, organisera des plantations modèles, enfin étudiera les diverses questions d'économie et de législation rurale;

l'Administration ait toujours obtenu les résultats souhaités par les Européens établis dans le pays.

L'Association a trouvé chez les différents gouverneurs généraux de l'A. O. F, la plus grande bienveillance et l'aide la plus efficace, mais les instructions données n’ont pas loujours été comprises ou suivies aux différents degrés de la hiérarchie administrative. L’un prétendait imposer à ses administrés la culture du coton d’une façon si impérative qu'elle les en détournait à tout jamais. Le voisin défendait expressément aux siens de la développer, persuadé qu’elle ne leur apporterait qu'une misère plus noire. Dans l'ignorance et l’incertitude des débuts, il était difficile d'apporter la méthode et l’esprit de suite désirables.

Le Gouvernement général et eelui de chaque colonie ont compté et comptent des hommes éminents.

Toutefois certains administrateurs ne paraissent pas avoir donné à l’Association un concours répondant à l’attente des intérêts européens. M. Raffin, président de la Chambre de commerce de Kayes, s’est fait l’interprète des maisons européennes dans un rapport au Congrès d'Agriculture coloniale de Paris, en 1918, dont nous reproduirons un extrait à titre documentaire :

« Jusqu'à ce jour, dit-il, le rôle de l’Administration pour tenter d'amener le développement des cultures a été bien peu efficace ; les divers gouverneurs qui se sont succédé ont bien tous pris des arrêtés pour essayer de stimuler le zèle des fonctionnaires chargés de l'administration des cercles, leur enjoignant de s’in- | téresser activement aux cultures dont dépend tout l’avenir de la colonie,les incitant à pousser leurs administrés à augmenter l’étendue de leurs champs de culture, etc, ; jout cela reste à peu près lettre morte ;

« Parce que les administrateurs des cercles ne tiennent, en général, aucun compte des instructions, circulaires, arrêtés concernant cette question de culture ; tout cela prend, à leurs yeux, la valeur d’une feuille de chou. »

«Parce que jamais on ne leur demande de quelle façon les ordres qui leur ont été donnés ont été exécutés et ce qui en est résulté.

« Parce que jamais il n’y a le moindre contrôle effectif dans les Cercles sur les mesures prises pour en assurer le développement économique par la création de larges pistes facilitant les communications entre villages et par les mesures prises pour faire cultiver davantage. Dans ses rapports sur la situation économique, l’administrateur peutraconter ce qui lui plaît. »

« Parce que, quand un administrateur va prendre la direction d’un Cercle, il fait obligatoirement l'inventaire des fonds du Cercle qui sont en caisse et en donne reçu à l'administrateur partant ; mais aucun inventaire, aucun document n'est établi pour indiquer le nombre, l'étendue et l’état des voies de communications existant dans le cercle, si les pistes sont à même de donner passage à une charretle ou à une camionnette pendant la saison sèche ; aucun document, aucune pièce justificative n’établit la quantité et le genre de produit ayant fait l’objet de transactions avec les commerçants du Cercle ; la prise de service est muette sur ces éléments d’une importance capitale, qui devraient être transmis d'urgence au gouverneur... (1). »

La critique de M. Raffin, bien sévère dans la plupart des cas, semble montrer qu'il n’a pas une idée tout à

1. Rapport de M. Raffin au Congrès d'Agriculture coloniale, Paris, mai 1918,

fait exacte de la psychologie du fonctionnaire auquel on ne peut demander d’être un agriculteur ou un industriel. Les arrêtés ou circulaires seraient applicables,non seulement s'ils étaient suivis des crédits nécessaires à la réalisation, mais si un personnel technique de direction accompagné de contremaîtres européens ou indigènes procédait à la réalisation. En face de noirs primitifs, ignorants et enlisés dans une routine séculaire, il va de soi que les arrêtés ou circulaires sont de nul effet quel que soit le zèle de l'administrateur. Celui-ci vit souvent dans un isolement pénible et se trouve impuissant devant ses administrés, si les instructions dépassent la compétence administrative courante, J'indigène ne voyant pas ou ne comprenant pas l'intérêt qu'il a de les exécuter. Les instructions, en ce cas, sont une preuve de la bonne volonté de la direction, mais elle ne dispose pas de la bonne volonté de la direction, mais elle ne dispose pas des moyens financiers et matériels d'exécution. Les administrateurs ont conscience de la lourde responsabilité leur incombant et ils savent quels efforts la Métropole, dont l'attention est de plus en plus attirée vers ses colonies, attend de leur activité et de leur esprit d’inititiative pour contribuer au relèvement d’une situation économique et financière obérée (1). Uneinitiative de l'Administration datant de quelques années est susceptible de donner des résultats positifs.

1. Notre administration coloniale a été autrefois, avant la création de l'Ecole coloniale, l’objet de critiques justifiées, alors que les fonctionnaires coloniaux étaient souvent recrutés au hasard des ministères, dans le monde des politiciens usés. Iln’en est plus ainsi depuis longtemps. Notre Ecole coloniale a constitué un corps de jeunes fonctionnaires émérites et particulièrement compétents. 1l importe de faire disparaître l'impression laissée par une organisation périmée,

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