‹ Le problème de DieuChapitre 13 sur 32 · Summ. Theol., P. I, Q. XXIV, art · texte numérisé non relu

Summ. Theol., P. I, Q. XXIV, art

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à se contenter de cette remarque toute verbale que la personnalité Aumaine n’est pas la personnalité, que Dieu par conséquent peut bien être personnel sans l’être à la façon de l’homme. Or je demande ce qu’on a dans l'esprit quand on s'exprime de la sorte, alors que la personnalité humaine est le seul type de personnalité qui nous soit connu. Non, on aura beau faire, il faudra toujours en venir à une solution d’un autre genre, par exemple celle qui définit l’analogie par une proportion et non plus par une ressemblance : «Il y a quelque chose qui est à Dieu ce que la personnalité est à l’homme. » Toutefois une telle proportion ne définit rien en somme: Car une proportion n'est éclairante et définissante que si trois de ses quatre termes sont connus indépendamment d'elle, et ici il y.a deux inconnues, à savoir Dieu lui-même qu'il s’agit de définir et ce quelque chose qu’on ne détermine pas. Force nous est donc d'opérer encore une dernière transformation et de mettre l’analogie entre le rapport qui nous unit à Dieu et celui qui nous unit à une personne humaine. Dieu est tel en soi qu'il doit étre par nous traité comme une personne, ou, en d’autres termes, Dieu est pour nous un centre de devoirs et nous devons le regarder comme un sujet de droits : telle sera finalement notre formule. à

Cela posé, nous sommes à même de résoudre le problème de la personnalité divine, ou plutôt de voir comment il se pose. On comprendra que, dans cet article, je m'en tienne à une esquisse très brève. E

Dieu, conçu comme source où nous puisons notre propre réalité intérieure et morale, ne peut pas être moins que personnel, puisque nous-mêmes sommes des personnes.

Conclusion DIE

D’autre part, l’expérience de la vie spirituelle nous fait trouver en lui de quoi grandir sans fin dans les voies de la personnalisation, à mesure que nous apprenons à le traiter personnellement.

Reconnaître que cette affirmation est vraie, c’est constater — selon les critères connus — que l’idée correspondante répond à une existence réelle, que notre recherche aboutit, que notre attitude reçoit une réponse homogène à la demande.

On voit que la notion de personnalité divine est ainsi pensée d’une façon très claire et très précise : d’abord négativement, puis pragmatiquement. Une expérience de spiritualité vécue peut être ensuite instituée, qui devient graduellement vérifiante.

Conclusion. — Qu'est-ce en définitive qu’aflirmer Dieu, affirmer qu’il existe, aflirmer qu’il est personnel ? On a trop souvent négligé de répondre précisément à ces questions, plus difficiles, plus obscures en réalité qu’il ne semble peut-être au premier abord ; et de là sont venus la plupart des antinomies et des dautes. C’est au contraire ce que j'ai tenté avant tout d’éclaircir dans le présent travail. Le problème, alors, se simplifie beaucoup. Ne nous représentons rien qui ressemble de trop près à l’aflirmation d’une chose ou d’un théorème, d’un individu ou d’une forme, d’un objet extérieur ou d’un principe abstrait. Mais ne nous laissons pas davantage séduire à l’idole d’une intériorité toute subjective qui serait simplement symétrique de l’extériorité matérielle, non plus qu’au mirage d’une

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objectivité acquise au prix de la réalité concrète. S'orienter en tout ordre vers le meilleur, croire spéculativement et pratiquement à un au-delà en tout et de toute son âme chercher cet au-delà, tendre par conséquent à dépasser toute réalisation finie dans le sens de la perfection croissante, voilà ce qui est affirmer Dieu. D'autre part, reconnaître une orientation définie au devenir cosmique, dire que ce devenir est un progrès, une réalisation ascendante, un effort d’épanouissement, un travail de surnaturalisation : c’est affirmer que Dieu existe. Admettre enfin que Dieu agit sur nous à la façon d’une personne et conclure que réciproquement nous devons le traiter comme une personne aussi : c’est affirmer la personnalité divine. Finalement, dans la mesure où l’on pose en principe le primat de la réalité morale, dans cette mesure même on croit en Dieu. | Æ

En un sens, donc, il n’y a point d’athées. Car il n’y a personne sans doute qui se contente absolument de ce qu'il a et de ce qu'il est, qui s’y arrête, qui s’y enferme, personne qui n’admette au moins pratiquement comme principe moteur de sa vie un idéal et un au-delà de l’ordre spirituel dont les sollicitations le travaillent. Une inquiétude persistante, une aspiration infinie, l'assurance qu’il y a toujours plus que le présent, l'effort vital pour atteindre ce plus : voilà essentiellement et à son origine la foi en Dieu. Elle se cache, mais palpite comme une âme vivifiante, au sein de toute action dirigée vers un mieux quelconque. Le seul athée absolu serait donc celui qui ne chercherait rien, quine voudrait aucun accroissement, qui, en fin de compte,

ne vivrait pas. Je disais donc bien qu'il n’y a point.

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d’athées. Il n’y a que des croyants, mais qui pensent inégalement leur foi et qui aperçoivent inégalement ce qu’elle implique, bref, qui ne savent pas toujours pleinement discerner ce qu'ils affirment néanmoins par l'acte même de vivre une vie humaine !.

En fait, pourtant, dira-t-on, des gens font ouverte profession d’athéisme. Il est vrai; et je me garderai de prétendre qu'ils ne sont pas sincères, encore que cela puisse arriver pour d’aucuns, car la parfaite sincérité avec soimême est chose rare et difficile ?. Mais voici le cas de veiller aux illusions du discours. Certaines formules d’athéisme apparent sont parfois en réalité des affirmations de Dieu, des témoignages d’une foi réelle, mais implicite. « Un homme peut nier Dieu sans être véritablement athée et sans mériter la mort éternelle, lorsque le Dieu qu’il nie lui est proposé sous une forme qui répugne à sa raison, mais que d’ailleurs cet homme aime la Vérité, aime le Bien et met en pratique ces amours”. » Pareille situation n’est pas si rare que les croyants explicites seraient peut-être portés à l’admettre. « Il existe, dans le monde, des hommes qui croient ne pas croire en Dieu : et, quand la maladie et la mort entrent dans leur maison, ils disent : « C’est la loi, « c’est la nature, c’est l’ordre de l'Univers. Courbons donc « la tête, acceptons sans murmurer, poursuivons l’ac- « complissement de notre devoir. » Eh bien ! prenez garde que ces hommes-là ne passent avant vous dans le royaume

1. À vrai dire, nul ne pense jamais adéquatement sa foi en Dieu, parce qu'elle est infinie, donc inexhaustible à l'intelligence humaine,

2. Ces soi-disants athées sont alors surtout des gens qui ne veulent pas de Dieu.

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