‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 31 sur 69 · Î {PR PROBLÈME COTONNIER · texte numérisé non relu

Î {PR PROBLÈME COTONNIER

la transformation de la culture du coton en une industrie indigène commercialement organisée. Le noir, diton, a peu de besoins, même s’il vit depuis longtemps en compagnie des blancs, comme aux Etats-Unis. La culture sèche du coton est une culture pauvre et c’est, croit-on, avec le noir que le prix de revient restera le plus bas.

Cette affirmation ne saurait avoir un caractère exclusif. Le Chinois, l’'Hindou, le Cambodgien, cultivent également le coton et rien ne tend à démontrer que la prolifique race jaune ne serait pas cap: ble de s’adapter à la culture des pays tropicaux africains.

Quant à la culture irriguée. elle est pratiquée principalement par le fellah égyptien et l’indigène du Turkestan, assez semblable physiquement à l’indo-européen. ;

En attendant que l'hypothèse de l'introduction d’une race étrangère à l’A. O. F. soit suivie d'expériences concluantes, nous ne disposons que de noirs primitifs, ignorants et très inférieurs au fermier américain de couleur, cependant de même origine.

Nous savons que l’indigène de l'A. O. F. ignore en

général les premiers éléments d’une culture rationnelle.

En ce qui concerne les conditions d’exploitation, l’expérience a démontré que le pays, dans sa majeure partie, ne parait pas mûr pour les plantations dirigées par des blancs et qu'il'y a intérêt à initier d'abord le noir à l'usage de l'animal de trait et de la charrue.

Quelques exploitations européennes commencent à s'établir en À. O.F.et il est urgent d’éduquer l’'indigène afin de résoudre, au moins partiellement, le problème ardu de la main-d'œuvre. L'initiative européenne n'est pratiquement pas possibie dansune région quine possède

ET L'AFRIQUÉ OCCIDENTALE FRANÇAISE oif

pas les premiers éléments de la civilisation. Le planteur, livré à iui-même, est voué à l'insuccès devant une nature vierge et une population demi-sauvage.

L'enseignement agricole élémentaire, qui semble facile de prime abord, présente en réalité des difficultés considérables et nécessite un effort suivi et important. Les conseils, les instructions verbales, les encouragements, sont pour ainsi dire de nul effet sur les méthodes de culture des noirs. Les inspections des administrateurs et des agents de culture, les palabres et les conseils aux chefs de villages et aux indigènes, le travail dans les champs d'essais, les encouragements sous diverses formes,sont restés presque sans résultat devant la routine et la force d'inertie. D’ailleurs le noir obtient ce qu'il désire d'une nature généreuse en gratlant le sol avec la houe et ses besoins sont maigres.

On estimait que les tirailleurs noirs de la guerre, venus en Europe au nombre de 163.000 et rentrés dans leurs villages après avoir vu nos paysans cultiver leurs champs, adopteraient volontiers la charrue. Des charrues ont été données par des Sociétés privées el par l'Administration. Le noir la range en bonne place dans la case comme un meuble de luxe et un souvenir de l’industrie du blanc. On ne persuadera pas le cultivateur noir à changer d'une manière quelconque son système de culture. Il y faut l’exemple permanent du blanc, une certaine contrainte et un long travail person:-

nel (1).

1. Cette règle souffre cependant quelques exceptions. Dans certaines régions où le cheptel est suffisamment abondant et les bœufs assez dociles, comme en Guinée,quelques indigènes adoptent assez facilement la charrue, Grâce à l'active impulsion de M. le Lieutenant-Gouverneur Poiret depuis une dizaine d'années,

Devant les .insuccès du passé, on a cru trouver un moyen efficace dans la création des fermes-écoles où seraient pratiqués l'élevage et le dressage des animaux de trait, l'emploi suivi de la charrue et des instruments agricoles, une culture rationnelle du sol.

Les indigènes, qui ne peuvent mettre en culture actuellement que des espaces restreints, dont une grande partie consacrée à la production des denrées vivrières indispensables à leur existence, seraient à même de décupler leurs cultures sans avoir à fournir un travail physique supérieur à celui que le climat leur permet de

donner.

Les Allemands persuadés justement que l'usage des animaux de trait devait être le prélude du développement de la culture cotonnière au Togo, avaient fondé, en 1904, à Nuaija, une ferme-école considérable à l’usage des jeunes indigènes. Elle avait pour but d'initier ces derniers à la culture du coton.

La direction de la ferme-école était confiée au nègre américain John W. Robinson, en collaboration avec d’autres noirs également immigrés. Dans ses fonctions, Robinson fit preuve d'initiative personnelle en parfait accord avec les indigènes qu’il traitait avec droiture ; La connaissance de la langue des indigènes lui facilita considérablement sa tâche ; de plus, par le fait qu'il mettait lui-même la main à la pâte, il augmenta la confiance des indigènes, en leur donnant un exemple encourageant.

Tout d'abord les élèves de 16 à 20 ans furent soi-

on compte actuellement un millier de noirs guinéens utilisant la charrue et possédant 2.000 bœufs dressés.

gneusement choisis dans la population agricole des différents districts ; on admit les plus intelligents, les plus dociles et les plus forts en vue de pouvoir vaquer aux plus durs travaux nécessités par la culture du colon. Leur nombre atteignit bientôt environ r00 élèves. Ils travaillaient selon un plan d'instruction comprenant tous les travaux relatifs à la culture et à la préparation du coton. Les jeunes gens y étaient spécialement instruits dans le choix de bonnes graines, l'examen des conditions climatériques, l’époque et la profondeur correcte de la plantation, l'emploi pratique de la charrue et des instruments aratoires rationnels ; les soins à donner au bétail de trait, l’adoption de moyens de transport par animaux de trait ; la réalisation d'engrais naturels, l’application d’une succession convenable de produits du sol et les mesures nécessaires à l’amélioration des variétés de coton.

Le cours complet d'instruction à Nuatja durait trois ans. En outre des grands champs de coton exploités en commun, chaque élève possédait personnellement un champ d’un hectare qu'il travaillait lui-même au cours de sa deuxième année d'école. Les bénéfices réalisés sur la moisson jusqu’à sa sortie de l’école lui appartenaient en toute propriété. Pour exciter l’émulation, les élèves dont le champ était le mieux exploité et rapportait le plus, recevaient des prix. Pendant la troisième année, chaque élève devait planter les meilleures des graines obtenues dans son champ la deuxième année ; de la sorte, on les guidait dans un choix judicieux de la semence.

Les élèves de l’école de Nuatja touchaient une indemnité mensuelle de 12 marks la première année, et 15 marks la seconde et la troisième année, avec, en-

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plus, lé produit dé la moisson de leur petit champ, qui devait servir à leur entretien pendant les premiers mois d'établissement à leur compté.

Les élèves dont l'instruction était terminée retournaient dans leurs districts d’origine où ils s’établissaient sur un terrain concédé par la commune ; niais comme plus tard ils avaient encore besoin d’être contrôlés él surveillés, ils n'étaient pas dispersés dans tout le dis:

trict ; au contraire on les groupait autant que possible dans des établisséments fermés. On allouait à chaque nouveau planteur à son compte 8 hectares de terrain, dont deux devaient être mis en culture de coton et les six autres étaient employés à la succession des cultures d’assolement. Chaque élève dont l'instruction était terminée recevait, à sa sorlie dé l'Ecole, une pioclie, une houe, une fourche à fumier, quatre chaînes d’attelage et un seau ; la commune mettait à sa disposition, autant que possible, deux à trois bœufs de trait, de façon à lui permettre d'exploiter sa concession d’une manière rationnelle, On s'efforçait dé marier les élèves sortants en même temps qu’ils s'établissaient à léur compte, car on estimait avec juste raison, la présence d’une femme indispensable à la bonne marche de la nouvelle plantaion. Les graines dont ils avaient besoiti leur étaient délivrées gratuitement. Les nouveaux planteurs étaient à la charge de leur commune jusqu'après la rentrée dé la première moisson; les moissons leur appartenaient et pour en faire l'évaluation financière, on les aidait de conseils et au besoïn on ägissait pour eux.

L'expérience démontra qu'après leur période d’instruction de trois ans à l'Ecole d'agriculture, les élèves n'avaient pas encore acquis une maîtrise suflisante dés méthodes enseignées à l'Ecole surtout én ce qui con-

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