‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 7 sur 69 · D’après Yves Henry · texte numérisé non relu

D’après Yves Henry

2. Le prix du coton brut oscille entre 1 fr. 8o et 2 fr. ro le kilo en 1925. On estime à 1.000 tonnes ou 5.000 balles de 200 kilos en 1924, l'exportation du Soudan et de la Haute-Volta.

a été arrêtée à plusieurs reprises et poursuivie sans une méthode précise, qu'il était d’ailleurs im possible de déterminer dans l'incertitude des débuts avec des crédits insuffisants, dans un pays encore peu connu et dénué de moyens de transport.

La méthode consistant à encourager la culture indigène par la distribution de semences américaines ou indigènes sélectionnées, l'allocation de primes, l'achat des récoltes, les encouragements variés, est loin d’avoir donné les résultats escomptés au début. Il a été finalement reconnu que l'indigène étant très attaché à ses procédés rudimentaires de culture n’évoluait qu'avec une extrême lenteur. Les encouragements administratifs ou l'autorité lointaine de l’européen ont été le plus souvent inopérants. Aussi l'Administration s’est-elle décidée à créer des fermes cotonnières sous surveillance européenne dans les principaux cercles, ceux de Kayes, Bamako, Ségou, San, Koutiala, Sikasso, Bougouni. Ces fermes sont rattachées aux stations d’essai de Niénébalé, Soninkoura, Bamandora et Diaférabé.

De son côté l’Associalion Cotonnière Coloniale inspirée des mêmes principes, a créé à Koutiala, une importante ferme école et son président, M. Waddington, a procédé en janvier 1924 à une enquête personnelle qui a permis de préciser un programme d’action.

Une inspection générale des textiles a été instituée à Bamako par le Gouvernement Général en 1924.

Les prix élevés du coton peuvent donner à ces régions une apparence de prospérité en matière colonnière, mais l’irrégularité et l'insuffisance des récoltes ne semblent pas permettre d'envisager une culture commercialement payante dans une période normale de production et de consommation équilibrées. Aussi est-il à

craindre que les expériences actuelles soient poursuivies ‘en vain.

Dans la réalité, la culture rationnelle, avec les animaux de trait, est encore insignifiante, limitée, à quelques centaines d'hectares sur un immense pays.

Les usines d’égrenage en exploitation sont au nord du 12° de latitude nord. Les expériences passées ont toutes été faites et sont continuées au nord du 12°. Elles ont démontré que la culture sèche au nord du r2°étaitaléatoire. Par contre, au sud du 12°, dans les régions de Sikasso et Bougouni, où il n’a jamais été fait d'essais sérieux à cause de l'éloignement de tout moyen de transport et de l’absence d’Européens, une plus grande pluviosité, l’atténuation du vent d’est, l'examen des cultures indigènes et de la qualité des fibres démontrent que nous nous trouvons dans une région où une culture ralionelle et très probablement payante pourra être établie.

IT

La Haute-Volta et la colonie du Niger

La colonie de la Haute-Volta, créée en 1919, a été formée de l’ancienne colonie du Haut-Sénégal-Niger, divisée en deux fractions, dont l’une est devenue le Soudan français et l’autre la Haute-Volta. Sa capitale est Ouagadougou. Elle est limitée au nord et à l’ouest par le Soudan français, à l'est par la colonie du Niger et le Dahomey, au sud par la Côte de l'Or anglaise et la Côte d'Ivoire. Sa superficie est de 300.000 kilomètres carrés.

Comprise entre le 10° et le 15° parallèle nord, elle est

d'une surface assez uniforme, ne comprenant pas de hautes ni moyennes montagnes. Le pays comprend les bassins supérieurs des Hautes-Volta et ceux de quelques affluents de droite du Niger.

Le climat est analogue à celui du Soudan avec une tendance plus grande à la pluviosité et une atténuation sensible du vent d'Est. La saison des pluies s'étend des premiers jours de juin aux premiers jours d'octobre (r).

Les sols de la Haute-Volta ne paraissent avoir été étudiés que dans leurs grandes lignes. De grands fleuves comme au Soudan n’ont pas déposé de vastes nappes d'argile ou de sable. Les terrains silico-argileux recouverts d’humus sont abondants et favorables à la culture. C'est un pays de savanes, d'où la grande forêt est absente, mais des peuplements très importants d'essences diverses se rencontrent partout, sauf au nord.

La Haute- Volta est la colonie Ja plus peuplée de l'A. O. F. avec 3.000.000 habitants, dont la densité atteint parfois jusqu’à 35 habitants au kilomètre carré dans le cercle de Ouagadougou. La race dominante est celle des Mossis, qui vivent dans un état sotial voisin de la féodalité et plus élevé que la plupart des autres noirs de l’A. O.F. Ils sont sédentaires et s’adonnent aux travaux agricoles. Parmi les autres races, les Nionioussé, les Sissala et les Bobos, également sédentaires, forment des groupes compacts. Le nord est habité par les nomades Touaregs et Peulhs. Ce pays agricole est

1. Le climat est excellent pour les Européens. Certains Pères blancs ont passé vingt ans à Ouagadougou sans rentrer en Europe. Le P. Leray y compte dix-neuf année de séjour ininterrompu. La maladie du sommeil ne se rencontre que sur les berges de la Volta. Elle est complètement inconnue en plein

Mossi,

riche et de grand avenir, la population relativement iravailleuse. L’éloignement de la mer, l'absence de moyens de transports et notamment de voies ferrées a retardé jusqu’à nos jours sa mise en valeur. Les Européens y sont en nombre infime, quoique le climat soit très salubre.

Comme au Soudan, le cotonnier est cultivé, peut-être avec un peu plus de soin (1) par l’indigène qui l’intercale également dans les cultures vivrières. Les variéiés indigènes sont les mêmes qu’au Soudan. Le rapport par hectare, dans une culture mal faite, est d’environ bo kilos de fibres de bonne qualité, d’une longueur de 24 à 27 mètres.

Le coton, généralement supérieur à celui du Soudan, est l’objet d’un commerce assez important dans toute la colonie. Son industrie est exclusivement familiale. Comme dans toute l'A. O. F. le tisserand de village fait des bandes de toile qui servent à la confection des pagnes. Les exportations sont insignifiantes; elles ne se font que dans les colonies voisines. Sous l’impulsion de l'Administration, on compte rendre de 3 à 4.000 balles disponibles pour l'exportation en 1925 et

La culture rationnelle est encore totalement inconnue. Des essais sont faits présentement avec des variétés américaines.

L'Association Cotonnière Coloniale a en cours d’installation des usines d'égrenage à Ouogadougou, Bobo et Dédougou et a envoyé quelques égreneuses à main.

1. L’Administration évalue à 36.000 hectares les surfaces cultivées en cotonniers,

La Haute-Volta jouissant d'une main-d'œuvre nombreuse et d’un climat approprié, peut, au sud d’une ligne passant par Ouagadougou, devenir un pays cotonnier d'avenir. La question des transports subordonne tout, en matière économique et agricole dans cette colonie. Les transports automobiles sont trop coûteux ; l'achèvement de la première voie ferrée de Bouaké à Ouagadoudou, est d’une extrême urgence (x).

La colonie du Niger. — Le Territoire militaire du Niger a été constitué en 1922 en colonie autonome, sous l'autorité d’un lieutenant gouverneur relevant du Gouvernement de l'A. O. F. La capitale est Zinder.

La superficie est d’environ 1.200.000 kilomètres carrés. Il existe deux massifs montagneux, ceux de l'Air (800 mètres) et du Tibesti (1.200 mètres). Cette immense région peut être divisée en deux contrées bien distinctes, l’une au sud, d’une largeur moyenne de 150 kilomètres qui appartient à la zone des steppes et savanes, couverte d’une brousse arbustive peu épaisse, de champs de mil et d’herbages où paissent les troupeaux, l’autre

1. La région de Bobo-Dioulasso et de Dedougou a été explorée par un agent de l'A. C. C. M. Level en 1911. 1l estimait qu’elle était susceptible de donner une importante production.M. Waddington, président de l'A. C. C. a conclu comme suit, lors de son enquête en Haute-Volta de janvier 1924 : Région plus favorable que le Soudan avec une qualité de coton supérieure, surtout comme résistance. Il est probable qu’à culture égale, ce résultat est dû à une plus grande humidité du sol. On peut espérer qu’une graine américaine, sélectionnée et acclimatée, donnerait dans ces régions de bons résultats. L’effort administratif en Haute-Volta est considérable, très bien dirigé, accepté et bien interprété dans les divers cercles : champs du commandant, culture collective au profit du village qui reçoit le produit de la récolte après réalisation à un prix avantageux par l'Administra-

tion.

au nord, désertique, dans laquelle se trouvent disséminées les oasis. Elle est limitée au nord par le désert, à l’est par le territoire du Tchad, au sud par la Nigéria anglaise, à l’ouest par le fleuve le Niger qui longe les limites de la Haute-Volta et du Dahomey. Il n’y a pas de fleuves ou rivièresimportants. Le lac Tchad, au sudest, reçoit quelques rivières de la colonie.

La population est d'environ 1.200.000 habitants, dont environ 250.000 nomades touaregs ou peulhs et 950.000 noirs sédentaires.

Cette colonie est un pays agricole et surtout d'élevage. Le cotonnier s’y rencontre et est cultivé comme au Soudan, mais le climat lui paraît moins favorable. D'autre part, l’éloignement de la côte, l’absence de main-d'œuvre et de moyens de transport font que cette culture exigeante ne présente pas d'intérêt à l’heure actuelle. Les rives du Niger mériteront peut-être une attention particulière lorsqu'elles seront reliées à la côte par le prolongement des chemins de fer du Dahomey et du Togo.

Page 1