LE MARCHÉ DU COTON DE L'A. O. F
Il semblera étrange de parler d’un marché du coton de l'A. O. F: alors que ce marché est pratiquement inexistant. Cependant la production croît rapidement. Elle a atteint 25.000 balles en 1923, sur lesquelles 6 à 8.000 balles ont été exportées. Si, comme il est probable, les prix du coton se maintiennent longtemps à un cours élevé, une exportation de 30 à 40.000 balles de coton de culture sèche ne serait pas surprenante d'ici peu d'années sans compter le coton de culture irriguée. Aussi n'est-il pas téméraire d'envisager les conditions dans lesquelles peut se créer et se développer un marché du coton de l'A. O. F.
En matière cotonnière, comme en tout autre genre de production, l'écoulement du produit comporte un problème généralement aussi ardu que son obtention, problème d’autant plus ardu en A. O. F. que le coton est resté jusqu'à ces dernières années un article de commerce peu rémunérateur pour l’indigène (x).
1. Depuis 1904 jusqu'à 1918, l'achat du coton aux indigènes, devant l’abstention des maisons de commerce, était assuré en A. O. F. par l'Association cotonnière coloniale, et au Dahomey par la Compagnie Française du Coton colonial à des prix variant de 0,15 à 0,40 le kilo de coton brut suivant les années et la qualité, 16 à 25 centimes à San et Koutiala, 0,25 à Kayes (début 1916) 0,25 à 0,40 à la Côte d'Ivoire (1915-1918). Dans cette
dernière colonie où le développement de la culture cotonnière date du début des hostilités, alors que l'A. C. C. était sans per-
Encore aujourd’hui la production est en majeure partie ouvrée et consommée sur place. L’exportation ne porte que sur une fraction qu’on peut évaluer approximativement à un cinquième.
L'adoption courante du coton de l'A. O. F. par l'industrie de la Métropole, se heurte d’abord à une difficulté ne pouvant être vaineue que par des mesures administratives, avec la collaboration des producteurs. Uetle difficulté provient de la qualité souvent inférieure et dépourvue de toute homogénité des cotons coloniaux. Le commerce du coton colonial est livré au hasard des circonstances et des prix. Le coton sauvage de la brousse, grossier et laché, est importé en même temps que le coton industriel et mélangé à lui. Aussi, afin d'éviter toute surprise les filateurs préfèrent-ils consommer exclusivement le coton américain, quitte à le payer beaucoup plus cher. La Chambre de commerce du Havre persiste, avec raison, dans son refus d'admettre ces cotons coloniaux à la cote du marché.
Pour arriver à l'homogénité, chaque colonie doit fixer, dans les régions propices à la culture industrielle les
sonnel et disposait de ressources très restreintes, l’Administration de la colonie s’est vue dans l'obligation d'intervenir directement dans les achats, soit sous forme d’achats directs, soit sous forme d’adjudication publique de coton égrené.
La marchandise grevée des frais d'égrenage, pressage, emballage et transport, était vendue au Havre à un cours laissant une modique marge bénéficiaire qui augmentait d'autant les ressources de l'A. C. C. L'entretien d’un personnel européen en Afrique et les frais élevés de transport, comparés à la faiblesse de la production, n'aurait pas permis de vivre à une entreprise commerciale s’adonnant spécialement au coton. Mais aujourd'hui, le kilo de coton brut se vend plus de deux francs, soit de 8 à 12 francs le kilo de fibres. il est recherché par le commerce et la production est devenue intéressante pour l’indiène.
variétés appropriées au sol et au climat. Ces variétés doivent être imposées par l'Administration.
Il est en outre indispensable que tout le coton brut destiné à l'exportation passe par des usines d'égrenage contrôlées et que seules les semences sélectionnées provenant des usines, soient utilisées dans la culture. Il serait juste et utile que l'Association cotonnière coloniale, auxiliaire de l'Administration ‘et trait d'union entre l’industrie métropolitaine et la colonie, obtint le
monopole de droit et de fait du contrôle de l'égrenagé
ve
du coton par un corps de spécialistes qualifiés. Il ne
s’agit nullement d'’entraver l'initiative privée et d’empêcher les sociétés ou les planteurs d’avoir leurs propres usines, mais il devrait être entendu que toutes les
usines, sans aucune exception, seront contrôlées par
des agents de l'A. C. C. habilitée à cet effet par l’Administration. Les agents de l'A. C. C. seraient seuls autorisés à apposer sur chaque balle de coton destinée à l'exportation et soumise à leur examen, une marque déposée permettant de retrouver l'usine d’origine et garantissant la qualité marchande du coton traité. Cette apposition de marque pourrait donner lieu au paiement d’une taxe au profit de l’A. C. C. Seules les balles officiellement marquées seraient acceptées au chargement sur bateau dans les ports.
Les directeurs des usines d’égrenage auraient à pro-
céder sous leur responsabilité aux achats et transports à
l'usine du coton brut pour.le compte de tiers, à recevoir et à magasiner en lots séparés les achats de coton brut des comptoirs européens, à l’égrenage (1), autriage,
1. Nous donnons à titre documentaire les conditions d'égrenage de l'Association Cotonnière Coloniale pendant l'exercice 1924-1925 :
1° Le prix de l’égrenage est fixé à 600 francs la tonne (poids
au classement et au compressage en balles. Le corps des contrôleurs composé d’un personnel d'ingénieurs spécialistes du coton, aurait comme rôle la visite des usines. Îl aurait le monopole d’apposition des marques, contrôlerait la sélection des semences, aussi bien des usines privées que des usines de l'A. C. C.eten même temps agents administratifs, seraientrépartis par régions. Ils auraient une automobile à leur disposition afin de se rendre rapidement d'une usine à l’autre et de ne pas retarder les expéditions. Ils adresseraient à l'Inspection des Textiles tous les renseignements présentant un intérêt général, état des récoltes, température, pluies, nouveaux procécés des culture, etc...
Dans un pays neuf comme VA. O. F., le rôle des directeurs des usines d’égrenage, rôle de direction dans l’usine et de surveillanee des cultures indigènes dans le voisinage, est suffisant pour absorber leur activité sans que celle-ci soit compliquée par des voyages en dehors de leur zone d’action immédiaie.
brut), coton pressé et mis en balles sous toile et cerclées. La graine et les déchets restant la propriété de l'A. C. C. qui sera libre d’en disposer comme bon lui semblera ;
2° Les demandes devront être faites par écrit et adressées à l’'Agent général, en indiquant aussi approximativement que possible la quantité de coton brut à égrener, et la station d’égrenage où l’intéressé désire que son stock soit traité ;
3° Un tour sera établi pour chacune des stations d’égrenage, en tenant compte de la date de réception des demandes ;
& Ilne pourra être égrené en une fois pour une seule maison de commerce plus de onze tonnes de coton fibres ;
5° Il sera perçu un droit de magasinage de 5 francs par tonne et par mois à partir du huitième jour qui suivra la fin de l’égrenage d’un stock. Tout mois commencé est entièrement dû ;
6° Lorsque à Ségou, les opérations d'embarquement ou de débarquement et emmagasinage seront exécutées par le personnel de l'A. C. C., il sera perçu une taxe de 10 francs par
tonne pour le coton brut, 5 francs pour le coton fibres. L’A. C. C. ne pourra se charger de ces opérations qu’autant que ses dispo-
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Le drainage de la récolte par les directeurs d'usine et les comptoirs européens, comporte la création de centres d’achats nouveaux, de marchés ou de foires périodiques comme autrefois dans nos provinces. Le portage à tête d'homme doit être remplacé par l’animal de trait ou de bât. L'indigène saura par l'expérience que tout coton brut ne remplissant pas les qualités marchandes n'aura pas d'acheteur européen. Certes il aura la ressource de le vendre aux tisserands locaux, mais il se sentira de plus en plus contraint à n’employer que les semences sélectionnées de l'usine la plus proche. Au drainage de la récolte dans les marchés locaux s’ajouterait, pour le directeur d'usine, en collaboration avec l'Administration, la surveillance des cultures indigènes et l’application des mesures prescrivant l’arrachage. Avec cette méthode ou une méthode analogue et cette surveïilance, il est à craindre, dira-t-on justement, que la majeure partie de la récolte restant dans le pays, ne trouve pas
nibilités en personnel le lui permettront, encore n’assumerat-elle ancune responsabilité, la maison intéressée devant envoyer au moins un surveillant; 7° Le prix de la mise en balles du coton égrené hors des usines de l'A.C. C.est fixée à 300 francs la tonne. Le pressage du dâ et du kapock à 350 francs (poids brut) ; 8° Le tour pour cette mise en balles est absolument indépendant du tour d'égrenage et auçun engagement ne sera pris à son sujet, cette opération ne pouvant être entreprise qu'autant que les usines ne seront pas accaparées par l’égrenage; | 9° L’A. C. C. se réserve le droit d'accorder un tour de faveur au, coton sélectionné destiné à-fournir les semences ; 10° Les tarifs indiqués peuvent être modifiés dans le cas d’une augmentation du coût dela main-d'œuvre ou des emballages ; 110 L'A, GC, C, n'assume aucune responsabilité pour les pertes ou avaries ocCasionnées par un sinistre.
L’agent général, Signé: DE RAVEL Ségou, le 5 juillet 1924.
preneur. Ce n’est pas l'avis de M. le Gouverneur général Carde (x). « Les lots de mauvaise qualité que, dit-il, la filature européenne ne pourrait utiliser, trouveront toujours dans la petite industrie indigène, un large écoulement, et l'on peut même entrevoir dans cette voie, un modus vivendi qui permettra au tissage mécanique de se developper dans le pays sans compromettre les intérêts prépondérants de la métropole » ;
Le coton de qualité inférieure, non utilisable par la filature, pourrait même sous certaines conditions de contrôle, de marque et d'emballage à la sortie de la colonie, afin d'éviter toute confusion, être utilisé partiellement dans la Métropole, à la fabrication des couvertures, du papier, des munitions, etc...
Il serait désirable que les commerçants et industriels de la Métropole eussent connaissance de la valeur et de l'importance des lots de coton produits par l'A. OF.
etexpédiés sur les marchés continentaux. On a proposé dans ce but la création d’une revue mensuelle par
l'Inspection du service général des textiles de Bamako, qui aurait “es correspondants dans la Métropole. Les lots de coton signalés parviendraient à la Chambre des courtiers-experts en coton du Hâvre qui, après échantillonnage les présenteraient aux acheteurs et procèderaient comme pour les cotons américains.
Cette manière de faire, qui est préconisée par le président de la Chambre de commerce du Havre (2) aurait un double avantage: d’abord pour les importateurs de