SUR L’INTRODUCTION D’UNE MAIN-D'ŒUVRE ÉTRANGÈRE A L’A. O.F
L'éducation agricole des indigènes paraît devoir demander l'effort de plusieurs générations et ce n'est pas en quelques années qu’on modifie les mœurs d’une race ou qu'on peuple une colonie, où de vastes territoires exploitables n’ont pas plus de cinq habitants au kilomètre carré. Cette insuffisance numérique est peutêtre le plus grand obstacle au développement rapide du pays. Toutefois, il ne serait pas impossible qu'avec de la méthode et une organisation puissante on arrivât assez rapidement à des résultats probants.
La situation économique et financière de la Métropole ne permet pas d'attendre un demi-siècle ou davantage l’aménagement de ses colonies, surtout lorsqu'il s’agit d’une colonie voisine comme l’A. O. F., appelée à former nos Provinces du Sud. Alors se pose la question de l'immigration de populations étrangères à l'A. O. F., question délicate et controversée.
La plupart des personnages officiels et de nombreux Européens ayant séjourné dans la Colonie, ont posé en principe que la colonisation de l'A. O. F. ne peut être effectuée que par les noirs autochtones. Cette idée est résumée dans une formule un peu vulgaire, mais précise dans sa concision: « Il faut faire du nègre ».
Au projet d'introduire en A. O. F.une race étran-
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ère, on objectera que l'Afrique est le pays du noir,que seul le noir est acclimaté et remplit les concitions physiologiques permettant de travailler dans ces régions. On ne manquera pas de faire valoir l'opposition possible des gouvernements des pays d'origine, le danger que présenterait l'introduction d’une race différente, les conflits avec les indigènes qui menaceraient la paix intérieure, les maladies nouvelles, les difficultés de toutes sortes provenant de la différence de langue, de mœurs et de religion. Autant les uns accueillent avec sympathie et sans examen sérieux toute idée nouvelle, autant les autres lui sont de prime abord hostiles. Cependant l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale, l'Awmérique du Sud, l'Australie, la Nouvelle Zélande, ont été peuplées avec des immigrants et on y rencontre des climats analogues et quelquefois plus durs que ceux de VA. O. F. Les noirs africains eux-mêmes ne peuplentils pas le Sud des Etats-Unis, l'Amérique centrale, le Brésil ?
L’européen est mis par le climat hors d’état de cuitiver la terre, et l'A. O. F. ne sera pas une colonie de peuplement européen. On remarquera cependant que dans la moitié nord du Brésil à climat tropical et équatorial, en Amérique Centrale et aux Antilles, les descendants des anciens planteurs blancs sont aujourd'hui parfaitement adaptés au climat et pourraient se livrer à un travail manuel s'ils ne disposaient pas de maind'œuvre noire ou indigène. Les blancs vraiment acclimatés en À. O. F. seront ceux nés dans le pays à partir de la deuxième ou troisième génération. Mais là n’est pas la question puisqu'il s’agit d'introduire en A. O. F. une main-d'œuvre utilisable le plus tôt possible, c’est-à . dire éduquée et provenant d’un climat analogue au cli-
D ré |
mat africain tropical. De plus, l'introduction de manœuvres serait loin d’être suffisante, On doit implanter dans le pays et dans les régions les plus propices et les moins habitées des familles d’immigrants faisant souche et atlachées à la terre.
Les noirs des Etats-Unis installés en petit nombre en Afrique Orientale allemande, se sont très rapidement adaptés au climat. Par contre, les quelques essais de main-d'œuvre asiatique faits en Afrique avec les chinois etles annamites, n’ont pas donné satisfaction. Comme on le verra plus loin, ces essais ne démontrent nullement qu'une immigralion asiatique est impossible, mais qu'il y faut de la méthode et de la patience.
L’A. O. F. représente près de huit fois la surface de la métropole et la colonisation partielle de certaines régions peu habitées ne présente aucun danger de conflit avec les autochtones. L'avenir des entreprises européennes, l'établissement même des européens, dépendront pour une bonne part de la quantité et de la qualité de la main-d'œuvre étrangère.
Cette colonisation ne doit pas être laissée au hasard. Dans ce pays encore barbare, elle est pour une bonne part subordonnée à l'établissement de l'outillage économique le plus indispensable : chemins de fer, routes, travaux d'irrigation permettant à l’immigré, füt-il asia-
tique, de vivre avec un minimum de confort. La famille
de l'immigrant qui n'aurait pas une place assurée, un logement sain et toute l’aisance désirable, serait vouée à la misère, sinon à la mort dans un pays inorganisé. L'intervention administrative et celle de puissantes s0ciétés privées serail indispensable au début et des sacrifices d'argent à consentir.
Comme dans toute entreprise nouvelle et complexe
il y a une période de tâtonnements, d'échecs et de succès à traverser. Seuls ceux qui ne font rien ne se trompent pas. Les débuts seront modestes et serviront de sujets d'expériences. Après quelques années, on saura peut-être comment peupler les régions du Niger, à culture irriguée qui sont presque sans habitants ei qui en réclament plusieurs millions.
Une société d'immigration subventionnée par la colonie et la Métropole, agissant en vertu d’une réglementation bien établie, sous le contrôle et avec le concours moral de l'administration, en rapport avec les chambres de commerce ét les sociétés européennes, pourrait, semble-t-il, mener à bien une telle entreprise. Cette formule semble préférable à la création d’un service d’immigration au gouvernement général. Il faut, dans cette affaire, beaucoup d'initiative et de liberté. La liberté des fonctionnaires est entravée par des causes multiples. Il n’en va pas de même de celle d'une société privée, même si cette société est liée par des règlements ou des instructions administratives. D’autre part, la responsabilité du Gouvernement général ne serait pas engagée directement dans une entreprise complexe.
Quelles sont les régions de l’A. O. F. où on pourrait dès maintenant procéder à des expériences probablement profitables ? |
La zone d'irrigation du Moyen Niger où vont être exécutés les travaux de M. l'ingénieur Belime est presque inhabitée. Plus au Nord, la Compagnie de Culture cotonnière du Niger, installée à Diré a dù faire venir pour une bonne part, ses 5.000 indigènes du Mossi situé
à une distance de 600 kilomètres. Cependant le pays est sain. Le Macina a un climat sec qui est peut-être celui de l'A. O. F., le plus convenable à l'Européen. La colonisation de ce pays semi-aride, à transformer par l’irrigation sur des milliers de kilomètres carrés, ne sera faite que lentement au fur età mesure de l’aménagement hydraulique. L’Africain du Nord, le fellah d'Egypte, le Kabyle, le Marocain, peuvent très bien travailler dans le pays. Pour des raisons économiques et politiques, il semble qu’ils doivent être préférés aux noirs indigènes. La présence séculaire des Maures et des Touaregs originaires de l'Afrique du Nord, celle des Peulhs originaires de la Haute-Egypte, démontre déjà l’attirance de la boucle du Niger sur ces peuples.
Le succès d'un mouvement d'immigration provenant du Nord et de l'Ouest est subordonné à l'exécution du Transsaharien reliant le Sud-Oranais à la boucle du Niger. I] est démontré aujourd’hui que ce transsaharien peut être créé sans nécessiter destravaux d'artimportants. Les missions automobiles et d'aviation, se succédant sans arrêt depuis 1923, ont fini par gagner au projet l'opinion publique et laissent espérer que dans un délai relativement court, on pourrait procéder à l’exécution.
L'introduction du fellah égyptien sur le Moyen Niger ne paraît pas chimérique. L'Egypte compte en effet quinze millions d’habitants entassés sur le Delta et l’étroite bande des rives du Nil. La densité moyenne, abstraction faite des surfaces désertiques et inhabitées, est de 300 habitants au kilomètre carré, une des plus fortes du monde. La population a presque triplé depuis un demi-siècle et est arrivée à ce point de saturation que l’émigration va devenir une nécessité. L'Egypte, pays agricole, n'est guère composée que de fellahs. La
population des villes y forme une infime minorité, Aussi la terre atteint-elle des prix exhorbitants et il est courant de payer dans le delta l’hectare plus de 20.000 francs.
Jusqu'à une période récente le paysan égyptien s’estimail moins volé, moins maltraité par les fonctionnaires anglais que jadis par ses pachas. Mais ce temps n’est plus. L’enrôlement forcé de plus d'un million de fellahs dans lPEgyptian Labour and Camel transport Corps, les réquisitions de céréales et d'animaux domestiques, les contributions levées au profit de la Croix- Rouge, ont soulevé, durant la guerre, des colères qui ne sont pas éleintes et des rancunes qui n'attendent peut-être que le moment de s’assouvir. L'Orient souffre en silence, mais n'oublie jamais rien. On parle des frères, des enfants morts là-bas, en Palestine, par excès de fatigue ou par manque de soins. Il est vraisemblable qu’en offrant au fellah une existence plus large sur des terres hon marché et aménagées comme dans son pays d'origine, où il se livrerait aux mêmes cultures et notamment à celle du cotonnier, on parviendrait à créer, grâce au transsaharien, un mouvement d'immigration sur le Moyen Niger, qui, par cette voie ferrée, ne serait pas à une très grande distance du pays d’origine. Il n’est pas à craindre que le paysan égyptien émigre en nombre dans le Soudan égyptien, car si les soudanais exécrent leurs nouveaux maitres, les Anglais, ils n’ont pas plus de sympathie pour leurs anciens maîtres, les Egyptiens malgré la communauté de-religion et la similitude de langage.
Quant à la main-d'œuvre kabyle et marocaine, son emploi ne se ferait peut-être pas sans rencontrer quelque résistance des gouvernements de l’Afrique du Nord, parce ce qu’elle n’est pas nombreuse. Cependant les
Kabyles et les Marocains sont aujourd’hui utilisés dans l'industrie et l’agriculture de la métropole et leur présence n'est pas sans offrir quelque danger social et moral. Îls seraient sans doute mieux à leur place dans les cultures cotonnières irriguées du Moyen Niger.
Le peuplement de la zone d'irrigation du Moyen Niger et de la boucle du Niger par des Africains venus d'Egypte ou du Nord, présenterait un avantage politique : on installerait ainsi dans le pays une population de race blanche, plus proche de nous que les noirs, dont l’éducation agricole ne serait pas à faire, assimilable avec le temps et constituant les marches du monde blanc au cœur de l'Afrique. Le jour où le désert sera traversé par la voie ferrée, la présence d’une race blanche dans la boucle du Niger peut entraver l’utilisation des noirs dans l’Afrique du Nord et éviter les problèmes et les incidents causés par la présence des hommes de couleur comme aux États-Unis.
Si la présence du paysan égyptien et de l'Afrique du Nord est possible et désirable dans le Macina et la boucle du Niger sur les confins de la Mauritanie et du désert, où le fellah retrouve un habitat analogue à celui de son pays d’origine et les mêmes cultures irriguées, notamment celle du cotonnier, il semblerait présentement aléatoire d'employer une autre main-d'œuvre que la main-d'œuvre noire au cœur même de la colonie.
Le comité Colonial allemand a regretté de ne pas avoir poursuivi avec plus de méthode l'utilisation de fermiers américains de race noire au Togo. Par conireil les a employés avec succès ‘en Afrique Orientale. La
zone de culture sèche du cotonnier en Haute Côte d'Ivoire étant maintenant connue et la construction de la voie ferrée Bouaké-Bobo-Ouagadougou poussée avec assez d'activité, il semblerait tout indiqué de faire venir des Etats-Unis des fermiers noirs auxquels une situation avantageuse serait réservée (1). |
Le fermier noir américain est originaire d'Afrique et provient surtout des anciens marchés d'esclaves de l'Ouest africain. Son acclimatement peut être rapide et sa supériorité sur les autres indigènes d’un salutaire exemple. Son emploi, limité au début à quelques dizaines de familles, ne soulèvera pas d'opposition de la part des Etats américains intéressés, s’il est présenté comme une expérience utile ayant un champ d'action bien déterminé.
Si la question de la main-d'œuvre et de la désertion des campagnes ne se posait pas aujourd’hui avec une certaine acuité aux Etats-Unis, on pourrait même se demander si le Gouvernement de Washington ne verrait pas avec satisfaction le départ d’un grand nombre de noirs.
A ce sujet, et dès 1911, le délégué allemand au VIITe Congrès International cotonnier, s’exprimait ainsi :
« Pour ce qui est de l'instruction de nos indigènes en « Afrique, il faudrait peut être prendre en considéra- « tion qu'on obtiendrait une extension plus rapide de la « culture du coton si nous attirions dans nos colonies « des noirs américains parfaitement instruits en théorie « el en pratique. Le nègre originaire de l'Afrique est le
1. Voir ce qui est dit à ce sujet dans le chapitre : Passé et avenir de la culture sèche.
« propre facteur de la culture du coton aux Etats-Unis « de l'Amérique du Nord.
« L’excitation inouïe qu’a causée en juillet dernier «aux Etats-Unis, la victoire d'un champion noir sur un € blanc, dans un assaut de boxe, jette une lumière crue « sur le profond abîme que forme encore la question de « race entre les habitants de couleur blanche et ceux « de couleur noire dans l'Amérique du Nord. Il n’est « pas nécessaire d'accepter trop sérieusement la pro- « position radicale, conforme aux anciennes idées de « Lincoln, que fait William P. Pickett dans son livre « The Negro Problem : la création d’une émigration « soi disant volontaire, subventionnée par l'Etat avec « plusieurs centaines de millions de dollars en vue « d’éloigner des Etats-Unis les dix millions de nègres « qui vivent dans notre Grande Union ».
« Cependant, nous pourrions attirer facilement de ce « fait, dans nos colonies, en Afrique surtout, un nombre « limité de nègres américains intelligents ».
« J'ai relaté dans la Deutsche Kolonial Zeilung en « 1908 les conversations que j'ai eues à ce sujet avecles « deux celèbres leaders nègres, Le D' Booker T. Was- « hington et le professeur Dubois. Le succès que le « Comité colonial économique a remporté dans la per- « sonne d’un élève de l'institut nègre fondé à Tuskegee « par Booker Washington, John W. Robinson, pendant « les neuf années durant lesquelles il a contribué à l’in- «troduction de la culture du coton au Togo, doit cer- « tainement nous encourager à étudier cette question « avee une plus grande attention (1). »
1. D’après le rapport de Moritz Shanz, délégué allemand au Ville Congrès International cotonnier, Barcelone, 1911.
Le recrutement et lé choix de quelques noirs américains serait facile. Mais si, en vue d'arriver à une progression rapide de la colonie, on visait à l'immigration de quelques milliers de familles, alors une organisation spéciale deviendrait nécessaire en vue de les adapter rapidement à un milieu différent et d'assurer leur établissement. Il est certain que si, dans une région déterminée, par exemple dans la région Korogho-Sikasso-Bougouni, le Gouvernement de la Colonie arrivait à créer, dès l’arrivée de la voie ferrée, un noyau de population de fermiers instruits et capables, ce serait un grand progrès sur la situation présente.
Une des méthodes de réalisation possible consisterait à faire subventionner par la colonie et l'Association cotonnière une société privée de défrichement, construction et aménagement de fermes cotonnières vendues isolément ou en groupe et à tempérament. Il n’est d’ailléurs nullement prouvé que l’achat de ces fermes pourvues d’une main-d'œuvre expérimentée n’intéresserait pas certains industriels du textile, français, belges, polonais, tchéco-slovaques. La vente à des industriels de pays amis et alliés aurait l'avantage d'attirer dans le pays un certain nombre d'Européens, qui contribueraient au progrès de la Colonie.
L'utilisation en nombre d’asiatiques formant un peuplement soit sur le Moyen Niger, dans la culture irriguée du cotonnier, soit en Haute Côte d'Ivoire, dans la zone de culture sèche, paraît présenter aujourd’hui de grandes difficultés. Les insuccès rencontrés en Afrique dans les rares expériences faites à ce jour, ont d’ailleurs
créé chez les Européens de l'Ouest africain, un état d'esprit hostile à l'introduction d'une main-d'œuvre asiatique. Cependant, dans une colonie aussi vaste que l'A. O. F. il est des territoires côtiers où la présence de l’Asiatique est possible et aurait l'avantage d'augmenter l'effectif de la main-d'œuvre. Ce serait, par exemple, pour l'exploitation de la grande forêt sur la Côte d'Ivoire à proximité de la mer, où le développement des cultures du palmier à huile, du cacaoyer, du caféier, nécessite chaque jour une main-d'œuvre plus nombreuse qu’on ne trouve pas dans le pays et pour l'exploitation de la Basse Casamance pays fertile et d'avenir habité par des noirs proches de l’animalité et nor éduquables.
Les objections faites reposent principalement sur les expériences suivantes :
Le Génie militaire a fait venir des Annamites employés à la constraction du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé. Ces immigrés se seraient montrés incapables de fournir un travail sérieux ; beaucoup séraient morts de maladies; certains attribuent à leur présence l'apparition de la fièvre jaune. Finalement le résultat fut mauvais. Quand Îles travailleurs ont été répartis sur les chantiers, dans des conditions hygiéniques insuffisantes avec une nourriture à laquelle ils n'étaient pas habitués, la route de Kayes au Niger n’était autre chose que Ia brousse avec ses fatigues, ses privations et ses dangers. Les travailleurs n’avaient ni la nourriture, ni le logement, qui leur convenaient. Lés Annamites sont souvent fragiles, petits et maigres. Ils auraient péri dans leur propre pays s'ils avaient travaillé dans les mêmes conditions.
Les Belges ont fait venir des Chinois au Congo, pour la construction du chemin de fer de Matadi. Ces Chinois ont
déserté en partie dans la forêt tropicale où ils sont morts de misère. Quelques-uns ont traversé toute l'Afrique et on en a retrouvé trois années plus tard sur la côte du Pacifique, en marche vers leur pays d’origine. La cause principale de ces désertions était, paraît-il, que l'Administration belge avait omis de renvoyer dans la terre des ancêtres les corps de ceux qui étaient décédés. L’insuccès était causé par le manque de respect des croyances religieuses.
On a créé au Congo une Colonie pénitentiaire à l’usage des Annamites, qui n’a pas donné des résultats favorables Mais le climat du Congo est celui de l'A.O.F. sont très différents. Cet insuccès ne prouve pas qu’un bon résultat ne serait pas obtenu en A.O.F.
Les Anglais, vers 1905-1906, ont importé des milliers de Chinois dans les mines d’or du Transvaal où le travail est très dur. Le mineur travaille souvent à une profondeur de 300 à 600 mètres. La chaleur est torride. Les poussières et les écarts de température avec la surface sont une cause très fréquente de tuberculose pulmonaire, Les Chinois donnaient satisfaction, mais une longue et ardente campagne humanitaire fut menée en Angletere et au Transvaal contre cet emploi de la maind'œuvre jaune. La direction des mines fut contrainte de la rapatrier.
Les quelques expériences faites jusqu'ici sont loin d'être concluantes. Elles prouvent seulement que l’emploi de la main-d'œuvre asiatique n’est possible que si l'on met le travailleur dans des conditions favorables d'hygiène, aussi bien morale que physique. Il n’a pas été fait d’ expériences de peuplement avec des familles de jeunes cultivateurs. C’est là une entreprise qui ne peut être livrée au hasard et qui exige une étude appro-
fondie et une méthode rationnelle. Toutes les formes de climat, du plus froid au plus chaud, existent en Asie : les races y sont plus variées qu'en Europe. En très grande majorité, elles sont plus intelligentes ct surtout plus travailleuses que le noir africain.
L'élément importé cohabitera-t-il sans heurt avec la population autochtone, étant donné qu’il n'y aura aucune communauté d’origine ni de religion et aucune similitude de mœurs? D'abord l’immigrant sera installé sur la côte dans des régions où la population autochtone est . peu nombreuse êt les conflits ne seront guère à craindre. D'autre part, cet émigrant appartenant à une civilisation supérieure à celle du noir, il est vraisemblable qu’il se produira ce que l’histoire enseigne ailleurs à savoir, que si deux peuples de culture différente sont intimement mêlés sur un même sol, celui à civilisation supérieure finit par imposer ses mœurs. Nous avons l’exemple de l'Amérique du Sud, où des immigrants d’origine très différente ont pu s'établir et prospérer sans lutte avec la population autochtonne. D'ailleurs cette question est toule théorique et ne se poserait que si les immigrants étaient en nombre. Elle ne présente, à l’heure actuelle, aucun intérêt pratique.
N'oublions pas que l’A. O. F. a 3.900.000 kilomètres carrés et seulement 12 millions 1/2 d'habitants, que d'immenses territoires cultivables ont à peine 5 habitants au kilomètre carré. Les rives du Sénégal par exemple, sur un parcours de 900 kilomètres ont à peine 150.000 habitants. La région du Moyen-Niger où se fera la culture par irrigation sur une longeur de 500 kilomètres et une largeur allant de 50 à 250 kilomètres, qui peut devenir une des plus riches contrées du globe, n'a pour ainsi dire pas d'habitants.
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Dans un pays aussi vaste et aussi peu peuplé que l'A. O. F. il y a place pour tous. Au lieu de heurts et étant donné la nature du noir, ne se produira-il pas plutôt un croisement des races?
L’objection venant de l'introduction possible de maladies nouvelles, est sans valeur. Des races diverses cohabitent dans les Indes anglaises et néerlandaises, la Birmanie et l'Indo-Chine. Les Japonais sont en Californie et dans l'Amérique du Sud. Avec une hygiène publique et privée suffisantes, l’immigration asiatique n’est pas plus dangereuse pour l’indigène que l’immigration européenne.
Une grande difficulté est de savoir d’abord quels immigrants conviennent au pays et au climat. Il faut en Afrique Occidentale des familles de jeunes agriculteurs attachés à la terre, travailleurs et pacifiques. On installera des familles de fermiers.
Le chinois qui émigre sur les côtes du Pacifique, dans les îles de l'Océanie, et jusqu'à Madagascar, devient rapidement un petit ou un grand commerçant. Il n’aime pas le traveil de la terre. C’est un homme d'affaires qui ne convient pas à l'A. O. F. Mais la Chine est un vaste monde, divers de race, de langue et de mœurs. La Chine seule est plus grande que l’Europe. Il existe en Chine des régions surpeuplées d’agriculteurs attachés à la terre. C’est une étude à faire, une méthode à adopter. La question est simplement posée.
Le Ferghana et certaines provinces du Turkestan où on cultive principalement le coton,possèdent une population dense. Or, le natif de l'Asie Centrale est un ouvrier agricole idéal et le climat du Ferghana a quelque ressemblance avec celui du Soudan.
Il y a entre l'Hindou le Malais et le noir, au point de vue physique, une certaine affinité de race. L'Hindou est supérieur au noir. Les Hovas de Madagascar, d’origine malaise, font la richesse du pays. Aucune expérience n’a démontré jusqu'ici que les hindous et les noirs ne pourraient pas cohabiter et mème fusionner.
Le paysan japonais est un excellent agriculteur qui, dans son pays, fait rendre le maximum au petit lopin de terre qui lui est échu. Le Japon est surpeuplé. Une notable partie de la population est contrainte d'émigrer. Une modeste expérience d'immigration japonaise en À. O. F. sous forme de création de quelques villages, dans un lieu à déterminer, présenterait de l’intérêt, principalement au point de vue de l'acclimatement et de la capacité de travail agricole sous le climat africain. Des Japonais cultivent déjà le coton en Asie. Ils se sont adaptés au climat tropical.
Les indigènes de Malaisie et de Java sont d'excellents cultivateurs qui ne craignent pas d'émigrer et qui commencent à être utilisées en Nouvelle-Calédonie par des Sociétés françaises agricoles. Ces indigènes trouveraient en Guinée un climat semblable à celui de leurs pays d’origine (1).
L'idée d’une immigration asiatiqueen A.O.F. ne vapas sans rencontrer des contradicteurs intransigeants. Sur quels faits positifs se basent-ils puisqu'aucune expérience sérieuse n'a été faite à ce jour ? L’immigration n'existet-elle pas dans tous les pays neufs dont la mise en valeur est commencée ? En A. O. F. devant une population mineure, la question se pose peut-être autrement
€. Le comité de l’Asie française à Paris serait peut-être désigné pour étudier la question d’une ere asiatique et indiquer les solutions possibles.
qu'ailleurs. Elle se pose quand même avec autant de force.
Nous sommes devant la nécessité de mettre en valeur un immense pays où l'européen ne peut pas travailler manuellement. On n’aboutira pas sans une maind'œuvre suffisamment nombreuse et éduquée. À ce point de vue, nous savons ce que vautle noir et combien longue sera son éducation. Quelle autre solution que de chercher ailleurs la main-d'oeuvre complémentaire augmentant l'effectif général ?
Il est incontestable que les difficuliés sont grandes, mais ce n’est pas une idée chimérique. Le recrutement, le transport, l’acclimatement, l'établissement de populations à mœurs et traditions diflérentes, nécessitent de la persévérance, de la méthode, une organisation spéciale, l'appui de l’administration : ces difficultés ne sont pas insurmontables (1).
Pour répondre en un mot à toutes les contradictions remarquons que nous ne proposons pas l’introduction de la main-d'œuvre asiatique dans l’intérieur du pays, mais uniquement sur la côte et en choisissant exclusivement des familles de travailleurs agricoles.
1. I est certain qu’une entreprise comme celle-ci exigerait de l'esprit de suite durant de longues années. C’est pourquoi il semblerait préférable qu'elle soit confiée à une société privée subventionnée par le gouvernement général, indépendante des changements de personnes et de méthodes qui se produisent dans le personnel administratif. A titre de simple indication et sous réserve d'une étude sérieuse, les recettes pourraient provenir : 1° de subventions ; 2° de commissions perçues auprès des entreprises européennes auxquelles la société procurerait la main-d'œuvre; 3° des contrats avec les immigrants, qui dans un délai plus ou moins long, devraient rembourser une partie des frais de transport et autres; 4 de la vente à tempérament
d'exploitations aménagées par la société à laquelle des terres
auraient été concédées gratuitement par le Gouvernement de la Colonie.