D’après Yves Henry
2. Ses goûts sont modestes et il ne travaille que dans la mesure indispensable à ses maigres besoins familiaux. Les pagnes et boubous en tissus grossiers suffisent à son habillement. Les cotonnades européennes attirent les femmes par leurs voyantes couleurs, mais le pagne, dont le poids moyen est de 500 grammes, est d'un usage général à l'exception des grands centres où sont iixés les comptoirs européens. Le mil, le maïs, le sorgho sont à la base d'une alimentation frugale. Une case aux murs en terre
pilée, couverte de chaume, suffit le plus souvent au logement de la famille.
Au début de l’hivernage, en mai, l'indigène pioche superficiellement, et de préférence une terre vierge insuffisamment désouchée. Le terrain est aussitôt ensemencé, rarement après une fumure légère. Les cultivateurs sèment à la volée et recouvrent les graines à la houe ou bien les laissent à la surface du sol. Quelquesuns font des trous distants d'environ o m.8o les uns des autres et y déposent deux ou trois graines recouvertes d’un peu de terre. Le cotonnier est le plus souvent intercalé avec le maïs et le gros mil, variétés plus hâtives que les autres variétés de sorgho comme le kenéki, le bimbéri et le sani. Ces graminées, pendant la période de croissance du cotonnier entretiennent l'humidité au pied de la plante et la mettent à l’abri des coups de soleil ou de sécheresses prolongées qui parfois se produisent vers le milieu de la saison des pluies.
Un mois après l’ensemencement, les plants ayant 5 à 10 centimètres de hauteur, ilest procédé à l’éclaircissage; on ne laisse jamais plus de deux pieds réunis. L’entretien du terrain est le plus souvent négligé.
La période de développement de la plante est de cinq à six mois.
La récolte qui dure trois à quatre mois, commence dans la première quinzaine de novembre. La cueillette des capsules est faite par les femmes et les enfants une fois par semaine. Souvent le coton est ramassé dans la poussière, taché ou brûlé par les rayons du soleil. Le coton des premières cueillettes est seul réellement bon et celui des dernières cueillettes n’a pas de valeur industrielle. Au moment de l'égrenage, les femmes le divisent en lots de diverses qualités.
Chaque année, le coton est recépé à 15 ou 20 centi-
6o -** LE PROBLÈME COTONNIER !: /
mètres de. terre. Les capsules sont plus nombreuses et plus hâtives la seconde année.
Dans une partie de la vallée du Bani, les Foulbès et Habès apportent un peu plus de soins à cette culture et, en arrosant leurs petites plantations, obtiennent des fibres de meilleure qualité.
Le cotonnier est partout cultivé, comme plante vivace. Les plants ne sont pas arrachés. Ils végètent durant quatre à cinq ans et ne sont remplacés qu'au fur et à mesure de leur disparition. On rencontre ainsi des cotonniers de tous âges dans la même plantation (1).
Le filage et le tissage se font dans la famille, à la main, suivant le mode primitif. Le tisserand de village procède à la confection de bandes de toile de 10 à 20 centimètres de largeur utilisées pour les pagnes et couvertures.
La diversité de la végétation sur une étendue aussi vaste que le Soudan ne permet pas d'indiquer les rendements avec exactitude. Cependant, il est permis d'affirmer qu'avec le mode primitif de culture employé, le rendement ne dépasse pas, en année moyenne, dans les régions les plus productives, 200 à 250 kilos de coton brut, à l'hectare donnant 22 à 25 o/0 de fibres nettes, soit de 50 à 70 kilos (2).
1. Le cotonnier indigène est un Gossypium hirsutum. On en distingue deux variétés principales, l’une à fibres courtes, grosses, d'un blanc mat, qui fournit le plus haut rendement en coton brut ; l'autre à fibres plus fines, plus longues et plus brillantes, mais les capsules en sont petites et le rendement moins élevé. Une troisième variété, à fibres de teinte plus ou moins rougeâtre, se rencontre un peu partout, mais en très faible quantité.
2. Une expertise du Jardin colonial donna le résultat suivant : toucher rude et grossier ; courtes soies de 20 à 23 millimètres se rapprochant des cotons indiens ; soie grosse avec un diamètre variant de 25 à 35 millièmes de millimètre ; beaucoup de coton
ET L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE Gr
Les centres de production. — La culture du cotonnier est restreinte, dans le Haut-Sénégal où les terres cultivables sont pauvres et peu étendues. Cette culture est également médiocre dans le bassin supérieur du Niger, où l’indigène se livre à la récolte du caoutchouc, à la culture du mil ou du riz et ne cultive le cotonnier que dans une mesure à peine suffisante à ses propres besoins.
Le cotonnier trouve des conditions assez favorables de développement dans les territoires très étendus que forme le bassin moyen du Niger et y est généralement cultivé. À
Les tissus fabriqués dans les cercles de Ségou et Djenné ont une réputation établie au Soudan et constituent une des plus originales productions de cette région. Le cotonnier est cultivé dans le cercle de Bamako. Dans le cercle de Ségou, les terrains favorables à sa culture couvrent des étendues importantes entre le Niger et le Bani. Les tissus de Ségou sont en honneur au Soudan, et exportés dans le nord de la colonie où ils sont échangés contre le sel. À Djenné, les indigènes récoltent également un beau coton. Dans le cercle de San le cotonnier est très répandu. Sa culture se fait soit sur butte dans les terrains humides, soit à
mort, résistance moyenne 6 à 8 grammes par fibre, à classer à côté des Western Madras ; ne vaut pas le Broach; pourrait servir en filature à la fabrication des filés n° 14 à 20. Un essai industriel dans une filature des Vosges détermina les observations suivantes : coton plus facile à travailler que le coton des Indes et pouvant, à la rigueur, remplacer le coton d'Amérique pour les gros numéros. Pour arriver à de bons résultats il ne faut pas dépasser le n° 1, 15 en chaîne et 20 en trame. Les filés donnent un tissu dit cretonne de Rouen de bonne qualité marchande.
Ga © LE PROBLÈME COTONNIER
plat et par semis serrés dans les autres sols. Les régions de Bambas et Gao ne produisent que de petites quantites
de coton (1).
Qualité, quantité, intervention européenne. — La qualité du coton est variable. Alors qu'il est laineux et court, assez semblable au coton indien dans la partie centrale du Soudan, il est plus long et plus fin dans la parlie méridionale et peut lutter avec le coton d'Amérique.
La quantité produite était faible jusqu’à 1922. Depuis, les hauts prix payés par les acheteurs ont été d'un grand encouragement pour les indigènes et il est incontestable que la production a considérablement augmenté. Celle-ci était évaluée à 1.000 tonnes, soit 5.000 balles en 1923, sur lesquelles il a été exporté 350 tonnes, soit 1.750 balles. Elle est en progression croissante. Les maisons de commerce n'ont pu donner à leurs achats toute l'ampleur qu’elles auraient voulu, les lenteurs d’égrenage et les difficultés de transport ayant été des obstacles sérieux (2).
Les usines d'égrenage de l’Association Cotonnière et les Usines privées ont été munies depuis 1922 d’un outillage moderne capable de produire de 1.200 à r.500 tonnes de fibres par an et par usine, à Kayes, Ségou, San, M. Pesoba, Bamako et Koutiala. D’autres usines sont en cours de construction à Sikasso, Bougouni et Mopti.
L'expérimentation européenne, commencée en 1903