II. — Le capital à engager par l'Européen
Il exisie déjà un assez grand nombre d’entreprises agricoles européennes en A. O. K., la plupart toutes récentes et datant d’après-guerre (1). On commence à rencontrer des planteurs dans les diverses régions intérieures atteintes par la voie ferrée. Ce mouvement, à
1. Citons seulement la Compagnie de culture cotonnière sur le Niger à quelque distance sud de Tombouctou, les plantations Delage à Diamou, Devès Chaumet, Delmas, les cultures de cacao
de la maison Gaston Menier sur la Côte d’lvoire, la Cotoa au Togo, le Consortium des Compagnies françaises de Chemins de
fer pour l'exploitation des bois sur la Côte d'Ivoire, une cinquantaine de plantations de cacaoyers, caféiers, ananas, bananes,
rénarties en Côte d'IsnirnletiGuinér, te
peine amorcé qui démontre la nécessité dans la Métropole de s’approvisionner aux colonies, semble appelé à se développer rapidement:
De quel capital faut-il disposer pour créer une entreprise agricole aux colonies ? C'est une question qui est souvent posée et à laquelle il n’est pas aisé de répondre. Néanmoins il est permis de fournir des indications qui montreront aux futurs planteurs que la nécessité d’un crédit important s’impose absolument. La culture du coton par irrigation, telle qu’elle commence à être entreprise sur le Niger, exige outre le défrichement, des travaux de nivellement longs et coûteux, l'établissement de rigoles, la plantation de rideaux d’arbres protecteurs du vent, etc. En Guinée et en Côte d'Ivoire, les cultures de cacao, de caoutchouc, de café, de tabac, de kola, d’ananas, etc., ne peuvent être aménagées sans une mise de fonds importante.
En admettant que des fermes cotonnières semblables à celles du Texas soient installées dars la Haute Côte d'Ivoire, et exploitées par des noirs américains, l’aménagement d’un groupe de fermes de 30 à 60 hectares, à une distance maxima de 50 à 60 kilomètres de la voie ferrée et exploitées dans leur ensemble sous direction européenne, nécessiterait vraisemblablement une mise de fonds variant entre 500 et 1.000 francs l’hectare, non compris la viabilité faite par la colonie.
On m'objectera, dit M. Fauchère (1), qu'il existe des colons agriculteurs qui ont réussi, avec très peu de fortune ; que quelques-uns ne disposant d'aucun capital, ont créé des plantations prospères. C’est exact, mais ce sont là des exceptions rares et les hommes qui en sont
1. L'exposé qui suit est emprunté en majeure partie à M. Fauchère, Guide pratique d'agriculture coloniale, t. 1. Paris, IQT8.
les auteurs, ont donné des preuves d'énergie les rendant dignes de toute notre admiration. Néanmoins ces exemples ne sauraient nous faire perdre de vuela nécessité absolue de disposer de sommes considérables pour. créer des exploitations agricoles dans les colonies nouvelles.
Ily a quelques années, par suite d’une méconnaissance des exigences de l’agriculture tropicale, les gouvernements de certaines de nos possessions extérieures encouragaient l'immigration des colons pauvres, desquels on n’exigeait que la possession d’un avoir de 5.000 francs. Ce système a conduit à des mécomptes.
L'introduction de colons pauvres se comprendrait dans des colonies dites de peuplement où l’européen pourrait travailler manuellement à la culture. Ce n’est le cas dans aucune de nos possessions de larégion tropicale. Dans ces pays, l’homme blanc ne peut travailler la terre, il doit se confiner dans un rôle d’éducateur et de directeur, qui ne lui laisse aucune chance de réussir s’il est soutenu par des moyens financiers puissant s
Envoyer des colons peu fortunés dans ces contrées c'est les vouer à une vie misérable et à une mort prématurée certaine.
Dans les colonies, l’européen a besoin d’un grand confort entraînant fatalement des dépenses lourdes. Il est de plus indispensable que périodiquement il revienne en Europe se reposer et se refaire, ce qui suppose des moyens financiers importants, car, non seulement il faut tenir compte des dépenses de voyage, de séjour en Europe, etc..., mais encore envisager la nécessité d'un double personnel qui rende possible ces déplacements.
I est nécessaire enfin de songer que presque loutes
les cultures des régions tropicales demandent un long temps avant d'entrer en production et qu'il faut pouvoir vivre et dépenser en attendant la première récolte. Cette situation s'aggrave encore des aléas qui s’attachent à toutes les créations dans les pays nouveaux.
Pour toutes ces raisons j'estime, dit M. Fauchère, que l'agriculture tropicale nécessite impérieusement la mise en œuvre de beaucoup de capital, dont il est d’ailleurs impossible de fixer le montant.
Souvent, en outre, la nécessité d’industrialiser sur place les produits de la culture, vient encore augmenter le besoin de moyens financiers puissants.
L'agriculture tropicale envisagée dans le sens large de la mise en valeur des colonies, ne peut être faite avec fruit que par des particuliers riches, ou mieux, par des sociétés puissantes pouvant supporter les aléas inhérents à toutes les entreprises dans les pays nouveaux et donner à leur personnel européen des rémunérations suffisantes, permettant d'exiger de lui les connaissances, l’activité, la moralité indispensable pour la réussité des affaires.
La secret de la prospérité des sociétés qui se livrent à l’agriculture tropicale dans maints pays étrangers : Ceylan, Java, Malacca, Iles Hawaï, Antilles, etc... réside indiscutablemenl dans l’importance des capitaux dont elles disposent. La « United Fruits C° » qui fait la culture etle commerce de la banane dans les Antilles et le cenire Amérique, est au capital de plus de 200 millions defrancs. Le capital de la firme « Level Brothers », qui cultive et industrialise les oléagineux dans toutes les colonies anglaises et dans quelques colonies françaises, dépasse 5oo millions de francs. Les sociétés anglaises pour la plantation des caoutchoucs à Java,
Malacca, Ceylan disposent d’un capital supérieur à deux
milliards de franes et core AR Ue elles sont puis
samment riches.
Il en est de même des plantations de théiers à Ceylan, qui ont toutes de grands moyens financiers, comme d’ailleurs la plupart des exploitations sucrières de Java, des Antilles, des Iles Hawaï, etc. Dans ces dernières, certaines plantations qui produisent jusqu'à 20 ou 30.000 tonnes de sucre annuellement, représentent un capital énorme. Les plantations de théiers à Ceylan sont à un capital minimum d’un million de roupies (x).
1. Voir À. Fauchère, inspecteur principal d’agriculture coloniale, Guide pratique d'agriculture coloniale.
L'industrie textile allemande n'avait pas hésité à s'intéresser directement à la culture du coton dans les colonies. C'est ainsi que la Leipziger Baumvolle Spinnerei s’assurait en 1907, 60.000 hectares de terrains sur le territoire du Lac Victoria et la Maison Heinrich Otto à Reichenbachen Wurtemberg, 20.000 hectares dans la même région. Un groupe d’industriels mettait en exploitation 4.000 hectares dans le district de Kilwa, au Sud du Deutsch Ost Africa. D'autre part, le Compagnie de Chemin de fer de Dar-es-Salam, à Morogora, commençait à cultiver le coton. A la veille de la guerre, on préparait la culture par irrigation dans la plaine alluviale du Bénoué, au Cameroun. On comptait, en 1909, les entreprises suivantes dans l’Afrique orientale allemande: 17 plantations d’une superficie d'environ 2.000 hectares plantés en coton ; 24 plantations à culture mixte, la superficie réservée au coton étant d'environ 3.200 hectares; 12 plantations d'environ 85.000 hectares. Le coton y était réservé sur 10 o/o des terrains et les cotonniers couvraient 6.000 hectares en 19009.
L'industrie textile anglaise a établi en Nigeria et surtout en Afrique Orientale un certain nombre de sociétés de culture de coton. La seule association britannique pour la culture du coton avait, en 1911, les Compagnies subsidiaires suivantes opérant en Afrique : La « British Cotton Ginning C° » (Capital 2.500.000 fr. en 1911), la British East Africa Corporation (Capital, 2.500.000fr. en 1911), the East Africa Cotton Syndicat (Cap. 855.000en 1911), la Rhodesia Cotton C° (cap. 750.000 fr. en 1911) Thorne Ltd, (cap. 250.000 fr. en 1911).
Rien d’approchant n'existe encore en A.O.F. où les nouvelles exploitations agricoles européennes représentent un Capital relativement minime et où jusqu'ici la culture indigène paraissait seule devoir être encouragée. Un progrès très rapide est cependant constaté depuis 1922.
IT. — L'instruction et les connaissances techniques de l’Européen
Ainsi que nous venons de le voir, il est la plupart du temps désastreux d'entreprendre une culture tropicale si on ne dispose pas d’un capital suffisant pour créer l’exploitation et attendre quelquefois plusieurs années des rendements rémunérateurs. Le capital lui-même est insuffisant s’il n’est utilisé par un personnel européen de techniciens, ingénieurs et agronomes connaissant à fond les diverses cultures tropicales.
En matière cotonnière, les Etats américains sont le meilleur terme de comparaison. On verra par leur exemple combien nous sommes éloignés d’une organisation rationnelle. Certains observeront que les conditions de milieu sont très différentes aux Etats-Unis et en À. O.F.et que la comparaison ne présente pas d'intérêt pratique. Il est clair que les méthodes employées ne seront pas les mêmes. Ces dernières ne sont pas non plus uniformes aux Etats-Unis. Alors que la majeure partie du Texas, habitée par des noirs d'origine africaine, a un climat et un sol qui rappellent certaines parties du Soudan méridional, d'autres états cotonniers ont au contraire un climat plus tempéré, La culture est enseignée et pratiquée différemment dans
chaque région.
Le développement des méthodes perfectionnées de culture aux Etats-Unis révèle l'esprit de l’époque où vivent les cultivateurs de cotoh, qui sont en majorité des fermiers noirs. Les Etats de la zone cotonnière ont fondé des collèges dans un but d'éducation scientifique et de recherches. Ceite facilité offerte aux intéressés de s’instruire, s’est répandue rapidement dans les divers Etats où une instruction semblable est donnée et où se fait une application pratique des principes scientifiques. Quoique les fins que l’on s'efforce d'atteindre dans le développement de l’agriculture ne puissent être représentées par une formule mathématique, il n’en est pas moins vrai que les études entreprises ont produit des résultats avantageux : elles ont assuré une production uniforme qui n’est influencée que par les intempéries et les conditions climatériques.
La sélection scientifique des semences assure maintenant des variétés régulières et durables, sans lesquelles la culture est impossible ; et la culture appropriée et scientifique faite au moyen d'instruments perfectionnés, permet à la plante de rester saine et de croître régulièrement jusqu’à la période de fructification. Les expériences ont démontré que l'application d'une méthode convenable a pour résultat de faire retenir les fruits par la plante jusqu'à leur complète maturité au lieu de Les lui faire rejeter ; enfin le fermier qui s’instruit sait maintenant de quoi son sol a besoin pour nourrir la plante, ce qu'il doit faire pour empêcher une croissance excessive, pour hâter la maturité ei augmenter le rendement des champs (1).
Les « Agricultural and Méchanical Colleges » créés
1. D’après le rapport ce M. A. S. Terrill, délégué américain au VII Congrès international cotonnier. Barcelone, 1911.
depuis 1862, entretenus par les divers Etats, avec subvention du Gouvernement fédéral, sont des écoles secondaires offrant à des jeunes gens de 14 à 18 ans, au moyen de cours durant de deux à trois ans, l'occasion de perfectionner leurs connaissances agricoles. L’instruction etla pension sont très fréquemment gratuites, car il est mis à la disposition de chaque comté et ville dans l’Rtat, un nombre déterminé de places gratuites. Le collège de Clemson (Caroline du Sud) ne compte pas moins de 700 élèves et possède en outre une section textile spéciale. Les frais de ces établissements sont couverts en majorité par les contributions d'Etat perçues pour l’analyse chimique de l’engrais commercial, imposée dans tous les Etats cotonniers et dans quelques états du Nord. Ces établissements ne sont destinés en général qu'aux blancs, mais il existe également des établissements analogues pour les gens de couleur (1).
A noter aussi les « Agricultural Experiment Stations », fermes d'essais, appartenant à l'Etat, dont la première fut créée en 1875 dans le Connecticut et qui, de concert avec les écoles d’agriculture, ont été installées depuis 1886 dans presque tous les Etats. Leur entretien est payé à peu près par moitié par le Gouvernement fédéral et par l'Administration des divers Etats. Dans les Etats cotonniers, il y a des fermes spéciales pour essais de coton, succursales des instituts agricoles et suivant la diversité des terres, il y a dans un seul Etat plusieurs de ces fermes. Elles comptent de 200 à 300 acres environ, soit une centaine d’hectares. Elles sont cultivées par des journaliers ou parfois aussi par des forçats, ct dépendent d’un expert nommé par le Gouvernement
1. On cite particulièrement celui de Houston (Texas) et l’Institut normal et industriel de Tuskegee (Alabama).
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qui, joignant ses connaissances théoriques à sa pratique du pays, aide à obtenir les meilleurs résultats possibles. On cultive, outre les fèves, le maïs, le sorgho, les légumineuses, etc... des espèces variées de coton. Certains établissements suffisent complètement à leur entretien grâce à leur propre production. Depuis 1888, le ministère de l'Agriculture à Washington possède une subdivision spéciale pour stations d'essais, qui les tient sous contrôle, collectionne et classifie leurs diverses expériences.
Le bureau de « Plant Industry » et le Bureau de « Biological Survey », deux autres subdivisions du ministère de l'Agriculture, sont les centrales scientifiques pour toutes les études et expériences concernant la sélection de la semence, les améliorations des qualités et de la culture en général, les moyens à employer pour combattre les insectes nuisibles et les maladies de la plante cotonnière (x).
La France, depuis un demi-siècle, a plus que décuplé son patrimoine colouial. Cependant, à part l'Ecole coloniaie destinée au recrutement des fonctionnaires coloniaux et l'Ecole de Nogent-sur-Marne (Jardin Colonial) qui forme en petit nombre des fonctionnaires de l’agriculture coloniale, rien n'avait été fait avant 1907 pour provoquer et encourager les vocations coloniales.
Cette çonstatation amena un négociant du Havre, M. Ch. Marande, à fonder en 1907, au Havre, marché cotonnier français, en s'inspirant surtout de la pratique des affaires, une Ecole d'apprentissage colonial.
1. D’après le rapport de M. Moritz Shanz de Chemnitz au Congrès International du coton, 1908.
La caractéristique du cours de productions coloniales de l'Ecole, réside dans l'esprit pratique dont est imprégné ce cours: de fréquentes visites sur les quais, aux docks, dans les magasins publics, chez les courtiers, négociants et industriels, mettent les élèves au milieu même de la réalité. De même que l'expérience a fait constater les inconvénients d’une monoculture, si productive soit-elle, de même elle a fait ressortir la nécessité de ne pas limiter à une spécialité les connaissances du futur colonial. Celui-ci doit apprendre à regarder et à voir tout ce qui se trouve dans chaque colonie et à réfléchir sur Le parti à en tirer; il doit être préparé à devenir négociant, agriculteur, industriel, administrateur, voire même un peu médecin et vétérinaire. (est là l’esprit dans lequel fut conçu le programme de l'Ecole pratique coloniale au Havre, qui embrasse un ensemble de connaissances minimum.
Le choix du Havre, principal marché cotonnier franais, devait donner une place importante à l’enseignement de la culture, de l'égrenage, du pressage et du commerce du coton (1).
L'école du Havre reste la seule tentative d’enseignement pratique en vue de provoquer et d'encourager parmi les classes moyennes des vocations coloniales raisonnées et de leur ouvrir des débouchés nouveaux.
1. L'Association cotonnière coloniale a installé dans l’Ecole des égreneuses des différents types en usage, ainsi qu'une presse hydraulique. Les élèves apprennent à connaître et conduire ces machines, et se rendent compte des conditions nécessaires pour obtenir une bonne préparation des fibres. On leur donne en même temps des notions sur la culture du coton, le coton brut et égrené, la sélection des graines, l’appréciation de sa valeur marchande.
Nous marquons non seulement de vocations coloniales, mais encore plus d'hommes compétents capables de rendre des services peu de temps après leur arrivée aux Colonies. La création d’un enseignement colonia! très répandu, est une importante question pour un pays qui, comme le nôtre, dispose d’un immense empire tropical en Afrique et en Asie. Cet enseignement présente un intérêt politique non seulement pour la conservation de cel empire daus les luttes très rudes qui s’annoncent, mais pour permettre à la Métropole de tenir son rang dans la politique mondiale. Il présente un intérêt économique pour le relèvement financier de la Métropole.
On est un peu confus, dit M. Fauchère, dans le Guide pratique d'Agriculture coloniale, de se trouver dans l'obligation d'écrire qu’à la tête des exploitations agricoles dans les colonies, on devrait toujours place: des hommes possédant à fond la pratique de l’Agricu)ture courante.
Cette vérité est tellement évidente, elle tombe tellement sous le sens, qu’il semble superflu de l'énoncer. N'estil pas vrai que pour diriger une ferme il est indispensabl: de posséder de solides connaissances pratiques, non seulement en culture proprement dite, mais aussi ex administration rurale ?
Eh bien ! aux Colonies, il n’en est pas de même, et les connaissances spéciales en agriculture sont les qualités dont on s'occupe le moins, lorsqu'il est question de confier la direction d’un domaine à quelqu'un.
Les résultats : ce sont des centaines de mille francs
et
enfouis en pure perte dans la terre coloniale, du découragement, du discrédit sur toutes les colonies, et enfin, la situation peu flatteuse dans laquelle se trouve notre production coloniale.
Pour remédier à cette situation, il est indispensable de changer nos méthodes et nous devons admettre que la compétence de la direction est la condition de réussite primordiale dans toutes les affaires d'agriculture coloniale.
Aussi est-il nécessaire de fonder dans la Métropole et dans les colonies, des Ecoles coloniales pour Européens. Étant donné le mal de la dépopulation en France, on pourrait y atiirer, par une sage publicité, non seulement des Français, mais des élèves de nationalités amies des Belges, des Suisses, des Polonais, des Tchéco- Slovaques (1). Ces écoles seraient doublées d'écoles existant dans les colonies où les élèves poursuivraient pratiquement leurs études, s’acclimateraient et apprendraient à connaître et manier les indigènes. Elles seraient fondées par les Syndicats patronaux, les Chambres de commerce, les municipalités, et permettraient le recruiement d’un personnel européen acclimaté, connaissant
1. Lors de la discussion du budget des colonies en janvier 1925, M. Angoulvant a soutenu avec vraisemblance que dans avenir les différentes colonies européennes deviendraient des pays à mandat. La chose est possible, mais d’autre part, certains publicistes français ont fait entendre que la cession d’une partie importante de notre empire colonial, serait une forme élégante de régler les dettes interalliées. La transmission pourrait se faire, soit sous forme d’un abandon pur et simple, soit sous la forme plus habile d'une transmission totale ou partielle de mandat, ce qui reviendrait au même.Uneltelle prétention est inadmissible. Ce serait non seulement compromettre l’avenir du pays, mais servir l'impérialisme anglo-américain.
les diverses cultures, les indigènes, leur langue et ieurs mœurs (1).
La création d'écoles européennes dans les colonies paraît, à l'heure actuelle, présenter de graves difficultés. On dira que créer au Soudan ou à la Côte d'Ivoire une école d’agriculture tropicale pour Européens est une utopie, qu’en effet cette école n'aura pas d'élèves et que, malgré tous les efforts, elle n’en trouvera pas.
La méconnaissance des colonies, la difficulté des Français à s’expatrier, les appréhensions des parents, sont un gros obstacle, mais il n’est pas insurmontable. On peut, comme aux Etats-Unis, créer en nombre important, des bourses gratuites. À défaut d’un recrutement normal au début, celui des premières années se ferait en France chez les enfants assistés de quatorze à seize ans, après une sérieuse sélection.
Le placement des élèves serait facile dans les nombreuses entreprises nouvelles, aussi bien en A. O. F. qu’à Madagascar.
Des écoles coloniales de filles auraient leur place en France et aux Colonies. Elles rendraientles plus grands services. Les élèves recevraient rapidement des notions d'histoire et de géographie coloniales, de culture tropicale, d'hygiène et de médecine coloniales, d’enseignement ménager adapté aux colonies. Ces écoles faciliteraient le recrutement de femmes employées dans les administrations privées et publiques, les œuvres d’enseignement el d'assistance. Elles attireraient l'attention des
1. Le Syndicat général de l'Industrie cotonnière et l'Association cotonnière seraient peut-être indiqués pour prendre l’une de ces initiatives, par exemple à Roubaix, Mulhouse, Epinal. La nouvelle Inspection du service général des textiles et de l’hydraulique agricole de Bamako, pourrait êtré doublée d'une Ecole d’agriculture coloniale.
femmes françaises sur des situations dont le nombre peut croître rapidement. Elles permettraient l’établissement aux Colonies d’un certain nombre de femmes appelées à fonder un foyer.
* * Li
IL y a aussi la méthode du stage dans les exploitations, couramment employée par les Anglais. Les contrats de concessions de terrains à des sociétés européennes pourraient peut-être prévoir l'obligation d'accepter un certain nombre de stagiaires payants ou gratuits, à des conditions à déterminer. Les Anglais, si expérimentés en matière d'agriculture coloniale, envoient les jeunes gens qui se destinent à cette profession se former dans les colonies mêmes où ils accomplissent des stages payants de durée suffisante dans des exploitations prospères. Les jeunes gens qui se destinent à l'Agriculture en À. O. F. devraient être autorisés à faire un stage, non seulement dans les entreprises privées, mais dans les stations agronomiques et les jardins d’essais qui, pour la plupart, n’existaient guère jusqu'ici que sur le papier. Ils termineraient leur stage dans les fermesécoles où ils constateraient par eux-mêmes les difficultés inhérentes à l’Agriculture tropicale. Pendant leur séjour dans ces fermes, les jeunes gens s’initieraient à tous les travaux des champs, aux détails dela direction et apprendraient la langue des ouvriers qui fournissent la main-d'œuvre. Après un temps plus ou moins long, suivant leurs facultés, ils seraient capables de prendre la direction de plantations similaires sans avoir à se livrer à de coûteux tâtonnements (r).
1. Pour arriver à un résultat pratique dans le cas où ces stages seraient admis, une publicité permanente de l'Agence
économique de l'A. O. F. de la Ligue maritime et coloniale, de l'Association cotonnière, permettrait le recrutement des stagiaires. Il ne suffirait pas en effet, d'autoriser le stage, il faudrait aussi que les moyens de recrutement soient en même temps recherchés.