CHAPITRE Il
1.— LA CULTURE SÈCHE AU SOUDAN FRANÇAIS 2. — LA CULTURE SÈCHE DANS LA HAUTE-VOLTA ET LA COLONIE DU NIGER
Le pays, le climat et les sols. — Le Soudan français, chef-lieu Bamako, a été fixé dans ses limites actuelles par le décret du 4 décembre 1920. Il est délimité au nord par le désert, à l’ouest par la Mauritanie et le Sénégal, au sud par la Guinée et La Côte d'Ivoire, à l'est par la Haute-Volta. La jonction de Bamako avec Dakar a été effectuée le 5 septembre 1923 par l’achèvement dela voie ferrée. Le trajet est de trente-huit heures. La colonie comprend 21 cercles civils dont 4 ressortissent à l'autorité du commandant de Tombouctou.
La superficie est d'environ 1.700.000 kilomètres carrés en comprenant les espaces sahariens, mais la partie actuellement habitée ne dépasse pas 350.000 kilomètres carrés. On compte environ 2.500.000 habitants dont 2.000.000 de noirs sédentaires agriculteurs, et dans la partie septentrionale environ 500.000 nomades appartenant au groupe sémite : Maures, Touaregs, Peulhs (1).
1. Les populations du Soudan se classent en races aborigènes et en races envahissantes. Les races autochtones sont les Mandès, les Bambaras, les Malinkès, les Soninkès, les Hobès, les Sorkos, les Somonos et les Bozos. Les races envahissantes son
Le pays est peu montagneux el arrosé par les bassins du Haut-Sénégal et du Moyen-Niger avec son affluent le Bani. On distingue deux zones climatériques différentes : le climat sahélien entre le 16° degré de latitude nord et le désert, avec une chute annuelle d'eau de o m. 60 à o m. 25, suivant la proximité du Sahara et le climat soudanien, au sud du 16°, avec une chute d’eau variant de o m. 60 à 1 mètre en se dirigeant au sud. Trois saisons, d’une durée variable suivant la latitude, de novembre à février, fraiche et sèche; de mars à mai, chaude et sèche ; de juin à octobre, pluvieuse. Le climat du Soudan, climat continental est chaud et sec (le thermomètre varie entre + 7° et + 460). Ce climat est propice à l'Européen, qui n’est pas exposé à la fièvre des régions équatoriales où la chaleur est moins élevée mais constante et où l'atmosphère est humide. |
Les parties centrale et septenirionale sont soumises au vent d'est, chaque jour durant cinq à six heures, dès la fin de l’hivernage, en octobre, avant la pleine maturité du cotonnier. La température élevée absorbe une trop grande partie de l'humidité du sol durant la saison des pluies et la culture du cotonnier ne semble payante que dans la partie méridionale de la colonie et en utilisant la méthode du dry-farming.
Les sols d'une région aussi vaste sont nécessairement variés et nous n'en donnons qu'un très rapide aperçu.
Ceux du Haut-Sénégal sont généralement pauvres et le peu d’étendue des terres cultivables fait que la culture du cotonnier y est et restera restreinte. Le bassin
les Maures, les Touaregs et les Peuhls instaliés par la conquête. Les Toucouleurs, Khassonkès et Ouassouleukès sont installés dans la vallée du Sénégal, les Bobos dans le cercle de Sikasso.
supérieur du Niger est formé de massifs montagneux composés de granits et autres roches cristallines, de gneiss, de grès, de shistes primaires. Il est coupé en tous sens par de nombreuses rivières coulant dans des vallées encaissées et rocheuses où les surfaces cultivables sont faibles. La flore est celle de la Guinée. Plus au nord, les vallées s'élargissent et laissent des étendues cultivables de plus en plus vastes. Les terrains sont généralement argileux. On en trouve cependant de nature légère, formés par des débris plus ou moins fins de latérite. Au nord de Kouroussa et jusqu'au Moyen- Niger, de vastes plaines de formation argileuse, recouvertes souvent d’un terrain siliceux, silico-argileux ou d'humus d'épaisseur variable, bordent les rives des rivières. La flore soudanaise y remplace la flore de Guinée. Une bonne partie de ces plaines est inondée à l’hivernage, principalement dans le voisinage de Siguiri. C'est là que se font les cultures, particulièrement celle du riz dans les régions inondées. Ce pays est le grenier du Fouta-Djalon.
Le Moyen-Niger et le Moyen-Bani son grand affluent de droite, commencent à hauteur de Bamako et forment deux immenses vallées de formation homogène, séparées par de simples ondulations. C'est une large nappe d'argile, où des formations sableuses ou silico-argileuses ont rempli les dépressions sur de vastes étendues. Les éléments sable et argile sont mieux mêlés que dans la vallée du Sénégal. Sauf des massifs granitiques très peu nombreux, on ne trouve, en général, qu'un terrain silico-argileux convenant au cotonnier. Leur mélange avec l'humus donne des terres arables supérieures à celles de Sénégambie. Dans le cercle de Ségou, on rencontre des formations importantes de sols humifères
propres à la culture du coton, principalement sur la rive gauche du Bani.
Des environs de Sansanding à Tombouctou, sur une longueur de 300 kilomètres et une largeur, à hauteur de Mopti de 150 kilomètres, s'étend une vaste dépression de 100.000 kilomètres carrés inondée durant quatre à cinq mois de l’année, entre septembre et mars, à une époque variant suivant la région nord ou sud du lac Débo. Ce pays est plus vaste que le delta du Nil. Il est peuplé de bœufs, de moutons, de chèvres et attend que la voie ferrée permette la mise en valeur.
Après Tombouctou, le Niger est encaissé dans une vallée assez étroite, longeant le désert au nord et ne recevant aucun affluent important sur la rive droite (1).
La culture indigène. — Le cotonnier se rencontre à l’état naturel dans presque toute l'étendue du Soudan.
Comme au Sénégal, le noir travaille de façon primitive ei n'apporte que peu de soin à ses cultures, limiiées au voisinage des cases. Il ignore l’usage de la charrue et de l’animal de trait. Son outil est la houe, de forme variable suivant les régions (2).