Revue de Métaphysique et de Morale, janvier
126 Comment se pose le problème de Dieu
ne peut pas saisir Dieu à découvert et sans voiles ; il est essentiellement inexprimable et caché. Mais sa présence est sensible au cœur, quand l’on se tourne et l’on marche vers lui, limite impénétrable et vivante de la pensée, de l’action et de l'amour. » Et ailleurs! : « On ne connaît Dieu que dans la mesure où, au fond de soi, l’on se tourne et l’on tend vers lui. Bornons-nous ici à la question de son existence. Si cette existence est analogue à la nôtre, nous voici dans l’anthropomorphisme. Si elle est transcendante, que signifie-t-elle pour nous? C’est qu'il n’en faut pas faire la simple position d’un concept que l’on se contenterait de contempler passivement ou de soumettre à l’épreuve d’une critique discursive. En réalité, on ne s’élève jusqu’à cette mystérieuse existence que par une action du dedans, par une expérience de vie intérieure, par les démarches efficaces de l'amour. Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. La parole évangélique est la plus haute affirmation de la thèse qui place dans l’effort même par lequel se développe et s’épure l'esprit le principe de l’évidence et de la certitude. »
Est-ce à dire que les preuves traditionnelles, que les arguments discursifs élaborés par les philosophes n’aient aucune valeur, aucune portée ? Loin de moi cette intransigeance ! Mais il faut comprendre leur vraie valeur, leur portée profonde. Ils sont valables surtout par leur connexion et par leur suite, par le mouvement d’âme qu'ils suggèrent et indiquent, par leur dynamisme de convergence et d’orientation. Au surplus, jamais ils ne suffisent. Et, s’ils valent et s’ils portent, c’est dans la mesure où ils expriment tels ou