‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 42 sur 69 · D’après la dépêche coloniale, 27 mai · texte numérisé non relu

D’après la dépêche coloniale, 27 mai

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faciliter la vente, en leur procurant une plus nombreuse clientèle et en permettantune plus large application du jeu de l'offre et de la demande, et ensuite pour les filateurs qui pourraient ainsi s'intéresser aux résultats des efforts tentés en vue d'augmenter et d'améliorer la production cotonnière de nos colonies.

On ne peut en effet supprimer l'intermédiaire entre Île producteur et le consomnateur qui, en l'espèce, est Île filateur. Là comme ailleurs, l'intermédiaire a un rôle indispensable qu’il est bon néanmoins de réduire au minimum afin de laisser au producteur la plus grande marge bénéficiaire. Mais la filature a des exigences qui ne permettent pas de le supprimer.

Ces exigences ont, en effet, créé des habitudes commerciales qu'il serait puéril de tenter de changer dans l’état du marché, et qui consistent en ce que les industriels filateurs s’approvisionnent par des comumissionnaires spécialistes installés sur les places de leur région, et en ce que — sauf exception — ils ne consentent pas à aller s'approvisionner sur les lieux de production. La raison en est qu'ils travaillent généralement des types définis de coton, ayant une origine différente et qu'ils ne peuvent pratiquement aller chercher sur les lieux de production.

La solidarité entre le marché métropolitain et la production coloniale dans ‘le domaine des matières premières, coton, laine, matières grasses, etc.., est encore bien modeste. En effet, la faiblesse de la production coloniale et le petit nombre d'européens installés dans les colonies ne justifiaient pas dans la colonie même les organisations corporatives nécessaires. Le mouvement

présent d'expansion coloniale, causé par la nécessité de s'affranchir de la servitude économique vis-à-vis de l'étranger et de relever financièrement le pays, est sans doute appelé à modifier rapidement les errements du passé. Les premières lentativesen vue de grouper les producteurs coloniaux, et d'organiser la production, ne sont pas sans présenter un certain intérêt.

Au retour de sa mission en A.O. F. en février 1924, M. Waddington a préconisé la formation d’un consortium des commerçants du Soudan qui réunirait la totalité du coton traité et l’enverrait au même courtier au Hâvre. Le courtier disposant de larges débouchés et ayant ainsi entre les mains un important tonnage, parviendrait à faire connaître et apprécier à leur valeur sur le marché français. les différentes qualités de cotons estampillés qu’il recevrait régulièrement de la colonie. Ce projet de consortium n’a pas reçu un accueil favorable dans la colonie par suite des divergences d’opi- -nion et d'intérêt. Des réunions annuelles des présidents des Chambres de commerce de l'A. O. F. ou de leurs délégués, sous la présidence du Gouverneur général, ne pourraient-elles pas constituer une sorte de Conseil économique qui étudierait les diverses organisations à créer par les planteurs et les commerçants en vue d'assurer aux meilleures conditions l'exportation des produits de la colonie ?

À l'heure actuelle, la production en coton de l’A.O.F. est trop faible, les planteurs européens sont trop peu nombreux, les indigènes trop primitifs, les voies ferrées trop insuffisantes, pour songer à organiser dès aujour-

d'hui un marché colonial comme dans les vieilles colopies anglaises ou hollandaises.

Cependant, et tout en répudiant l’idée de spéculation, le rôle et l'intervention des banques françaises, peuvent être de premier plan, aider puissamment à la création d'un marché et au développement du commerce et de la culture. L'Association cotonnière coloniale, avec des ressources voisines de 300.000 francs par an, maintenait et encourageait la culture par ses achats avant {a guerre. Elle est et restera financièrement impuissante devant une production croissante et des prix dix fois supérieurs à ceux d’avant le cataclysme de 1914.

Le producteur européen ou indigène, isolé dans sa concession ou son village, ne doit pas être à la merci d'intermédiaires associés pour peser sur les cours d'achat afin d'augmenter la marge des bénéfices et nuisant par là même au développement de la colonie.

De puissantes banques sont installées en A. O.F. Leur attention sera attirée vers une organisation à créer de toute pièce. Dès que la production aura atteint une importance suflisante, on pourrait peut-êlre envisager la création d’entrepôts dans les grands centres de production et dans les ports où la marchandise serait warrantée. Le fait ne serait pas nouveau dans l'Ouest Africain. La Banque Anglaise de l'Afrique Occidentale a déjà accepté à plusieurs reprises d'escompter le coton de la British Cotton Growing Association. Sans cela elle n'aurait pu, malgré ses importantes ressources, mener à bien ses entreprises en Nigeria. L'association britannique a poursuivi elle-même, au Nyassaland une politique consistant à aider les planteurs en leur faisant

des prêts sur récoltes et en leur fournissant le matériel indispensable par paiements graduels.

Elle perdit beaucoup d’argent de ce chef dans les premières années d'essais, mais cette manière d'agir était couronnée de succès dès l’année 1910. La plupart des planteurs gagnaient de l’argent et la plupart des avances étaient remboursées (x).

Le crédit agricole aux petites exploitations est bien difficile à créer en A. O. F.en raison du fait que la propriété indigène est sans constilution régulière, et qu’elle appartient à des noirs dont l’état-civil lui-même est difficile à déterminer. On peut cependant concevoir une forme de crédit, appropriée à l’état social de l’indigène, qui aurait surtout pour objet de le soustraire à l'emprise des usuriers.

L'indigène a besoin de crédit personnel pour faire ses semences et attendre la récolte prochaine. Ce crédit, il le trouve au village, auprès de gens de sa race, en le payant d'intérêts usuraires, car là où l'argent est peu abondant et les garanties offertes aléatoires, le prèteur est le maître et le fait bien voir. Le seul moyen de soustraire l’indigène à des exigences ruineuses qui le

1. D’après un rapport de M. A, S. Terrill, délégué anglais au VIil® Congrès International eotonnier, Barcelone, 1911.

La Banque de l'Afrique Occidentale, privilégiée pour l’émission des billets, en vertu des lois de 1901 et de 1904, a étendu ses opérations à tous les territoires qui s'étendent du Sénégal au Congo. Aucune opposition n'est admise sur les Crédits ouverts par la Banque et résultant d’une opération de cession de récolte. Tous actes de nantissement, de cession de récoltes, etc... au profit de la banque, sont enregistrés au droit fixe. L'article 18 des statuts stipule que les avances ne peuvent dépasser le tiers de la valeur de la récolte. En raison de sa situation de banque émettrice, la Banque de l'Afrique Occidentale est tenue, comme les autres établissements de même genre, à une grande prudence.

maintiennent souvent dans un état de pauvreté et de dépendance dont il ne peut que difficilement sortir, ce serait de le grouper avec ses semblables en associations ayant pour objet le prêt aux cultivateurs de semences restituables à la récolte. Cette forme primitive de crédit et de coopération agricoles, pratiquée encore dans certaines régions de l’Europe méridionale, a pour elle l'avantage d'être facilement comprise et adoptée par des populations arriérées. Le succès obtenu en Algérie par des Sociétés indigènes de prévoyance, constituées dans le même but, en est la preuve. Rien n’empêcherait de greffer sur le prêt de semences, des opérations de warrantage sur récoltes emmagasinées (coton, maïs, arachides, etc...) dans des hangars que l’on créerait près des usines d'égrenage. Ces récoltes seraient aussi utilisées en vue de substituer aux semences apportées, des semences nouvelles, soigneusement sélectionnées. On éviterait ainsi le grand danger qu'est l’hybridation dans les pays cotonniers. Certes, il y aurait de ce chef quelques sacrifices d'argent à consentir; mais ne seraitce pas un moyen aussi direct qu'efficace, d’aider au progrès de l’agriculture ? De grosses sommes destinées à l’encouragement figurent déjà dans les budgets coloniaux, qui pourraient être ainsi profitablement employées. |

En ce qui concerne les exploitations européennes leur caractère et leur envergure ne permettent guère de donner au crédit la forme mutualiste et coopérative qui est peut-être la plus séduisante pour l'esprit parce qu'elle apparaît comme la plus économique. Mais elle ne serait guère applicable qu'à la petite et moyenne culture lorsque les indigènes seront capables d'en comprendre l'utilité. Les plantations européennes, encore

rares en À. O.F., sont trop importantes et trop vastes pour que des mutualités de crédit soient en mesure d'avancer les capitaux dont elles ont besoin au cours de leur exploitation.

Ces plantations sont en outre dispersées sur de trop grands espaces pour favoriser cette connaissance et cette surveillance mutuelles entre les coopérants qui sont la meilleure sauvegarde des opérations de crédit conduites par une association coopérative profession- ! nelle.

Il est évident que là où on produira régulièremert et en abondance des denrées ayant un marché mondial, comme le coton, il ne manquera pas de bailleurs de fonds pour financer les récoltes en consentant de longs crédits et pour en faciliter l’exportation et la vente. Mais les avances consenties par eux reviennent souven! fort cher, car elles comportent des prestations en marchandises généralement comptées au prix fort et grevées d'intérêts élevés. C'est pourquoi, à mesure que l’on a mieux connu et pratiqué le mécanisme du crédit mobilier, est-on arrivé à considérer que l'institution d'une banque d'émission dans chaque colonie importante, était encore une des formes les plus heureuses d'encouragement à donner au commerce et aux spéculations agricoles qui l’alimentent. Le droit d'émission eonféré à la Banque de l’Afrique Occidentale lui permet de mettre des capitaux à la disposition des emprunteurs dans des conditions plus favorables que celles qui seraient faites par ailleurs : le producteur doit donc pouvoir se procurer auprès d'elle ceux qui lui sont nécessaires pour la conduite de son exploitation sur ia garantie de sa propriété et de ses récoltes. De ce fait, la Banque de l'Afrique Occidentale, dotée d’une plus

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grande liberté d'action que ses congénères d'Europe, peut jouerun rôle très important dans la colonisation (1).

Pour ce qui est de l'organisation commerciale des producteurs, ilest important de se référer aux méthodes des Etats-Unis qui ont, en matière cotonnière, une expérience plus que séculaire. Que s'est-il done passé aux Etats-Unis ?

Dans les vingt années qui ont suivi la guerre de Sécession, le fermier américain s’est souvent trouvé le débiteur d’intermédiaires qui lui avançaient de l’argent au taux de 10 0/0 et protitaient de tous les avantages

du marché.

C'était tantôt son propriétaire, tantôt un homme

1. La Section financière du Congrès d'Agriculture coloniale de 1918, à Paris, a, entre autres vœux, émis les suivants :

«Qu'il soit créé un droit de 2 o/o sur toutes les matières premières à l'entrée en France, soit de toute autre manière, dont le produit serait mis à la disposition du ministre des Colonies et employé à concurrence de 60 0/0 à des prêts agricoles, 20 0/0 à l'institution d'établissements agricoles, stations expérimentales, fermes d’essais, laboratoires, etc... Le surplus étant affecté à l'étude et à la préparation de grands travaux publics (irrigations, routes, voies ferrées, ponts) et à subventionner des recherches minières propres à déterminer les ressources du sous-sel de notre empire colonial.

« Faisant état des mesuresadministratives et financières prises dans la Métropole pour venir légitimement en aide à l’agriculteur.

« Demande instamment que les mêmes avantages soient consentis aux agriculteurs de nos colonies.

« Estimant qu’il y aurait le plus grand intérêt, aussi bien pour les producteurs que pour le développement des cultures dans les colonies par la collaboration de tous, àce que les mesures suivantes soient prises sans tarder, émet le vœu.

« Que soit étendu aux particuliers et aux Sociétés privées, pour les prêts sur récoltes, le bénéfice du mode de garantieétabli par la loi de rgo1 sur les banques coloniales ;

«Que pour ce genre de prêts, la législation et la procédureapplicables au point de vue des recouvrements, puissent être, quand elles seront réclamées par les deux parties, la législation et la procédure indigènes beaucoup moins coûteuses et plusefficaces. »

d’affaires qui, lui-même, opérait avec une banque ou pour une banque. La situation du fermier était souvent difficile au point de vue pécuniaire. La fixation du prix du coton lui échappait complètement. La nécessité où étaient de nombreux fermiers de vendre immédiatement après la récolte, mettait en même temps sur le marché des quantités énormes de coton et causait la chute des prix. Les intermédiaires ayant un capital suffisant pour attendre l’année suivante, profitaient de la différence.

Après la récolte, le stockage était et est encore assuré par les « compresses », sociétés puissantes, qui reçoivent des usines d’égrenage, des intermédiaires et des fermiers, les balles à demi pressées. Le coton subit par leurs soins, une nouvelle et forte pression qui réduit de moitié le volume, puis on procède à l'emballage et à l’encerclage. Le coton est alors prêt à être transporté chez les filateurs du monde entier. Ces sociétés possèdent de vastes usines et magasins, situés presque toujours au nœud des voies ferrées ou dans les ports de mer.

Les « compresses » sont en majorité organisées en trusts, affiliées à des groupements financiers et entretiennent d’étroites relations avec les compagnies de chemins de fer, qui leur accordent certains avantages et aceumulent de grandes quantités de coton aux centres des voies ferrées. ;

Ainsile producteur tendait à dépendre de syndicats financiers qui réalisaient d'énormes bénéfices à ses dépens. En vue de remédier à cet état de choses, les producteurs fondèrent, au début de ce siècle, degrandes assaciations de planteurs, qui exerçent une influence croissante. Ces associations sont : 1° La « Farmers Éducational and Cooperative Union », fondée en 1902 à Dallas

(Texas) et 2° la « Southern Cotton Association », issue en janvier 1905 de la « Cotton Growers Protection Association » à Atlanta (Géorgie).

Ces deux associations comptent : la Prérière un million et demi et la deuxième deux millions de membres. Elles mènent campagne pour l'élévation du prix du

coton.

Ce furent en premier lieu les fortes fluctuations des

cours du coton qui décidèrent de la formation de ces Associations. Les cours variaient entre 5 cents en 1898 et 15 cents en 1904. En l’espace de huit mois à peine, à la suite d'une spéculation effrénée à New-York, ils descendaient de plus de 17 cents en mai 1904, à moins de 7 cents en janvier 1905, occasionnant de lourdes pertes à un grand nombre de fermiers, ou supprimant tout au moins leurs bénéfices.

Un mouvement contre ies abus de la spéculation et pour l'obtention des prix réguliers, laissant aux planteur la rémunération indispensable de son travail, était rigoureusement justifié. Mais ce mouvement dépassa vite son but ; les planteurs en vinrent à émettre des revendications exagérées. Partis du point de vue exact que le mondeentier a besoin de leur coton et ne pent le remplacer, ils veulent imposer des prix de monopole.

Tant que le fermier était forcé de vendre le plus vite possible, pour se procurer l'argent dont il avait un puissant besoin, il contribuait lui-mème à l'abaissement du prix. Les fermiers sont au contraire, depuis le début da siècle, dans une situation aisée; ils n'ont plus besoin de vendre tout de suite leur coton, mais peuvent attendre les douze mois jusqu’à ce qu’on leur paie les prix élevés qu'ils en demandent. On prétend que la « Southern Cotton Association » réglemente à elle seule les trois

quarts de la production américaine et qu’elle est situation d'en financer les deux tiers.

Comme moyen pour atteindre leur but, les deux associations ont construit des entrepôts, créé des bureaux de vente et des organisations financières faisant des avances sur les cotons entreposés. Seul, l’entrepôt de Memphis contient 250.ov0 balles. Dès 1909, il existait au Texas plus de 300 entrepôts d’une contenance de plus d’un million de balles.

En outre, les Associations recommandent aux planteurs l’augmentation ou la diminution de l’acréage en se basant sur la consommation mondiale et les cours pratiqués. Le change défavorable à l'Europe (et prineipalement aux Empires centraux après les hostilités) a fait dimiuuer considérablement l'exportation américaine en 1920-1921, et les cours sont tombés dans le pays d'origine à un prix quelquefois inférieur à celui d’avantguerre. Les Associations de planteurs ont obtenu des fermiers une diminution sensible de l’acréage afin d abaisser la production et d'augmenter les prix. Les rendements de 1921 ont été de 33 0/0 inférieurs à ceux de 1920. De 1922 à 1925, la situation s’est grandement modifiée. La désertion des campagnes imputable principalement aux progrès de l’industrie et des mines, aux salaires élevés et à l'attraction des grandes villes, a raréfié la maind'œuvre dans les Etats cotonniers. Le développement rapide de l'industrie texiile américaine, qui va chercher de plus en plus sa clientèle extérieure dans les nations du Pacifique, ne fait pas craindre une surproduction de matière première, mais plutôt une raréfaction de plus en plus accentuée.

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