LES EUROPÉENS EN A. O. F
1° Les Européens et l’Aclimatement.
2° Le Capital à engager par l’Européen.
3% L’Instruction et les connaissances techniques de l'Européen
Il est admis par tous ceux qui ont parcouru l'A. O.F.. et étudié la Colonie, que la mise en valeur de ce pays riche et demi-sauvage et l'élévation à un degré social supérieur d'indigènes primitifs, ne pourront être obtenues sans la présence et l'autorité de nombreux Européens, hommes et femmes.
L’Européen, par son industrie, par ses machines, pourvoira aux besoins généraux que l’indigène n’assure qu'avec beauçoup de temps et de peine en travaillant à la main; fabrication de graisses végétales et d'huiles, décorticage du mil et du riz, égrenage du coton, débitage du bois, etc... Il enseignera l’usage des animaux de trait, supprimera le portage à tête d'homme. Son esprit inventif lui fera vite trouver le matériel le mieux adapté à l’indigène et au sol, depuis la simple brouette et les outils à main jusqu'aux machines plus complexes. Les entreprises européennes pourvoieront au débroussement, désouchage et défrichement par tracteurs sur les nouvelles exploitations.
S'il est exact, comme le Comité impérial britannique l'a prétendu, que la culture du coton devait être pen-
dant longtemps pratiquée exclusivement par les cultivateurs locaux ou une race adaptée au climat, il n’en est pas moins vrai que la méthode employée depuis vingtcinq ans en À. O.F. n’a pas donné de résultat.
Il ne s’agit nullement de déposséder brutalement l’indigène, mais, au contraire, de il’élever progressivement du collectivisme à la notion de la propriété privée. Par ailleurs, il existe assez de terres vierges en À. O. F. pour faire une large place aux entreprises européennes.
La présence de l’'Européen en A. O. F. soulève de nombreux et importants problèmes, notamment celui de l’acclimatement, du capital à engager, des connaissances techniques indispensables dans un pays si différent et de l'utilité de la femme européenne.
Une objection apparemment grave à la présence des Européens en À. O. F., c’est le climat. Ces pays chauds, à variation brusque de température dans certaines régions comme le Soudan, où l'alimentation durant la période d’acclimatement doit se rapprocher de celle d'Europe, n’est pas sans présenter quelque danger pour les tempéraments débiles. Cependant, il ne faut pas exagérer ce danger, et il est établi maintenant que les jeunes gens partant dans ces colonies, s'ils y vivent de façon sobre et régulière, évitent les accidents que nous redoutons.
En un mot, les excès, de quelque nature qu’ils soient, préjudiciables à la santé dans nos pays tempérés, deviennent dangereux dans les pays chauds.
Les premiers soldats et les premiers explorateurs, qui faisaient de véritables raids dans des conditions
irès dures, manquant souvent du nécessaire, dans un Pays Sans routes, sauvage et hostile, devaient être des hommes de vingt-sept ans au moins, TOMmpUus aux fatigues. Il n’en est plus de même lorsqu'il s’agit de jeunes gens à envoyer dans des exploitations agricoles. L'expérience, déjà ancienne de la Compagnie Française de l'Afrique Occidentale a montré queBdes jeunes gens de seize à vingt ans s'acclimatent souvent mieux physiquement et moralement que des hommes faits.
Le général de Trentinian remarquait justement, il y a plus de vingt ans, que si les jeunes gens vivaient en France dans les conditions d'isolement moral, de privations et d’insalubrité qu'ils subissaient alors en A. O. F. ils tomberaient malades dans unlieu comme dans l’autre.
L’A. O.F. a inexactement la réputation d’un climat peu sain. l'Afrique de l'Ouest, du Tchad à Dakar, de Tombouctou au Cameroun, est aussi grande que l’Europe. Si les climats de l'A. O. F. comportent des différences moins accentuées que sur notre continent, il n’en est pas moins vrai que ceux-ci sont variés. L'équateur thermique ne correspond pas à l'équateur géographique. Les parties Les plus chaudes longent le fleuve Sénégal et comprennent le Nord du Soudan où la chute des pluies est inférieures à o m. 50. C'est au Sénégal, sur l’Equateur thermique, que les Français se sont établis tout d’abord, et le climat de ce pays, quoique l’européen y vive bien, a fait inexactement la réputation de lout le reste de la colonie.
D'autre part, notre établissement au Dahomey et à la Côte d'Ivoire a nécessairement débuté sur les côtes incultes et fièvreuses et la pénétration, se heurtant à la
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Une partie très importante de l'A. O. F. jouit d'un climat relativement tempéré, sauf durant!trois mois de l’année. En général, l’européen peut s'établir et diriger sans danger une exploitation agricole avec un personnel d’indigènes. Rien ne prouve d’ailleurs qu'après une période d’acclimatement et d’adaptation plus on moins longue aux conditions locales, l’européen ne pourra pas séjourner constamment dans la Colonie. (1)
Les montagnes du Fouta-Djalon en Guinée, celles de l'Atakora au nord du Dahomey, donnent, par leur altitude même, un climat sain et doux où l’Européen peut vivre dans les meilleures conditions. La plus grande partie de la Côte d'Ivoire, au delà de la forêt, à environ 200 kilomètres de la côte et jusqu’au 11° degré de latitude, a une chute annuelle de pluies allant de 2 mètres
ÿ à 1 m. 25, un climat salubre et tempéré à faibles variations, sauf pendant trois mois de l’année. Il est à remarquer que les parties les plus saines sont précisément celles où il n’y a pas d’européens parce que l’absence de voies ferrées les rend inaccessibles au commerce ou à une culture rationnelle.
Le Soudan occidental est relativement salubre. Son climat n’a rien qui caractérise le climat dit intertropical, c’est-à-dire une chaleur élevée, constante et un air en toutes saisons plus humide que dans les régions tempérées. L'air est sec la majeure partie de l'année. Durant la saison froide du 1 novembre au 1% mars, le ther-
1. ]l existe de nombreux exemples de missionnaires catholiques ayant passé une longue existence en A. O. F. sans revenir en Europe. Il est même démontré qu’à la rigueur l’Européen pourrait se livrer an travail agricole dans le Macina où nous proposons l'introduction de fellals égyptiens.
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momètre descend à 10° et parfois 80. Dans la journée la température est d'environ 30°. Pendant la saison chaude de mars-mai la moyenne des minima à Ségou est de 2504, celle des maxima, {r°. Le paludisme y est rare et ne revêt pas les formes graves. Il n'est que trop vrai, dit M. Bélime, que l’ennemi le plus dangereux de l'Européen est l'état barbare, inorganisé de cette colonie. L'absence de voies de communication, de moyens de transport confortables, de logement, de nourriture substantielle et des accessoires indispensables à la vie du civilisé, n’est pas un obstacle invincible. Ce sont les privations et les fatigues qui ouvrent le champ aux maladies et l’on peut prédire sans crainte d'erreur, ajoute M. Belime, que. toutes les commodités qui suivront en cortège la mise en valeur du pays, seront les facteurs les plus décisifs de sa salubrité (x).
Il serait du plus haut intérêt que les européens installés dans la colonie puissent y vivre en famille, ce qui n’est pas généralement le cas aujourd’hui. Si l’Européen vit avec sa femme et ses enfants, il sera moins attiré par
1. Il faut disposer de fonds importants pour voyager en À. O. F. avec le minimum de confort. Au point de vue voyages et tourisme, le pays est à outiller complètement avec des hôtels à construire ailleurs que dans les 5 ou 6 grands centres. En attendant, les commandants de cercle pourraient être en mesure d’assurer le logement, la nourriture et les soins médicaux aux européens de passage à un prix connu d'avance, ne grevant pas leur budget malheureusement réduit, et leur laissant même un bénéfice. L'initiative prise par la Compagnie Transatlantique qui organise des voyages collectifs dans l'Afrique du Nord, serait utilement suivie en A. O, F. Le premier soin des Allemands après avoir relié la côte au lac Tanganyika en Afrique Orientale, a été de construire un luxueux palace sur les rives du lac. Un guide du voyageur en A. O.F. avec l’indication d'itinéraires variés, des moyens de se loger et de se nourrir, des prix demandés, etc. serait utilement publié d’après les renseignements fournis par l’Adminisiralion.
la Métropole et n'éprouvera pas le besoin d’y revenir aussi souvent. Il en ressortira en outre un avantage moral de la vie en famille.
Il y a très peu de femmes européennes en A. O.F. Elles ont cependant un rôle important d'éducatrices à remplir parmi les populations indigènes. Elles déploieront leur activité et leurs aptitudes dans les œuvres d'assistance, hôpitaux, dispensaires, œuvres d'enfants, administrations publiques et privées, exploitations et maisons de commerce.
Le relèvement moral et social de la femme indigène peut être l’œuvre, longue il est vrai, de la femme européenne.
Pour cela, une des premières conditions à remplir est que les relations avec la Métropole soient faciles, rapides, nombreuses, économiques. Alors la colonie soudée à la Métropole n’aura plus l'apparence d’une terre d’exil et l'A. O. F. sera habitable pour les femmes et les enfants qui peuvent très bien s’y acclimater.